Sensibilisation à la mutilation génitale féminine dans les zones rurales du Sénégal à l'aide de tablettes

Il y a deux mois, le Projet Orchid a fourni des tablettes à quatre équipes d’agents de mobilisation sociale réparties dans quatre régions du Sénégal. Ces équipes œuvrent en faveur de l’abandon total des mutilations génitales féminines (MGF) à Kolda, Sedhiou, Matam et Saint-Louis en menant des missions mensuelles de sensibilisation et en animant des activités de mobilisation sociale telles que des émissions de radio, des réunions intervillages et des actions de diffusion organisée.  Depuis que les agents de mobilisation sociale ont commencé à utiliser ces tablettes, ces outils ont non seulement permis de documenter leur travail à l'aide de vidéos, de photos et de notes numériques, mais ont également favorisé la diffusion organisée. Les tablettes fournissent aux communautés une preuve visuelle que les communautés voisines acceptent d'abandonner les pratiques traditionnelles néfastes.

Pour les agents de mobilisation sociale de Kolda et de Sedhiou, qui ne disposent ni d’ordinateur ni d’appareil photo, ces tablettes leur permettent d’effectuer leurs tâches par voie numérique et leur offrent une mobilité technologique lors de leurs missions mensuelles de 12 jours sur le terrain. Selon les superviseurs, Thierno Yaya Diallo de Kolda et Abdoulaye Kebe de Sedhiou, l’un des avantages de la tablette réside dans sa fonction photo/vidéo. Après leur premier mois sur le terrain avec leurs tablettes, ils sont tous deux venus au bureau pour partager les images qu’ils avaient capturées et les dialogues qu’ils avaient enregistrés. Les photos et les vidéos montraient clairement les personnes que les équipes avaient rencontrées et les discussions qu’elles avaient animées lors des réunions communautaires.

Alors que je considérais les tablettes comme un outil principalement destiné à la documentation, Diallo m’a expliqué comment les images enregistrées sur ces appareils aidaient directement les réseaux sociaux à se décider à abandonner les MGF. Il a donné cet exemple : « Nous nous rendons au village X et nous enregistrons l’avis d’un membre clé de la communauté [sur le sujet des MGF]. Puis nous continuons vers le village Y, et disons que nous trouvons quelqu’un qui s’oppose à l’abandon des MGF… » Lorsqu’ils rencontrent une personne hésitante à l’idée d’abandonner les MGF, Diallo explique qu’ils diffusent le témoignage enregistré au village X, dans lequel le membre de la communauté s’exprime favorablement sur l’abandon des MGF. La personne du village Y peut alors constater qu’une personne influente d’un village voisin, qu’elle connaît personnellement, est prête à abandonner les MGF. Cela peut être le catalyseur dont elle a besoin ; voir un enregistrement vidéo d’une personne de son réseau social la rassure sur le fait que si elle décide d’abandonner les MGF, elle ne le fera pas seule et ne sera pas ostracisée pour cela.

J'étais ravie pour les équipes lorsque les tablettes sont arrivées, car je savais à quel point elles souhaitaient pouvoir documenter le travail qu'elles accomplissaient. Je n'avais jamais imaginé l'impact que cela aurait pour favoriser directement l'abandon des MGF. Lors de leurs missions de mobilisation sociale, les équipes peuvent désormais montrer aux communautés que l'abandon des MGF est en marche partout au Sénégal, y compris chez elles, et que rejoindre ce mouvement de changement social aura un impact positif sur leur vie.

Récit d'Allyson Fritz, bénévole régionale chez Tostan