Créer un environnement propice à l'apprentissage grâce à des pratiques parentales positives à Dya, au Sénégal

En tant que bénévole pour le module « Renforcement des pratiques parentales » (RPP), qui fait partie du Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, j’ai récemment eu l’occasion de me rendre au village de Dya, dans la région de Kaolack, au sud du Sénégal. Ce module renforce les connaissances acquises dans le cadre du CEP, qui aide les parents et les autres membres de la communauté à créer un environnement favorisant le développement et l’apprentissage précoces des enfants, les préparant ainsi à mieux réussir et à rester à l’école. À notre arrivée depuis la ville animée de Kaolack, le superviseur et l’animateur du CEP pour Dya, Ibrahima Ba et Ndiaga Yade, ainsi que d’autres femmes du village, nous ont réservé un accueil chaleureux. Après les salutations d’usage, au cours desquelles on s’enquiert de tout, de la qualité de votre sommeil à la santé de votre grand-mère, nous nous sommes reposés un bref instant à l’ombre d’un arbre avant d’être rapidement entraînés par Ndiaga et l’une des participantes, Sokna Diop, pour assister à une « Visite à Domicile ».

Les visites à domicile constituent un élément central du programme RPP, au cours desquelles l'animateur peut observer attentivement la manière dont le principal responsable de l'enfant interagit avec lui. Grâce à ces séances personnalisées, les responsables prennent conscience de l'impact de leurs actions sur le bien-être physique et mental de leur enfant. Sokna, qui s'occupe principalement de sa petite-fille Fama Diouf, était extrêmement fière de cette adorable petite fille et des progrès qu'elle accomplissait à chaque visite à domicile.

Ces visites à domicile ne constituent qu’une des nombreuses facettes du module RPP. Lancé en mars 2013, le RPP a déjà touché 232 villages wolof, pulaar et mandingue au Sénégal. Avec plus de 200 animateurs et 49 superviseurs, ce module du CEP a répondu à une demande considérable en matière d’éducation des enfants et de relations parents-enfants. S'appuyant sur l'approche holistique et non formelle de l'apprentissage de Tostan, le module RPP, financé par la Fondation Hewlett, sensibilise au développement psychologique des enfants. Grâce à des visites à domicile et à diverses séances de groupe, les parents et les familles approfondissent leur compréhension de la manière de créer un environnement sain et propice à l'éducation pour élever leurs enfants.

Cet après-midi-là, dans le village de Dya, nous avons eu le privilège d’assister à une séance. Au cours de cette séance, Ndiaga Yade, l’animateur, a parlé en wolof du développement de l’« intelligence émotionnelle » d’un bébé. Il a commencé par demander aux participantes, une quarantaine de femmes, ce que signifiait pour elles l’empathie. Une femme plus âgée a répondu en citant un vieux proverbe wolof qui décrit une personne empathique comme quelqu’un de «Borom xol bu rafet »— quelqu’un qui a un beau cœur. D'autres ont levé la main pour partager leurs opinions et leurs anecdotes sur l'empathie, comme le fait d'être triste quand on voit un ami se blesser. Après quelques minutes de discussion, l'animateur a expliqué les mécanismes psychologiques qui sous-tendent l'empathie et comment on peut les stimuler chez un enfant par des gestes simples tels que des caresses douces ou un contact visuel.

En acquiesçant avec emphase, une femme s’est penchée vers ma collègue, Emma Giloth, pour lui montrer le paquet de livres qu’elle avait apporté pour la séance. Tandis que les autres partageaient des anecdotes sur l’empathie, Khady Ndiaye faisait découvrir à Emma ses histoires et ses images préférées tirées des livres du module. En tant que l’une des personnes qui s’occupent des enfants dans le cadre du programme, elle utilise ces livres pour apprendre à lire à ses enfants. Non seulement elle aime lire des histoires à sa famille, mais elle aime aussi créer ses propres histoires à l’aide d’images tirées de différentes pages. Dans le cadre du processus de diffusion organisé par Tostan, elle a choisi de prendre sa sœur comme personne avec qui partager ses nouvelles connaissances. De cette manière, le programme touche non seulement les participants directs, mais aussi d’autres personnes au sein de la communauté et au-delà.

C'était très émouvant de voir des femmes comme Khady, qui se montraient extrêmement enthousiastes à l'égard de ce module et se souciaient profondément de l'avenir de leurs enfants. La popularité croissante de ce module témoigne d'un besoin bien réel d'approfondir les connaissances et de poursuivre l'éducation. Il n'est pas surprenant que le programme RPP soit de plus en plus sollicité dans les villages — d'ailleurs, à la fin de cette session, une jeune femme d'un autre village est venue discuter avec l'animatrice de la possibilité d'organiser des sessions RPP dans sa communauté.

Récit d'Isabelle Wheeler, Tostan.