Dans la lettre ci-dessous tirée du rapport annuel 2015, le président du conseil d’administration de Tostan, le Dr Cheikh Mbacke, décrit ce qui l’a marqué chez Tostan, après plus d’une décennie passée sur le terrain, et explique pourquoi il s’est associé aux efforts de Tostan pour « nourrir les ressources les plus précieuses dont nous disposons sur le continent africain : l’esprit et le cœur des personnes qui y vivent ».
À toute la famille Tostan,
Comme la plupart d’entre vous, j’imagine, je me retrouve ces derniers temps à discuter régulièrement avec mes collègues, ma famille et mes amis des défis majeurs auxquels nous sommes confrontés en tant que communauté mondiale. Bien que les questions soient nombreuses, j’ai tendance à revenir toujours au même thème lorsque je réfléchis à ce qui, selon moi, pourrait constituer une réponse : le jour où nous verrons davantage de femmes occuper des postes de direction sera celui où nous trouverons les solutions que nous recherchons.
Souvent, les gens pensent que je ne parle que de politique internationale. Mais en réalité, je parle de tous les niveaux, et je pense notamment très souvent au niveau local, au niveau communautaire. Cela tient en grande partie à ce que j’ai pu observer chez Tostan.
J'ai rencontré Molly Melching et Tostan pour la première fois il y a dix ans, lorsque je suis rentré chez moi au Sénégal après avoir pris ma retraite de la Fondation Rockefeller, où j'occupais le poste de vice-président chargé de l'administration et des programmes régionaux. Je venais de mettre un terme à une carrière de quatorze ans au sein de la fondation, dont onze passés sur le terrain, au bureau de Nairobi. Ces onze années passées à octroyer des subventions, au contact régulier des bénéficiaires, m'ont appris beaucoup sur l'impact de ces derniers.
Lorsque j’ai rencontré Molly, j’étais consultante pour le programme démographique de la Fondation William & Flora Hewlett et ma mission consistait à les aider à réfléchir à leur programme de santé reproductive en Afrique. Mes recherches m’ont conduite à Tostan qui, m’avait-on dit, adoptait une approche novatrice et efficace là où aucun autre programme ne semblait fonctionner. Mes rencontres avec Tostan ont confirmé ce que j’avais entendu et c’est avec plaisir que j’ai acPRCCté l’invitation à rejoindre le conseil d’administration de Tostan en 2008. Après deux visites dans un village près de Thies, et une autre dans un village près de ma ville natale, Nioro, j’ai vu quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant : des femmes sûres d’elles qui prenaient la parole lors des réunions communautaires et faisaient d’excellentes présentations sur des sujets habituellement discutés et traités exclusivement par des hommes.
Ce n’est pas seulement l’autonomie dont faisaient preuve les femmes qui m’a impressionné, mais aussi le fait que les hommes l’acPRCCtaient. C’est à ce moment-là que j’ai compris ce que signifiait réellement l’approche de Tostan en matière d’autonomisation communautaire, à quel point elle était efficace et quel potentiel elle recelait pour le Sénégal et bien au-delà.
C'est pour cette raison que, depuis sept ans, je siège au conseil d'administration, soutenant ainsi Tostan dans son parcours visant à affiner un modèle qui contribue à nourrir les ressources les plus précieuses dont nous disposons sur le continent africain : l'esprit et le cœur des personnes qui y vivent. Ce fut un plaisir d’être élu président du conseil d’administration en 2015 et un honneur de pouvoir contribuer à définir la stratégie suivie par Tostan, tant sur le plan programmatique qu’organisationnel, tout en continuant à apporter mon expertise spécifique en matière de suivi et d’évaluation.
[En 2015], 381 communautés supplémentaires ont déclaré renoncer aux l'excision et aux mariages forcés ou précoces, portant le total à 7 630 à la fin de l’année. Des centaines de femmes qui, auparavant, n’osaient pas s’exprimer en public se sont présentées aux élections locales – et ont été élues. Le programme « Renforcement des pratiques parentales » de Tostan a mobilisé et stimulé l’esprit de centaines de petites filles et de petits garçons en Afrique de l’Ouest et a été salué à l’échelle internationale pour ses résultats avérés. Des chefs religieux ont été formés à la méthodologie des droits de l’homme et sont retournés dans leurs communautés pour y mettre joyeusement en œuvre des actions visant à apporter des changements positifs. De nouvelles entreprises collectives ont vu le jour en utilisant les ressources locales. Les responsables communautaires ont veillé à ce que les filles comme les garçons aillent à l’école – et à ce que les jeunes enfants soient vaccinés. Et, dans la lignée du changement subtil et fondamental que j’ai découvert pour la première fois chez Tostan, la manière même dont les familles prenaient leurs décisions au sein du foyer a évolué.
À la lumière de ces résultats, ainsi que de toutes les autres réalisations de 2015, je vous invite à réfléchir au rôle qu’ont joué l’autonomisation des femmes – et l’autonomisation plus large des communautés qui va de pair avec elle. Alors que Tostan fête ses 25 ans, j’espère que vous vous joindrez à nous tous chez Tostan pour célébrer ces décennies de travail acharné, tout en nous tournant vers les 25 prochaines années, afin de découvrir comment Tostan pourra apporter sa plus grande contribution à l’avenir.
À l’instar d’un prisme, lorsque nous canalisons l’énergie de nos efforts par l’intermédiaire des femmes et des communautés, un riche spectre de couleurs se met immédiatement à danser. Malgré tous les défis auxquels notre monde est confronté, je suis convaincue que si nous mettons l’accent sur l’autonomisation des femmes et le changement social auquel elle est indissociablement liée, les décennies à venir pourront être marquées par une multitude de solutions prometteuses.
Cordialement,
Dr Cheikh Mbacke
