À 33 ans, Mamie Drammeh se décrit comme « une femme africaine qui a surmonté de nombreuses épreuves », notamment un mariage d'enfant, des complications lors de l’accouchement, des problèmes familiaux et avec sa belle-famille, ainsi que la perte douloureuse d’êtres chers. Mais malgré ces épreuves, Mamie a su prendre le dessus sur son sort pour devenir responsable chez Tostan Gambie.
À l’âge de 11 ans, le père de Mamie l’a retirée de l’école et a arrangé son mariage avec l’un de ses amis ; sa mère n’avait pas son mot à dire. « La première fois que j’ai vu l’homme que j’allais épouser, c’était le jour de mon mariage », a-t-elle raconté. « Je suis allée vivre avec lui dans la grande propriété de sa famille. On m’a retirée de l’école et je faisais toutes les tâches ménagères : balayer, faire la lessive, cuisiner. Mais je n’étais pas heureuse. Je voyais tous mes amis aller à l’école alors que je devais rester à la maison et travailler. »
Mamie a donné naissance à son premier enfant alors qu’elle n’avait que 13 ans. Lorsque le bébé a eu six mois, Mamie s’est enfuie chez sa grand-mère au Sénégal. « Elle savait que j’avais été mariée, mais elle ignorait que j’avais un enfant », a raconté Mamie. « Elle s’est sentie très mal et a pleuré quand elle m’a vue. » La grand-mère de Mamie l’a autorisée à rester, en insistant pour que l’allaitement et les soins de l’enfant soient confiés à la tante de Mamie, qui avait elle-même un jeune fils qu’elle allaitait encore.
Après avoir cherché sa fille pendant une semaine, la mère de Mamie s’est rendue au Sénégal et a été stupéfaite de découvrir que Mamie vivait chez sa grand-mère. « Elle a dit à ma mère que le mariage allait prendre fin, que j’allais divorcer », a raconté Mamie. En Gambie, a-t-elle expliqué, la belle-famille est très respectée, et son père a dû se plier aux souhaits de sa grand-mère. « Il n’était pas content, mais il a remboursé la somme à la famille de mon mari pour obtenir le divorce », a-t-elle déclaré. « Ils ont exigé le remboursement de la dot pour mettre fin au mariage, même si j’avais déjà eu son enfant. Ils ne se sont même jamais renseignés sur elle. »
Un mois plus tard, Mamie est retournée en Gambie, sans sa fille. « À ce jour, ma fille croit que ma tante est sa mère », a-t-elle déclaré. « Nous ne lui avons jamais rien dit. Quand je la vois, elle m’appelle “tante” ».
Enfin libérée de son mariage, Mamie avait hâte de retourner à l'école. Mais quelques jours seulement après que le divorce eut été prononcé, le père de Mamie tomba malade et mourut. Elle commença sa huitième année en retard, ayant manqué le premier trimestre à cause du décès de son père. Après avoir terminé sa troisième, Mamie s'inscrivit dans une école professionnelle pour suivre une formation de secrétariat, puis dans une école technique proposant un programme de secrétariat plus avancé.
C'est là que Mamie a entendu parler de Tostan pour la première fois. Elle a été recrutée comme animatrice pour le tout premier programme d'autonomisation communautaire (CEP) de Tostan en Gambie en 2007, puis, en 2010, elle a été promue superviseure chez Tostan.
Mamie est passionnée par son travail au sein de Tostan et prend beaucoup de plaisir à sensibiliser les autres aux pratiques néfastes, à l'égalité des droits et à l'importance de l'éducation. « Les communautés sont parfois surprises de me voir travailler aux côtés des hommes », a déclaré Mamie. « Mais je crois que ce que les hommes peuvent faire, les femmes le peuvent aussi. »
Mamie se sert de son histoire pour inspirer et éduquer les autres. Elle raconte ses épreuves aux femmes et aux jeunes filles de sa communauté, leur expliquant les dangers du mariage précoce et des grossesses précoces. Elle encourage les jeunes filles à poursuivre leur scolarité et est fière de leur enseigner leurs droits et leurs responsabilités. « Mon rêve pour les femmes africaines, c’est qu’elles prennent conscience de leur valeur et ne se laissent humilier par aucun homme », a-t-elle déclaré. « Apprenons toutes à élever nos enfants, à aller à l’école, à occuper des postes à responsabilité, et à devenir présidentes, vice-présidentes, voire coordinatrices de Tostan ! »
Récit de Beth Roseman, assistante aux projets régionaux, Tostan Gambie
