S'exprimer à la radio sur les mutilations génitales féminines pour encourager les gens à prendre la parole

Mamadou Diarra Camara est un animateur de Tostan qui anime depuis janvier 2014 des émissions sur une station de radio locale de la région de Sédhiou, au Sénégal. Son émission a pour thème général la lutte contre la violence à l’égard des femmes et des enfants ; des émissions similaires sont également diffusées depuis janvier dans les régions de Kolda, Saint-Louis et Matam. Notre partenaire Orchid Project finance ces émissions de radio dans les régions du Sénégal qui affichent les taux les plus élevés de mutilations génitales féminines (MGF) du pays. Ces émissions contribuent à renforcer les capacités de sensibilisation de quatre équipes de mobilisation sociale travaillant sur le terrain lors de leurs missions mensuelles dans les villages de ces régions, où elles abordent les MGF, les droits humains et d’autres sujets.

Kanbeng FM, la station de radio qui diffuse les émissions de M. Diarra, superviseur chez Tostan, couvre 244 villages du département de Bounkiling, à Sédhiou. Tostan a depuis longtemps constaté qu’au Sénégal, la radio est très écoutée tant dans les villes que dans les villages ruraux. Elle joue donc un rôle essentiel dans la diffusion de l’information, en particulier auprès des communautés isolées. Tostan utilise les émissions de radio pour compléter bon nombre de ses différents programmes, allant de sujets liés au module « Renforcement des pratiques parentales » (RPP) à des thèmes relevant du programme d’autonomisation communautaire (CEP) fondé sur les droits humains. Avec le soutien du projet Orchid, une nouvelle série de 26 émissions de radio sera diffusée au cours de l’année dans chacune des quatre régions, portant spécifiquement sur la violence à l’égard des femmes et des enfants.

Les mutilations génitales féminines (MGF) constituent un thème central de ses émissions ; Diarra m’a confié que l’une de ses émissions portait sur « les MGF et la loi ». Je lui ai demandé si quelqu’un avait appelé pendant l’émission ; il m’a répondu que le sujet des MGF à la radio était très sensible et que les gens avaient peur d’appeler pour en parler publiquement. Malgré cela, il a tout de même reçu trois appels au cours de cette émission d’une heure. Il a reçu des retours de personnes qui ignoraient l’existence de la loi interdisant les MGF au Sénégal, votée et adoptée par l’Assemblée nationale en 1999. Les auditeurs de Diarra lui ont dit qu’ils avaient été mal informés sur certains aspects de la loi et que son émission avait clarifié de nombreux points.

Lorsque j’ai demandé à Diarra s’il avait le sentiment que ses émissions de radio avaient un impact, il m’a raconté un incident survenu il y a quelques semaines qui illustrait bien l’importance de la diffusion d’informations sur les MGF par le biais de la radio. À la fin de son émission du samedi, il a reçu un appel privé hors antenne d’une auditrice qui lui a fait part d’une situation concernant une jeune fille originaire de Gambie amenée dans un village sénégalais de la région de Sédhiou pour y subir une excision. Il n’est pas rare que des filles soient emmenées de l’autre côté de la frontière pour subir une excision « pendant les vacances ». L’auditeur a indiqué le lieu, ce qui a incité Diarra à demander à l’agente de mobilisation sociale Mariama Doumbouyo, qui travaille dans la région de Sédhiou, de parler à la famille.

Lorsque Diarra et Mariama ont eu connaissance de ces informations, la praticienne avait déjà disparu et la jeune fille était rentrée en Gambie. Mariama en a toutefois profité pour s’entretenir avec la mère de la jeune fille ainsi qu’avec la famille qui l’avait hébergée pendant son séjour dans le village sénégalais. Elle leur a expliqué que la loi sénégalaise interdit les mutilations génitales féminines et leur a exposé les conséquences néfastes de cette pratique.

Diarra estime que ses émissions de radio ont un impact, car elles encouragent les gens à s'exprimer sur les mutilations génitales féminines au sein de leurs communautés. Plus les gens entendent d'autres personnes s'exprimer sur le sujet, plus ils se sentiront à l'aise pour en parler eux-mêmes. Et en abordant le sujet, ils peuvent commencer à dissiper les idées fausses qui entourent cette pratique et à comprendre les conséquences néfastes de son maintien.

Récit d'Allyson Fritz, bénévole régionale chez Tostan