Une voix de femme s’élève au sein du groupe. Elle raconte son histoire : celle d’une jeune fille mariée à l’âge de 15 ans et devenue mère d’une petite fille à l’âge de 17 ans. Un jour, en son absence, des exciseuses traditionnelles ont emmené sa fille pour pratiquer le rite de l’excision (MGF). Sa fille est alors morte d’une hémorragie entre les mains des exciseuses. Selon la coutume locale, une mère ne doit pas voir le corps de son enfant ; sa fille a donc été enterrée en secret, sans qu’elle puisse jamais la revoir. Cette même tragédie s’est produite une deuxième fois avec sa deuxième fille, ce qui l’a plongée dans une profonde dépression, la poussant à répéter sans cesse les prénoms de ses jeunes filles :Khadijah, Safiétou. Khadijah, Safiétou. L'histoire de cette femme a incité une autre mère à parler de ses propres malheurs liés à l'excision. Elle a raconté qu'elle aussi avait perdu sa fille dans les mêmes circonstances.
Mais cet échange déchirant fait naître un espoir : celui des groupes de jeunes qui s’efforcent d’empêcher que de telles histoires ne se reproduisent chezleurgénération.
Bien que le documentaire audio ait été enregistré en français, l'animateur a pris soin de reformuler et de résumer les thèmes en pulaar — la langue locale — afin de garantir une compréhension totale. Le français est la langue officielle du Sénégal, utilisée dans l'enseignement formel et au sein du gouvernement, mais il n'est pas couramment utilisé dans les conversations quotidiennes, en particulier dans les zones rurales. Les participants se sentaient plus à l'aise pour aborder les questions liées aux mutilations génitales féminines — la peur, la douleur, les conséquences sociales — dans leur langue maternelle.
Cet événement a clairement montré commentla formation dispensée au personnel de Tostan parnos partenairesd’AIDOSpouvait être mise à profit pour susciter des changements et favoriser la diffusion d’informations et d’idées. Des outils tels que les documentaires audio et les émissions de radio constituent des éléments clés du modèlede diffusion structuréde Tostan. En atteignant une masse critique d’auditeurs – tant au sein des communautés concernées que dans celles situées à proximité –, on parvient plus rapidement à une transformation sociale positive, et ce dans un cadre déjà bien établi.
Le mouvement visant à reléguer les mutilations génitales féminines (MGF) au passé prend déjà un élan considérable. Ainsi, au cours des dernières semaines, deux déclarations publiques en faveur de l'abandon des MGF et des mariages précoces ou d'enfants ont été faites dans deux régions différentes :Kaolacket Goudiry. Plus de 200 communautés ont pris part à ces déclarations, qui se sont justement tenues dans des zones traditionnellement conservatrices.
Après avoir discuté des mutilations génitales féminines (MGF) et de leurs conséquences néfastes, ce groupe de jeunes engagés s’est senti prêt à remettre en question certaines des justifications avancées par leurs aînés. Concernant la chasteté, ils ont évoqué les nombreuses filles excisées de leurs communautés qui tombent tout de même enceintes hors mariage. En ce qui concerne l’argumentation religieuse, ils se sont tournés vers l’imam Abdoulaye Zoubérou Bà, qui a déclaré : « Le prophète (PSL) n’a pratiqué la MGF sur aucune de ses quatre filles, et il est notre référence. » L’imam Bà a également encouragé les jeunes réunis ce jour-là à se retrouver sous « l’arbre de la conversation », en mélangeant les générations, et à discuter du sujet poliment et respectueusement avec leurs aînés.
Animés par la vision d’un avenir plus sain et plus sûr pour les filles et les femmes de Kolda et du reste du Sénégal, les participants ont scandé «Non à l’excision de nos jeunes filles !» et «Ma fille ne sera pas excisée !». Leur conviction et leur optimisme étaient contagieux, touchant toutes les personnes présentes ainsi que tous ceux qui suivaient l’événement à la radio. Les jeunes de Kolda étaient fiers de participer à ce qu’ils espèrent voir devenir une série d’événements, alors qu’ils œuvrent pour l’abandon des MGF pour leur génération et les générations futures.
Par Ashlee Sang, avec la contribution de Faniang Diop, stagiaire en communication chez Tostan Sénégal
