Une réunion intercommunale au Sénégal montre à quel point les nouvelles connaissances peuvent transformer positivement les communautés

Le 12 décembre, plus de 85 personnes issues de 15 communautés différentes du nord du Sénégal ont été invitées à débattre de questions liées aux droits de l’homme et à la santé lors d’une réunion intercommunautaire financée par Radio Suède à Ouro Ndournabé. Alors que dix des villages participants en sont actuellement à leur deuxième année du Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, d’une durée de trois ans, les autres participants ont été conviés à l’événement dans le cadre de notre processus de sensibilisation coordonné, appelé « diffusion organisée ». Dans le cadre de ce processus, une communauté partenaire de Tostan parraine un village voisin et partage avec lui les informations acquises lors de ses cours hebdomadaires ainsi que les actualités concernant les événements à venir dans la région. Grâce à ce dialogue intercommunautaire, un plus grand nombre de personnes ont eu connaissance de la réunion intervillages et y ont participé. 

La réunion a débuté par les discours d'ouverture prononcés par le chef du village d'Ouro Ndournabé, Ahmad Diallo, qui a souhaité la bienvenue à tous les participants dans son village et a chaleureusement remercié Tostan d'avoir partagé des informations essentielles qu'ils mettent en pratique dans leur vie quotidienne. Tout au long de l'événement, un thème est revenu sans cesse : des changements notables se produisaient au sein de leurs communautés après leur participation au programme Tostan. Pour illustrer certains de ces changements, les membres du Comité de gestion communautaire (CMC) d'Ouro Ndournabé ont présenté un sketch théâtral visant à montrer l'importance des visites prénatales et postnatales. Le sketch mettait en scène une femme qui ne s'était pas rendue au poste de santé pendant sa grossesse et qui avait par conséquent souffert de complications graves lors de l'accouchement. Avant d'apprendre ces informations, les membres de la communauté n'étaient pas conscients de l'importance des visites prénatales et postnatales. Cependant, après s'être informés davantage sur la santé maternelle, le nombre de femmes enceintes se rendant aux postes de santé a considérablement augmenté, améliorant ainsi la santé de la mère et du nouveau-né.

À la suite de cette mise en scène, les participants ont été répartis en quatre groupes, dont trois ont réfléchi aux problèmes qui existaient avant le programme et aux changements mis en place pour améliorer la qualité de vie des hommes, des femmes et des enfants. Ensemble, la communauté a abordé toute une série de questions, notamment le manque de cohésion sociale, la marginalisation des femmes, la connaissance limitée des droits de l’homme, les mariages précoces ou forcés, la pollution et l’environnement, ainsi que la faible fréquentation des dispensaires locaux. Aujourd’hui, depuis le lancement du CEP, ils ont expliqué comment les femmes sont désormais incluses dans les processus décisionnels au sein du village et de la famille, qu’elles sont autorisées à choisir avec qui et quand elles souhaitent se marier, et qu’elles participent à des activités génératrices de revenus. Les hommes et les garçons des communautés ont également montré des changements de comportement visibles. On constate une réduction de la violence à l’égard des femmes, une plus grande importance accordée à l’éducation des filles et un respect général des droits humains de tous les membres de la communauté.

Le quatrième groupe s'est vu confier la tâche de trouver des solutions aux problèmes actuels de leurs communautés. Cela leur a donné l'occasion d'analyser les difficultés existantes et d'utiliser les outils acquis dans le cadre du programme Tostan pour prendre les mesures nécessaires à l'amélioration du bien-être de leur communauté. Ils ont identifié l'accès limité à l'eau comme un problème majeur dans leur région. De nombreux villages sont très isolés les uns des autres, et les membres de la communauté doivent parcourir jusqu'à 20 km pour aller chercher de l'eau à la source la plus proche. Ensemble, le groupe a décidé qu'il était temps d'agir et de demander l'aide du gouvernement pour acheminer l'eau vers leurs villages. Plusieurs membres sont également en train de construire des puits afin de contribuer à la mise en place d'infrastructures pour l'approvisionnement en eau.

En ce qui concerne les questions de santé et d'éducation, le groupe a évoqué l'importance de la mobilisation sociale et réaffirmé son engagement à poursuivre les actions de sensibilisation. Grâce à ces actions, il encouragera les membres de la communauté à se rendre dans les dispensaires lorsqu'ils sont malades et les femmes à se présenter aux consultations prénatales et postnatales. De plus, les participants ont expliqué comment ces actions de sensibilisation contribuent à renforcer la décision des membres de la communauté de maintenir leurs enfants – filles et garçons – à l'école, ce qui peut, globalement, favoriser le développement futur de la région.

À l'issue de la réunion, les participants avaient une vision claire du chemin parcouru depuis le lancement du programme d'autonomisation communautaire de Tostan, ainsi que de leur vision pour l'avenir de leurs communautés. Forts de ces nouvelles connaissances et ressources, ils prennent désormais conscience de tout ce qu'ils ont appris en seulement deux ans et de la manière dont le pouvoir de l'information peut améliorer leur qualité de vie.

Récit de Meredith Schlussel, bénévole régionale chez Tostan.