Rien à cacher : le parcours d'Aissatou Mané vers la guérison de sa fistule

Le 23 mai est la Journée internationale pour l'éradication de la fistule obstétricale. Le thème de cette année est « Éradiquer la fistule en une génération ». Vous pouvez participer au débat et contribuer à mettre fin à cette affection évitable en utilisant le hashtag #FistulaDay.

À bien des égards, Aissatou Mané a de la chance. À 30 ans, elle a un mari aimant, une communauté qui la soutient,et elle a été guérie d’une affection invalidante : la fistule obstétricale. « Avant, ma fistule m’épuisait. Je ne pouvais rien faire et personne n’avait de solution. » Grâce à l’aide de Tostan, Aissatou a été opérée avec succès et elle peut désormais mener une vie sans fistule.

La fistule obstétricale est une perforation du canal génital, causée par un travail prolongé et difficilesouvent dû à un manque de soins médicaux adéquatset qui entraîne une incontinence. Cependant, les causes profondes de cette affection sont bien plus complexes. Des facteurs tels que l’extrême pauvreté, le fait de vivre dans des zones rurales isolées, les inégalités de genre et socio-économiques, le manque de scolarisation et de connaissances biologiques de base, ainsi que le mariage précoce et les grossesses précoces qui en découlent contribuent à ce que plus de deux millions de femmes et de filles vivent avec une fistule.

Malgré les difficultés croissantes auxquelles ces femmes et ces filles sont confrontées, l’espoir demeure. Si la prévention de la fistule obstétricale est indispensable pour garantir le droit des femmes à la santé, le traitement et la réinsertion sociale constituent également des étapes importantes. La chirurgie est souvent une option viable pour les femmes atteintes de fistule, même si les contraintes liées au coût et au transport peuvent représenter des obstacles considérables. Aissatou revient sur sa situation : « Grâce à mon opération, j’ai guéri rapidement. Aujourd’hui, je suis active. Je m’occupe de ma famille et je peux marcher sur de longues distances sans aucun problème. »

Tostan a collaboré avec des organisations telles que l'UNFPA, l'Amref et Handicap International afin d'identifier les femmes atteintes de fistule, de faciliter leur prise en charge et sensibiliser au sein de leurs communautés afin que ces femmes puissent se réinsérer pleinement.

Aissatou a développé une fistule à l’âge de 26 ans, lors de la naissance de son septième enfant. Bien qu’elle ait fini par se faire soigner dans un hôpital local, le bébé est décédé au cours de cet accouchement prolongé et les lésions au niveau de son canal génital étaient déjà irréversibles. Elle a souffert pendant deux ans avant d’être opérée en 2014, dans le cadre du projet de Tostan consacré à la fistule. « Je trouve les activités de sensibilisation de Tostan [sur la fistule] très intéressantes : c’est grâce à elles que j’ai découvert de quelle maladie je souffrais et d’où elle venait… Grâce à Tostan, j’ai appris que c’était une affection qui pouvait être soignée… J’ai alors pu me faire soigner. »

En plus d’être physiquement éprouvante, la fistule peut peser lourdement sur le moral d’une femme. Alors que beaucoup de femmes souffrent d’isolement social, ce n’était pas le cas d’Aissatou. La communauté de Médina Elhadj, dans le sud-est du Sénégal, s’est mobilisée pour elle. « Avant, on n’en parlait pas, juste pour me réconforter. Je n’ai pas été rejetée ; ils ont pris soin de moi comme de n’importe quelle autre personne malade. Les gens autour de moi m’ont aidée autant que possible. » Cela dit, Aissatou vivait avec un lourd fardeau émotionnel lié à son état. « La fistule nous prive de nos droits en tant qu’êtres humains car elle nous rend inutiles ; on se sent coupable de tout. Cette maladie isole les gens des autres… Je n’avais plus confiance en moi ; je ne savais plus quoi faire… Après ma guérison, je n’arrivais pas à y croire. J’étais bouleversée par ce miracle. »

La fistule a des répercussions quotidiennes et durables sur la vie de la femme qui en souffre. Aissatou raconte : « Je mangeais deux fois plus [et] la fistule m’empêchait de dormir, car je ne pouvais rien retenir — je devais sans cesse faire des allers-retours aux toilettes. Je n’arrêtais pas de bouger. »

Aissatou ne connaît personne d’autre qui souffre d’une fistule, mais elle parle ouvertement de son état avec les femmes de sa communauté. Quant aux conseils qu’elle donnerait à d’autres femmes touchées par cette affection : « Je leur conseille à toutes de se faire soigner, de ne pas se cacher. La fistule n’est pas une maladie honteuse… C’est une affection qui ne se cache pas : si vous êtes atteinte d’une fistule, tout le monde le saura. »

Même si elle est guérie, Aissatou n’en a pas fini avec la fistule. Elle et son mari, Lassana Soncko, ont l’intention de continuer à sensibiliser le public à cette pathologie. Lassana explique : « Nous continuerons à parler [de la fistule] autour de nous, car après ce que nous avons vécu, nous comprenons qu’il faut tout mettre en œuvre pour éviter que la fistule ne se reproduise. »

C'est le moment de rejoindre Aissatou et Lassana pour sensibiliser le public à la fistule — ses causes, son traitement et la guérison — et aider les femmes et les filles à obtenir les ressources dont elles ont besoin. En mettant l'accent sur la prévention, le traitement et la réinsertion sociale, nous pouvons « éradiquer la fistule en une génération ».

Par Ashlee Sang, chargée de la communication interne