Le 29 décembre 2013, dans le village de Sotuma Sere, 38 communautés de Serahule se sont engagées à abandonner les pratiques traditionnelles néfastes que sont les mariages précoces ou forcés et les mutilations génitales féminines (MGF), marquant ainsi une nouvelle étape importante dans la transformation sociale menée par les communautés de la région de l'Upper River (URR) en Gambie. Parmi ces 38 communautés, 30 avaient participé directement au programme informel d’autonomisation communautaire de Tostan, et huit étaient des villages « adoptés » – s’étant ralliés au mouvement visant à abandonner les MGF grâce aux informations transmises par les participants au programme et par des équipes de mobilisation sociale dévouées.
L'événement a réuni des membres de la communauté, des représentants des autorités locales, des ONG, des professionnels de santé, le personnel de Tostan et ses partenaires, ainsi que les médias locaux. Dans son allocution de bienvenue prononcée au nom de l'Alkalo, ou chef, du village de Sotuma Sere, Musa Kaba Sankano a déclaré que cette journée serait importante pour l'histoire de sa communauté. Il a exprimé la fierté ressentie par l'ensemble du conseil des anciens d'assister à une cérémonie marquant une transformation sociale positive et a déclaré que le programme Tostan avait nourri un esprit d'amour, d'unité et de coopération parmi les membres de sa communauté, essentiel au développement.
Comme l'a souligné Muhammed J. Sankano, président du comité directeur qui a aidé la communauté d'accueil à organiser l'événement, la décision d'abandonner les mariages précoces ou forcés et les mutilations génitales féminines ne s'est pas faite du jour au lendemain. Pour la plupart des communautés, elle est plutôt intervenue à l'issue d'un programme de trois ans au cours duquel les participants avaient acquis des connaissances en matière de santé et de droits humains. M. Sankano a décrit la décision d'abandonner ces pratiques comme le résultat d'une évaluation minutieuse des informations reçues dans le cadre du programme, ainsi que de discussions et d'un dialogue avec les dirigeants locaux et influents sur les effets néfastes de ces pratiques. Il a conclu en encourageant les communautés à garantir la pérennité des enseignements tirés de ce programme holistique.
Au nom des anciennes exciseuses de ces communautés, Jainaba Damba a livré son témoignage avant de piétiner et de détruire une calebasse traditionnellement utilisée pour contenir les instruments d'excision. Ce geste symbolisait l'engagement total du groupe d'anciennes exciseuses à renoncer à la pratique des mutilations génitales féminines (MGF) et aux mariages précoces ou forcés.
Le choix d’abandonner ces pratiques traditionnelles a été reconnu comme une décision importante pour les femmes par Kaddy Janneh, responsable régionale des programmes au Bureau des femmes, conseillère nationale pour les femmes, et Haja Nyaballo Jallow. De même, Seedy Touray, au nom du directeur régional de la santé, a souligné l’importance de la démocratie de base à plus grande échelle, et de l’engagement des femmes en particulier. Il a appelé le gouverneur de la région à encourager ces initiatives. Lorsque le gouverneur de l’URR, Omar Sompo Ceesay, a pris la parole par la suite, il a confirmé que le gouvernement gambien continuerait à orienter et à soutenir le travail de Tostan, exhortant les communautés participantes à mettre en pratique ce qu’elles avaient appris.
Après des sketchs préparés par les participants sur les thèmes des droits de l’homme et des mariages précoces ou forcés, ainsi que d’autres spectacles traditionnels, la déclaration a été lue par Isatou Damba en serahule et par Kaddy Susso en anglais. «Nous, les représentants des 38 communautés de Serahule, déclarons volontairement et en toute connaissance de cause que nous abandonnons la pratique des mutilations génitales féminines et des mariages précoces ou forcés dans nos communautés », a lu Kaddy, avant que la cérémonie ne s'achève par un appel lancé aux autres communautés de la région pour qu'elles rejoignent le mouvement.
