Le mouvement en faveur d'un changement positif se poursuit : déclaration publique à Gathiary, au Sénégal

Le rythme des tambours festifs a attiré une foule d’un millier de personnes à la déclaration publique organisée à Gathiary, au Sénégal, le 13 mars 2011. Gathiary, le village qui accueillait la déclaration, est situé dans le département de Bakel, à l’est du Sénégal. En raison de l’éloignement du lieu de la déclaration publique, de nombreux membres de la communauté craignaient que les gens ne viennent pas.  Au contraire, des représentants de 89 villages signataires du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie ont participé à l'événement.

Sur les 89 communautés ayant déclaré avoir renoncé aux mutilations génitales féminines (MGF) et aux mariages précoces ou forcés, seules 30 ont participé au Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, une approche globale qui favorise les discussions sur les droits de l’homme et la santé, ainsi que sur le calcul, l’alphabétisation et toute une série d’autres questions. Les 59 autres communautés ayant fait cette déclaration ont suivi le programme du CEP de Tostan dans le cadre d’un processus de diffusion organisée.  Dans le cadre de ce processus, les participants au programme se sont rendus dans les villages voisins pour partager et discuter avec leurs réseaux sociaux les informations acquises pendant le CEP, permettant ainsi à l'information de se diffuser de manière holistique à travers les réseaux sociaux.

L’une des communautés signataires, Tamé, a commencé par être un village « adopté », recevant des informations par le biais d’une diffusion organisée, mais souhaitait participer pleinement au CEP au sein de sa propre communauté. Lorsque le coordinateur régional de Tostan s’est rendu à Gathiary un mois après le lancement du programme, des femmes de Tamé sont venues le voir et ont demandé à Tostan de mettre en œuvre l’intégralité du programme dans leur communauté, ce qui leur a ensuite été accordé.  Un an après le lancement du CEP à Tamé, ces mêmes femmes ont déclaré renoncer aux MGF et aux mariages précoces ou forcés. En prévision de cette déclaration, les femmes de Tamé ont organisé une soirée culturelle avec des danses et des sketchs la veille de la déclaration publique.

Lors de la cérémonie de déclaration qui s'est tenue le lendemain, une foule enthousiaste s'est rassemblée tandis que la déclaration d'abandon était lue en français, en mandingue, en soninké et en pulaar. À l'issue de cette lecture, plusieurs membres et responsables de la communauté ont pris la parole pour évoquer leur propre expérience des mutilations génitales féminines et des mariages précoces ou forcés, et expliquer pourquoi ils estimaient que l'abandon de ces pratiques traditionnelles néfastes était la meilleure solution pour leurs communautés.

Djenaba Guissé, membre du Comité de gestion communautaire (CMC) du village de Mouderi, a prononcé un discours particulièrement émouvant. Elle a partagé avec l'assemblée des souvenirs de sa propre enfance :

On m'a donnée en mariage à l'âge de 12 ans. Inutile de dire que je suis tombée enceinte au bout de deux mois. Je me souviens très bien du [sage-femme] qui a mis mon petit garçon au monde ; il m'a dit qu'il allait m'aider à pousser, mais qu'en raison de mon âge et du fait que j'avais subi une excision, ce serait le seul enfant que j'aurais jamais. Et il avait raison. C'est ce qui m'est arrivé. Nous avons le pouvoir d'empêcher que cela n'arrive à qui que ce soit d'autre.

Après avoir participé au CEP, Djenaba a pris conscience que son expérience personnelle des mutilations génitales féminines et des mariages précoces ou forcés ne devait pas nécessairement être celle des autres femmes et filles de sa communauté.  Elle a compris que ces femmes ont le droit d’être en bonne santé et d’avoir des familles saines et heureuses. Comme toutes celles et ceux qui ont déclaré renoncer aux pratiques néfastes lors de la déclaration de Gathiary, Djenaba est une actrice du changement. Grâce aux efforts et à l’action de ces personnes, un mouvement social durable et positif visant à abandonner les pratiques néfastes en Afrique prend de l’ampleur.