« Merci d'avoir appelé l'émission. Pouvez-vous nous dire comment vous vous appelez et d'où vous venez ? »
« Bien sûr. Je m’appelle Seynabou Baldé, je viens de Saré Yoba Diéga. Je fais partie du comité de gestion communautaire ici, et je tenais à dire que le thème dont vous parlez dans l’émission d’aujourd’hui est tout à fait pertinent. »
Seynabou Baldé vit dans un village rural du sud du Sénégal qui a achevé en 2013 le Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, un programme holistique d’une durée de trois ans. Il y a quelques semaines, elle a appelé l’émission de radio d’une heure que Binta Diao, superviseure chez Tostan, anime tous les mercredis depuis la station RTS de Kolda, au Sénégal.
Ce jour-là, l'émission traitait des comités de gestion communautaire (CMC), des groupes de 17 membres élus démocratiquement qui sont créés dans chacune de nos communautés partenaires au début du CEP afin de piloter le développement de leur communauté, tant pendant qu'après leur participation au programme Tostan. Seynabou était la quatrième des six personnes qui ont appelé l'émission pour donner leur avis sur le sujet abordé ce jour-là. Chaque émission aborde un thème différent, allant de l’importance de maintenir la propreté des communautés pour prévenir la propagation de certaines maladies aux moyens de réduire les grossesses chez les adolescentes. Les thèmes abordés par Binta sont ceux enseignés tout au long du CEP, et le recours à la radio permet de toucher le plus grand nombre possible de personnes susceptibles de bénéficier de ces informations.
Les émissions de radio ne s’adressent pas exclusivement aux communautés partenaires de Tostan ; leurs thèmes intéressent également les communautés qui ne participent pas au CEP. Lors de l’émission consacrée aux CMC, Binta a expliqué qu’élaborer un plan d’action ne servirait à rien si les CMC ne le suivaient pas, et elle a souligné qu’un CMC ne pouvait être une organisation dynamique que si tous ses membres y contribuaient activement. Elle a déclaré que les membres du groupe devaient avoir le courage de s'adresser directement à ceux qui ne contribuent pas, en leur rappelant l'importance de leur rôle au sein de l'organisation ; si l'enthousiasme du membre ne s'accroît pas, le groupe doit alors chercher activement un remplaçant.
C'était l'un des problèmes pour lesquels Seynabou avait appelé l'émission, confirmant qu'elle estimait que cette question concernait les CMC. Ila Kandé était un autre auditeur de l'émission, mais contrairement à Seynabou, il n'est ni membre d'un CMC ni participant au programme Tostan. Ila est un délégué choisi par le maire pour représenter son quartier dans la ville de Kolda. Sa participation à l'émission de radio a confirmé que la discussion sur le fonctionnement efficace d'un CMC pouvait s'appliquer à n'importe quelle organisation, qu'il s'agisse d'un groupe de développement communautaire ou d'une association de délégués.
La radio est un excellent moyen de diffuser des informations loin de leur source. Lors de l'émission de Binta consacrée aux CMC, l'un des auditeurs appelait depuis un village situé à plus de 200 kilomètres de Kolda, et l'émission était également captée dans certaines régions de Guinée-Bissau et de Gambie.
Les émissions radiophoniques de Binta Diao diffusées le mercredi ne sont toutefois pas les seules émissions de Tostan sur les ondes de Kolda. Finté Boiro, coordinateur adjoint au sein de la structure de coordination de Tostan à Kolda, anime également des émissions sur une radio communautaire. Les thèmes de ses émissions sont liés à ceux du module « Renforcement des pratiques parentales » (RPP) de Tostan, financé par la Fondation William et Flora Hewlett. Au cours des 16 émissions qu’il a animées ces six derniers mois sur TEWDU FM, il a abordé divers sujets liés au développement de la petite enfance, notamment les moyens d’enseigner aux enfants leur environnement et l’importance de leur faire la lecture.
Au cours d’une de ses émissions diffusées en octobre, Finté a évoqué la nécessité pour les parents de faire preuve d’empathie dans leurs interactions avec leurs enfants. Le lendemain de la diffusion, une femme est venue voir Finté. Elle venait du village où Finté avait travaillé en tant qu’animateur Tostan, accompagnant la communauté dans le cadre du programme CEP, en 1998. Elle a confié à Finté qu’elle avait écouté sa dernière émission et que cela avait changé sa façon de voir sa relation avec son fils. Jusqu’alors, lorsqu’elle demandait à son fils de faire quelque chose ou qu’elle le réprimandait, elle le critiquait et l’insultait. Elle pensait que c’était ce qu’elle devait faire pour le motiver à changer de comportement. Elle constatait cependant que cette approche avait pour effet indésirable d’apprendre à son fils à lui manquer de respect en retour. L'émission de radio de Finté l'a encouragée à réévaluer sa stratégie et lui a montré l'importance de l'empathie. Elle a dit à Finté qu'à partir de maintenant, elle comptait essayer de voir les choses du point de vue de son fils dans l'espoir de mieux pouvoir guider son comportement et favoriser son développement positif.
S'inscrivant dans une stratégie plus large de diffusion organisée, les émissions de radio de Tostan permettent d'augmenter de manière exponentielle le nombre de personnes pouvant accéder aux informations que les communautés participantes acquièrent dans le cadre du CEP. Toutes les communautés n'ont pas la possibilité de participer directement au programme éducatif de Tostan, mais, grâce à la radio, elles peuvent néanmoins découvrir des moyens d'améliorer l'efficacité des groupes actifs au sein de leur communauté ou prendre connaissance de nouvelles techniques favorisant le développement de leurs enfants.
Récit d'Allyson Fritz, bénévole régionale chez Tostan.
