50 francs CFA (0,08 USD) : ce qui a permis à des enfants d'obtenir une identité légale au Sénégal

FERLO, Sénégal — Depuis des décennies, l'enregistrement des naissances au Sénégal est restée un défi structurel, privant des milliers d’enfants d’une identité légale.  Selon l' Enquête démographique et de santé continue (EDS-C) de 2023, 81,4 % des enfants de moins de 5 ans sont désormais enregistrés. Cependant, cette moyenne nationale masque de fortes disparités, notamment dans les zones pastorales isolées comme le Ferlo. Là-bas, la distance, le coût du transport vers les mairies et le manque de sensibilisation ont créé des obstacles insurmontables . Les conséquences ont été graves : des enfants incapables de s’inscrire à l’école, de passer des examens ou d’accéder aux services sociaux de base. 

Lorsque Tostan a lancé le Programme d'autonomisation communautaire dans le Ferlo avec le soutien de Sevenska Petroleum, ces obstacles ont été soulevés dès les premières séances de dialogue.

Les participants ont découvert le droit à l'identité et ont discuté de la manière dont l'absence d'acte de naissance affecte un enfant à chaque étape de sa vie.
Mamadou Ndaw, un animateur qui a grandi dans la région, se souvient à quel point ces premières discussions ont été difficiles. Certaines familles pensaient que l'enregistrement pouvait attendre.

D'autres estimaient que le coût et la distance rendaient le processus impossible. Grâce à un dialogue régulier et à des exercices de résolution de problèmes, la compréhension s'est améliorée.

 

Le Comité de gestion communautaire (CMC), créé au cours du programme et composé de femmes et d’hommes élus par la communauté, a joué un rôle central.

Ils avaient pour mission d'analyser les difficultés locales et de proposer des solutions concrètes. Après avoir examiné l'enquête de référence et discuté des frais supportés par les parents, le CMC a conclu que le principal obstacle était le transport jusqu'à la mairie.

Elles ont ensuite examiné différentes façons de venir en aide aux familles et ont cherché une solution à laquelle tout le monde pourrait contribuer et qui serait viable à long terme. Les femmes du CMC ont proposé une réponse simple, fondée sur la solidarité.

Un fonds de solidarité pour chaque nouveau-né

Chaque membre de la communauté verse 50 FCFA à la naissance d'un bébé. Avec 100 à 200 contributeurs, la somme permet rapidement de couvrir les frais de transport. Les parents reçoivent l'argent immédiatement et se rendent à la mairie pour faire enregistrer leur enfant.

Une fois le fonds créé, le CMC s’est vu confier des missions précises. Ses membres ont enregistré chaque naissance, collecté les cotisations et veillé à ce que la somme parvienne à la famille à temps pour l’enregistrement. Mamadou explique que cette structure a fait la différence, car chacun comprenait son rôle et avait confiance dans le processus.
Les résultats sont visibles. Les parents comptent désormais sur ce fonds. Les nouvelles naissances sont signalées rapidement. Les membres du CMC vérifient que chaque enfant reçoive un certificat. À Velingara Ferlo, il est désormais rare de rencontrer un enfant sans identité légale.

Pour Mamadou, cette expérience a bouleversé sa conception du développement et lui a montré que les solutions naissent au sein même de la communauté lorsque chacun s'assoit autour d'une table et contribue à lever les obstacles communs. Dans ce village, une contribution de cinquante francs par personne permet désormais de surmonter l'obstacle qui empêchait autrefois de recenser les enfants. Un certificat leur apporte une première reconnaissance de leurs droits et leur offre la chance de commencer leur vie sur un pied d'égalité.