Notre travail nous a appris que lorsque les communautés se renforcent grâce à une éducation fondée sur les droits humains, leur capacité à autonomiser les filles s’en trouve renforcée. À l’occasion de la toute première Journée internationale de la fille, le 11 octobre 2012, nous partageons, dans notre série d’articles « Pleins feux sur les filles », les histoires inspirantes de cinq jeunes filles qui poursuivent leurs objectifs et se construisent un avenir plein d’autonomie, pour elles-mêmes et pour leurs communautés.
Prenons maintenant le temps de mettre à l'honneur Marietou, originaire de Thiès, au Sénégal.

En 2002, j’étais animatrice du programme d’éducation fondé sur les droits humains de Tostan, le Programme d’autonomisation communautaire (CEP), dans le petit district de Hersent, près de Thiès, au Sénégal. Là-bas, j’ai vu une participante au CEP âgée de 15 ans, prénommée Marietou, changer de manière positive la perception de la violence domestique au sein de toute sa communauté.
À l'âge de quatre ans, le père de Marietou est décédé, et elle a été contrainte de vivre avec son beau-père, qui maltraitait physiquement sa mère chaque nuit. Ces violences l'ont profondément marquée, mais elle avait l'impression de ne pouvoir rien faire d'autre que pleurer ; elle ne pouvait pas intervenir.
Des années plus tard, Marietou a rejoint le Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan. Après avoir pris conscience, lors de discussions en classe, de l’importance de respecter et de protéger les droits humains de chacun, elle a décidé qu’elle devait agir pour aider sa mère. Elle ne supportait plus de la voir souffrir. Elle a décidé d’en parler au chef de district, mais a été déçue par sa réaction lorsqu’il lui a dit que les enfants ne devaient pas se mêler des affaires de leurs parents.
Elle s'est alors dit qu'elle devait attirer davantage l'attention du public pour mettre fin à la violence domestique dans sa communauté ; elle a tout de suite su qu'elle devait faire quelque chose d'extraordinaire, que personne n'avait jamais fait ni vu auparavant.
Forte de ses connaissances en matière de droits de l'homme, Marietou s'est rendue toute seule à la mosquée du quartier afin d'aborder la question de la violence domestique avec l'imam et d'autres personnalités de sa communauté.
Après la prière de midi, alors que les fidèles s'apprêtaient à quitter la mosquée, Marietou a demandé poliment : « Puis-je avoir votre attention un instant ? »
Tous les regards se sont tournés vers elle ; les gens étaient surpris qu'une jeune fille soit venue à la mosquée pour leur parler. Tout le monde attendait avec curiosité de savoir ce qu'elle avait à dire.
Elle a demandé à l’imam : « Saviez-vous que certaines personnes dans cette même mosquée maltraitent leur femme tous les jours ? Je voudrais savoir : l’islam autorise-t-il à maltraiter sa femme comme le font certaines personnes que je connais (faisant directement référence à son beau-père) ? Saviez-vous que tout le monde a le droit d’être protégé contre la violence domestique ? S’il vous plaît, cher imam, faites quelque chose pour mettre fin à la violence domestique dans ce quartier. Si vous ne faites rien et que mon beau-père continue de battre ma mère, je serai obligée d’appeler la police pour le dénoncer, ainsi que tous les autres hommes qui font la même chose, car je sais qui vous êtes. »
Au début, tout le monde dans la mosquée s'est mis à rire, mais ensuite, tous les regards se sont tournés vers son beau-père.
L'imam a autorisé tout le monde à quitter la mosquée, à l'exception de Marietou et de son beau-père. Il lui a dit d'un ton sévère que l'islam ne tolérait pas la violence conjugale. Au bout d'un moment, le beau-père de Marietou s'est mis à pleurer et a juré de ne plus jamais lever la main sur la mère de Marietou.
Au cours des deux prieries du vendredi suivantes, l’imam a décidé d’axer ses prêches sur la violence domestique et d’expliquer que celle-ci n’était pas tolérée par l’islam. Les membres de la communauté se sont également mobilisés en organisant un forum sur la violence domestique. À ce stade, tous les acteurs clés du quartier ont décidé de se rallier à la cause visant à mettre fin à la violence domestique. Une décision collective a été prise pour dénoncer toute personne du quartier qui ne se conformerait pas à la volonté générale de la communauté de mettre fin à la violence domestique.
Pour mettre en œuvre cette décision collective, une loi a été adoptée ; on l'a baptisée « loi Marietou ». Marietou a également été élue coordinatrice d'un nouveau comité de surveillance communautaire chargé de protéger les femmes et les adolescentes contre la violence domestique. Elle a fait part de sa joie de voir l'imam et l'ensemble de la communauté s'impliquer pour aider à mettre fin à la violence domestique.
Forte des connaissances acquises grâce à sa participation au CEP et de son courage personnel, Marietou s'est imposée comme une véritable défenseuse des droits humains. Désormais, elle n'a plus à craindre que sa mère ou d'autres femmes soient victimes de violences au sein de sa communauté.
Montrez votre soutien aux filles en partageant l'histoire de Marietou avec vos amis et votre famille ! Vous en voulez plus ? Découvrez d'autres articles de la rubrique « Pleins feux sur les filles » ici.
Récit de Penda Mbaye, chargée de programme chez Tostan à Dakar, au Sénégal
