En Guinée-Bissau, 27,7 % des en âge d’aller à l’école primaire ne sont pas scolarisés. Dans les zones rurales, ce taux dépasse 36 %. Seuls 12 % des enfants âgés de 7 à 14 ans possèdent des compétences de base en lecture, et seuls 7 % maîtrisent le calcul. Ces chiffres illustrent un système soumis à une pression chronique, mais ils ne reflètent pas pleinement la réalité vécue dans un village donné, où l’école en activité la plus proche est trop éloignée pour s’y rendre à pied et où l’état des routes ne fait qu’aggraver cette distance.
À Nhabidjom Sinho, une communauté rurale de Guinée-Bissau, c'était la situation que la plupart des familles avaient acceptée. Jusqu'en 2025, date à laquelle le Comité de gestion communautaire a décidé de ne plus l'accepter.
Les 19 membres CGCont chacun versé 1 250 FCFA, soit environ 2,20 dollars. Grâce aux fonds récoltés (environ 43 dollars), ils ont rénové un bâtiment scolaire désaffecté et acheté des fournitures scolaires de base pour 48 enfants. Ils se sont également organisés pour embaucher un enseignant local et prendre en charge son salaire. Quarante-huit enfants qui n’avaient pas d’école en ont désormais une.
« Nous avons compris que l’éducation n’est pas seulement un droit pour l’enfant, mais aussi une responsabilité pour la communauté », a déclaré Djucou Baio, coordinateur du CGC. « C’est ce qui nous a poussés à agir, afin que tous les enfants, en particulier ceux qui sont laissés pour compte en raison de la distance ou du mauvais état des routes, puissent enfin aller à l’école. »
Cette décision est le fruit de plusieurs années d'engagement aux côtés du Programme d’autonomisation communautaire, grâce auquel les membres de la communauté ont acquis des connaissances sur Droits Humains, les droits de l’enfant et la prise de décision collective. Ce ne sont pas ces connaissances qui ont permis de construire une école. C’est la communauté qui l’a construite. Le programme a simplement fourni un cadre permettant de comprendre pourquoi la situation était inacceptable et qui avait le pouvoir de la changer.
Cette approche rejoint directement ce que la politique éducative de la Guinée-Bissau elle-même identifie depuis longtemps comme une lacune structurelle. Le Plan sectoriel de l’éducation, articulé autour de la stratégie nationale « Terra Ranka », a placé l’accès des communautés à l’éducation et la gouvernance locale de celle-ci au cœur de la vision de développement du pays.
Les cadres nationaux de la Guinée-Bissau ont toujours considéré l'éducation inclusive, accessible et de qualité pour tous comme une priorité absolue, qui nécessite d'atteindre les communautés où les institutions formelles sont les plus fragiles. Ce que le CGC Nhabidjom Sinho a démontré, c'est que les communautés dotées de connaissances et de capacités organisationnelles peuvent jouer le rôle de cette infrastructure, non pas en se substituant à la responsabilité de l'État, mais en agissant comme son prolongement dans les zones où l'État n'est pas encore présent.
Quarante-huit enfants sont désormais scolarisés. Ce que Nhabidjom Sinho met en œuvre illustre parfaitement le type d’action menée par la communauté que les priorités éducatives de la Guinée-Bissau réclament depuis longtemps, et montre ce qu’il est possible de réaliser lorsque les communautés disposent des connaissances et de l’organisation nécessaires pour agir elles-mêmes en faveur de ces priorités.
