Une nouvelle opportunité prometteuse pour mettre fin aux mutilations génitales féminines au Sénégal

Molly Melching, fondatrice et directrice générale de Tostan, présente le Plan d'action national du Sénégal visant à mettre fin aux mutilations génitales féminines (MGF) d'ici 2015. Lancé le 18 février 2010, ce plan représente une avancée majeure pour Tostan, car il s'appuie sur notre approche des droits humains en matière d'autonomisation des communautés. À ce jour, plus de 4 200 communautés au Sénégal ont publiquement déclaré leur décision d'abandonner les MGF, et le Plan d'action national porte l'espoir de nouvelles transformations sociales positives au Sénégal.

Voici l'éditorial de Molly Melching paru dans le Huffington Post :

Une nouvelle opportunité prometteuse pour mettre fin aux mutilations génitales féminines au Sénégal

Vendredi dernier, le gouvernement sénégalais a lancé un plan d'action national visant à atteindre son objectif d'abandon total des MGF d'ici 2015. Cela peut paraître anodin, car chaque année, des gouvernements du monde entier lancent des plans et des programmes sur cette question et d'autres enjeux de développement : certains sont pertinents, beaucoup passent inaperçus ou ne sont pas financés, et d'autres encore ne voient jamais le jour.

Ce plan d'action est pourtant unique et mérite toute notre attention. Il s'agit d'un cas rare où un gouvernement est non seulement disposé à répondre à la volonté de son peuple, mais aussi à le faire avec discernement et à mettre en œuvre une stratégie élaborée et éprouvée au préalable sur le terrain.

L'excision génitale féminine (MGF) est une pratique douloureuse et dangereuse. Pourtant, les lois adoptées par les gouvernements africains sont restées longtemps sans effet, car il s'agit d'une pratique culturelle liée au statut social, à l'honneur et aux conditions matrimoniales. Dans de nombreux pays, l'application de ces lois est tout simplement impossible, car une large proportion de la population continue de pratiquer l'excision et il est impossible d'emprisonner tous les centaines de mères, de pères et autres membres de la famille qui font exciser leurs filles. Ainsi, même au Sénégal, où une loi interdisant l'excision a été adoptée en 1999, cette pratique persiste dans de nombreuses communautés.

Le nombre de communautés au Sénégal pratiquant encore les MGF diminue rapidement grâce à un vaste mouvement social. Ce mouvement a débuté en 1997 lorsqu'un groupe de 30 femmes suivant le programme éducatif Tostan dans le village de Malicounda Bambara a décidé d'abandonner publiquement cette pratique. Un chef de village local, Demba Diawara, s'est joint à leurs efforts et a montré à Tostan que pour mettre fin aux MGF, il est indispensable de travailler dans le respect de toute la communauté et de son réseau social élargi, et d'organiser des cérémonies publiques d'engagement pour marquer cet abandon.

Depuis 1997, des milliers de militants communautaires ont rejoint le mouvement initié par ces 30 premières femmes et, au cours des 14 dernières années, leurs efforts collectifs ont permis de construire un mouvement qui compte aujourd'hui plus de 4 200 communautés au Sénégal, au Burkina Faso, en Gambie, en Guinée et en Somalie, qui ont publiquement déclaré renoncer aux MGF.

Ce mouvement illustre comment un changement social durable peut s'opérer grâce à l'engagement de militants de base éclairés : mères et pères, jeunes, chefs traditionnels et religieux. Toutefois, de tels mouvements ont encore besoin de soutien et de renforcement. En intégrant formellement l'approche fondée sur les droits humains dans son Plan d'action national, le gouvernement sénégalais a franchi une étape audacieuse et historique. Il a choisi d'accorder la priorité absolue à une stratégie coordonnée, axée sur l'autonomisation des communautés par l'éducation aux droits humains, afin d'aboutir à l'abolition totale des MGF d'ici 2015.

Trop longtemps, beaucoup ont cru que la meilleure façon de régler ce problème était d'adopter une législation punitive. Les lois peuvent punir, certes, mais associées à des politiques efficaces, elles peuvent éduquer et responsabiliser les communautés. Il est indispensable d'avoir des lois contre les MGF, mais il faut aussi soutenir la transition vers un système où ces lois pourront être appliquées de manière effective et juste. D'après l'expérience de Tostan, cette transition implique que les communautés comprennent et appliquent leurs droits et devoirs humains, et il est réjouissant de voir le gouvernement sénégalais définir si clairement ce principe. Je suis convaincu que ce mouvement, et l'engagement renforcé du gouvernement à son égard, peuvent servir de modèle pour lutter contre d'autres traditions sociales néfastes.

Chercher à comprendre les MGF et les raisons pour lesquelles certaines familles les pratiquent ne signifie pas les excuser. Les familles accompagnées par Tostan ont souvent subi les conséquences de cette pratique. Les femmes et les filles ont souffert d'hémorragies, d'infections graves et de complications lors de l'accouchement. Certains parents ont même vu leurs filles mourir. Le gouvernement a le devoir de protéger ces jeunes filles.

Je suis toutefois reconnaissante que le Plan d'action national 2010-2015 du gouvernement sénégalais accorde la priorité à l'autonomisation par l'éducation et à une collaboration respectueuse avec les communautés concernées afin d'induire un changement social positif. Je suis convaincue que des millions de filles en seront également reconnaissantes.