Unis au Mali pour un changement social positif

Le 11 avril, lors d'une réunion rassemblant 14 communautés liées entre elles et interdépendantes au Mali, des femmes se sont levées et ont ouvertement exprimé leur volonté d'abandonner les mutilations génitales féminines ( MGF).

Ces 14 communautés, qui participent toutes à des sessions de formation organisées par Tostan dans le cadre du Programme d'autonomisation communautaire (CEP), se sont réunies à Yirimadio, une localité située juste à la périphérie de Bamako, la capitale du pays.

Yirimadio est situé de l'autre côté du fleuve, face au centre-ville de Bamako, entre l'une des principales autoroutes du pays et un plateau rocheux. La communauté est extrêmement diversifiée et compte parmi ses habitants de nombreuses familles qui ont quitté les zones rurales pour s'installer en ville. Bon nombre de ces familles sont issues des ethnies bambara, peul, dogon et sénoufo, qui pratiquent toutes traditionnellement les mutilations génitales féminines (MGF).

Tostan travaille avec ces communautés pour organiser des sessions de formation depuis 2009, année où l'organisation a lancé le programme CEP dans le pays pour la première fois. La communauté de Yirimadio s'est mobilisée pour offrir à l'animateur des cours un logement ainsi qu'un lieu où dispenser les sessions, et a élu un Conseil de gestion communautaire (CMC) composé de 17 membres, des femmes et des hommes de la région, chargé d'organiser des activités de développement et de sensibilisation.

Dans le cadre du programme CEP, les participants aux cours de Yirimadio et des communautés environnantes ont pris part, au cours du module Kobi 1, à des discussions participatives et adaptées au contexte culturel sur les droits de l'homme et la démocratie. Ces discussions ont permis à chacun de prendre conscience que, quels que soient son sexe, son âge ou son origine ethnique, il jouissait de droits et avait des responsabilités, au même titre que tous les autres membres de la communauté. Les participants ont été encouragés à partager ces idées avec leurs amis, leurs voisins et les communautés voisines à travers des activités de sensibilisation organisées par le CMC.

Une fois que les participantes ont pris conscience de leurs droits fondamentaux, elles ont commencé à s’informer sur la santé et l’hygiène – comment prévenir les maladies, quand se faire soigner – et, pour la première fois, ont ouvertement discuté des conséquences sanitaires des mutilations génitales féminines (MGF). Elles ont ensuite acquis des compétences concrètes leur permettant de diffuser leurs nouvelles connaissances en matière de droits humains, de santé, d’éducation, de protection de l’environnement et des autres thèmes abordés dans le programme CEP, grâce à des formations en alphabétisation, en mathématiques et en gestion de projet. Grâce à ces compétences et à la poursuite des efforts de mobilisation sociale menés par le CMC, une masse critique commence à se former, composée de personnes désireuses de changer les aspects de leur vie qui ne contribuent pas à leur bien-être général, comme les MGF, et de continuer à promouvoir les traditions positives de leur communauté.

Plus de 250 personnes, dont une majorité de femmes, se sont rassemblées à Yirimadio. Le thème des discussions de la journée était le droit à la santé. Divers aspects de la santé ont été abordés à travers des discours, des sketchs, des chants et des poèmes, et bon nombre de ces interventions portaient sur les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces ou forcés. Le point de basculement vers un changement social sur cette question semblait proche, et une femme a demandé dans son discours ce qu’il fallait faire pour remédier à ces problèmes. Dans la foule, quelques femmes ont d'abord répondu : « Abandonnez ces pratiques ! ». Inspirées par leur courage, de plus en plus de femmes de la foule se sont jointes à elles, et finalement, toute l'assemblée s'est exprimée à l'unisson, unie pour des changements positifs.