Sous un ciel bleu éclatant et sans nuage, dans les montagnes de Guinée, se trouve une communauté qui, le dimanche 26 janvier 2014, s’est placée au premier plan de la lutte pour les droits de l’homme en organisant une déclaration publique en faveur de l’abandon des mutilations génitales féminines (MGF) et des mariages précoces ou forcés. Tounny, dans la préfecture de Labé, a également accueilli 73 autres communautés qui ont pris cet engagement.
Dix-huit de ces communautés ont récemment suivi le programme holistique d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, qui permet aux participants d’acquérir des connaissances et des compétences et qui a des retombées positives dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la gouvernance, de l’environnement et de la croissance économique. Tout au long du CEP, les participants apprennent à partir des informations factuelles présentées, analysent différentes situations et y apportent des solutions, puis tirent leurs propres conclusions concernant la protection des droits de l’homme. En conséquence, l’un des résultats du programme, financé par l’UNICEF, a été que les membres de la communauté ont choisi de renforcer la protection de l’enfance dans la région. Ils ont sensibilisé et partagé des informations avec de nombreuses autres communautés au sein de leurs réseaux sociaux, ce qui a conduit 56 communautés « adoptées » à choisir d’abandonner les pratiques préjudiciables à leurs filles, leurs sœurs et leurs voisines. Les 74 communautés signataires ont ensuite collaboré pour organiser la cérémonie.
Les membres de la communauté qui ont participé à cet événement exceptionnel n'étaient pas seuls ; ils ont été rejoints par des chefs religieux, des représentants des pouvoirs publics et des professionnels de santé, qui ont manifesté leur engagement en faveur des droits des femmes et des filles ainsi que leur soutien à l'abandon de ces pratiques néfastes, parmi lesquels figurait la directrice du Département de la femme et de l'enfance du gouvernement guinéen, Madame Diaby.
Pour mettre fin aux pratiques traditionnelles néfastes, il ne suffit pas d’obtenir l’adhésion des communautés, mais il faut également celle des dirigeants capables d’influencer l’opinion publique. L’un des piliers de l’approche de Tostan consiste à garantir la participation de ces acteurs clés, notamment le gouvernement, les chefs religieux et les représentants des services de santé.
Lors de cette déclaration, le chef religieux local El Hadj Boubacar Diallo a prononcé un discours percutant sur les conséquences de la pratique des mutilations génitales féminines et sur le fait qu’elle n’a aucun lien avec l’islam. Il a affirmé : « Le Prophète n’a jamais dit de mutiler vos filles. Si un acte est néfaste, il ne doit pas être commis, car il s’agit d’une violation des droits de la personne. Lorsqu’une femme est excisée, cela porte atteinte à son droit à la santé. L’islam ne tolère pas que l’on porte atteinte à la santé d’une personne. »
L'ambiance lors de cette déclaration était animée par des danses, des chants et des saynètes illustrant les réalités et les raisons qui poussent à renoncer aux mutilations génitales féminines (MGF) et aux mariages précoces ou forcés. Dimanche dernier, ces 74 communautés ont rejoint les 620 autres communautés guinéennes qui ont déjà abandonné ces pratiques et qui s'engagent à œuvrer pour mettre fin aux MGF et aux mariages précoces ou forcés dans le pays.
