Les rapatriés en Guinée-Bissau retrouvent un sentiment d'appartenance

À l'ombre d'un arbre à Gabu, vingt jeunes rapatriés étaient assis en cercle. Ils avaient traversé des frontières, affronté des épreuves et ramené le silence chez eux. Revenir ne signifiait pas pour autant être acceptés. Pour beaucoup, le plus dur n'était pas la migration en soi, mais le fait d'être traités comme des étrangers dans leurs propres villages.

Un pays qui perd sa jeunesse

La migration est devenue l’un des principaux défis de la Guinée-Bissau. En 2019, plus de 103 000 citoyens ont quitté le pays, soit environ 5,4 % de la population nationale, et en 2022, le taux de migration net s’élevait à –3,6 pour 1 000 habitants. Face à des perspectives d’emploi limitées, de nombreux jeunes continuent de partir à la recherche de sécurité et de revenus. Ceux qui reviennent sont souvent confrontés au chômage, à la stigmatisation et à l'isolement. Sans soutien, la réintégration est précaire et beaucoup risquent de migrer à nouveau. Dans des régions comme le Gabu, la migration a bouleversé les structures familiales et la vie communautaire, affaiblissant la confiance et les économies locales.

Dialogue

La réintégration a pris une nouvelle forme grâce au projet « Bright Professional Opportunities and Youth and Women’s Empowerment for Community-Led Sustainable Development in Guinea-Bissau » (BPOE), soutenu par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et géré par la GIZ en collaboration avec des partenaires tels que Tostan. À Gabu, les rapatriés et leurs voisins se réunissent désormais régulièrement dans le cadre du programme d’autonomisation communautaire de Tostan, dispensé dans les langues locales. Ils se réunissent pour discuter des droits de l’homme, des responsabilités partagées et du bien-être collectif.

Pour certains, c'était la première fois que leur voix comptait. « Je pensais que les gens ne voulaient pas de moi ici », a confié un rapatrié. « Maintenant, j'ai à nouveau le sentiment de faire partie de ma communauté. »

À Bafatá et à Sonaco, plus de 1 996 membres des Clubs d’agriculteurs, dont 1 661 femmes et plusieurs personnes de retour au pays, ont participé à des formations au leadership et à l’alphabétisation animées par Tostan. Les Clubs d’agriculteurs sont des groupes dirigés par la communauté qui rassemblent les habitants locaux afin de planifier et de gérer de petits projets de développement visant à renforcer les moyens de subsistance et la cohésion sociale. Ces sessions sont devenues des espaces sûrs où la confiance a pu être rétablie et s’épanouir.

De l'isolement au leadership

Ce sentiment d'appartenance s'est rapidement traduit en actions concrètes. Les rapatriés participent désormais aux prises de décision locales par le biais de structures de gestion communautaires telles que les clubs d'agriculteurs, qui fonctionnent dans le même esprit que les comités de gestion communautaire (CMC) de Tostan.

Sur les 69 clubs d'agriculteurs ayant reçu des subventions pour le développement communautaire d'un montant de 1 000 000 de francs CFA chacun (environ 1 600 dollars américains), 41 rapatriés ont été directement impliqués en tant que bénéficiaires. Ensemble, ils ont investi ces fonds dans des activités génératrices de revenus telles que le maraîchage et la gestion de petits commerces, ainsi que dans des projets sociaux comme la réparation d'écoles et de forages.

Les rapatriés ont également intégré des programmes de formation visant à renforcer leurs compétences pratiques. Dans toute la Guinée-Bissau, 5 650 personnes, dont 60 % de jeunes et de femmes, y compris des rapatriés, ont amélioré leur employabilité grâce à des formations en leadership, en agroécologie et en marketing. À Gabu, de nombreux rapatriés travaillent désormais dans des périmètres horticoles équipés de systèmes d’irrigation solaires, ce qui contribue à améliorer la sécurité alimentaire de leurs familles et de leurs communautés.

Ce que signifie vraiment le sentiment d'appartenance

À Gabu, le sentiment d’appartenance n’est plus seulement une idée. Il se manifeste concrètement au quotidien. Les rapatriés, qui étaient autrefois mis à l’écart, font désormais partie de comités, de groupes d’agriculteurs et de nouvelles entreprises. Ils participent aux décisions concernant les fonds communautaires et montrent ce à quoi peut ressembler la réintégration lorsque la dignité et l’inclusion sont prioritaires.

La réinsertion ne se limite pas à l'emploi. Il s'agit avant tout d'être à nouveau vu, entendu et considéré comme digne de confiance. Grâce au projet BPOE et au programme éducatif de Tostan, les communautés de Guinée-Bissau démontrent que la cohésion sociale est la voie la plus efficace vers la stabilité.

Pour ces rapatriés, rentrer chez soi ne signifie plus repartir de zéro. Cela signifie retrouver un sentiment d'appartenance.