Évaluation du projet « Donner aux communautés les moyens d'autonomiser les filles » de Tostan

Il y a quelques mois, trois prétendants différents sont venus demander la main d’Ayset Diallo.  Ayset, une jeune fille de 14 ans vivant dans le village de Diamwély Peulh, au Sénégal, les a tous refusés, tout comme son père et sa mère. Les trois membres de la famille suivent les cours de Tostan, où ils ont appris les risques sanitaires liés au mariage des enfants et en quoi celui-ci compromet les chances d’une jeune fille d’accéder à une bonne éducation. Ils ont invoqué ces nouvelles connaissances comme principale raison de leur refus.

Ayset et sa famille participent depuis trois ans à un projet spécial mené par Tostan dans la région de Kaolack, au Sénégal. Intitulé « Empowering Communities to Empower Girls » (Donner aux communautés les moyens d’autonomiser les filles) et mené en partenariat avec la Fondation Nike, ce projet vise à améliorer les conditions de vie des adolescentes dans les communautés rurales. Dans le cadre de ce projet, des sessions de formation axées sur les normes de genre sont intégrées au Programme de Renforcement des Capacités Communautaires (PRCC) existant de Tostan. S’appuyant sur un programme pédagogique respectueux des cultures et Droits Humains, le projet cherche à remettre en cause les normes sociales et de genre qui freinent le développement des filles.

Le mariage précoce est souvent le résultat de normes sociales liées au genre et est pratiqué pour diverses raisons, telles que l'allègement des charges financières, l'amélioration du statut socio-économique des parents, ou par crainte d'une grossesse non désirée ou d'autres conséquences liées à une activité sexuelle hors mariage. PRCCendant, le fait de se marier à un jeune âge empêche généralement les filles de poursuivre leur scolarité.

Amadou, le père d’Ayset, estime que les habitants de Diamwély Peulh cherchent désormais à mettre fin à cette pratique, car ils comprennent désormais à quel point le mariage précoce nuit à l’éducation des filles. Il a expliqué qu’il souhaitait personnellement que sa fille poursuive ses études, afin qu’elle puisse aider la famille et subvenir à ses propres besoins. Il a ajouté qu’auparavant, de nombreux villageois ne voyaient pas l’intérêt de l’éducation, mais que depuis l’arrivée de Tostan, cette attitude avait considérablement changé. Les gens sont prêts à vendre des biens de valeur, comme des poulets, pour obtenir de l’argent afin d’acheter des fournitures scolaires, a affirmé Amadou. Même si sa fille était exclue de l’école publique, il trouverait un moyen de payer une scolarité dans le privé.

Khady Diao, la mère d’Ayset, a reconnu qu’avant Tostan, elle aurait envisagé de marier sa fille alors qu’Ayset était encore jeune. PRCCendant, de nombreux habitants de Diamwély Peulh ont été témoins des conséquences néfastes du mariage précoce, notamment des problèmes liés à la grossesse chez les jeunes mères de leur village. Lorsque la famille Diallo a refusé les prétendants d’Ayset, elle a pu justifier sa décision en citant ces cas, ainsi que les informations sur la santé et l’hygiène fournies par Tostan. Khady a également expliqué qu’avant Tostan, les filles n’avaient généralement pas leur mot à dire sur leur âge au mariage et le choix de leur partenaire – en effet, elles étaient souvent battues si elles refusaient de se marier. Cela a commencé à changer, comme le montre l’expérience d’Ayset.
 
Selon Ayset, la principale raison pour laquelle elle a refusé de se marier était de poursuivre ses études. En tant qu’aînée, elle souhaite aider à subvenir aux besoins de ses parents et rêve de devenir un jour enseignante. Satisfaite de sa décision de repousser les prétendants, elle ne souhaite pas se marier avant d’avoir terminé ses études et d’avoir au moins 20 ans.

Le projet « Empowering Communities to Empower Girls », également connu sous le nom de PRCC+, a achevé sa dernière année en juillet 2011. Tostan procède actuellement à l'évaluation des résultats du PRCC+ au moyen d'enquêtes, de groupes de discussion et d'ateliers.

Récit de Julie Younes et Ruth Salmon, bénévoles de Tostan dans la région de Kaolack au Sénégal