91 villages de la région de Wack Ngouna, au Sénégal, renoncent aux mutilations génitales féminines grâce au pouvoir de la mobilisation sociale

les membres de la troupe Alalaké

Dans le village de Wack Ngouna, j'ai regardé la poussière tourbillonner sous les pas rapides d'innombrables pieds en train de danser.

Pour célébrer une décision collective qui va véritablement changer l'avenir des filles de Wack Ngouna, un district situé près de Kaolack, au Sénégal, des centaines de personnes se sont rassemblées pour voir les représentants de 91 communautés annoncer à la nation leur décision d'abandonner les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces ou forcés.

En écoutant les dignitaires locaux s'exprimer et partager leur enthousiasme pour Tostan et pour l'avenir des femmes et des filles dans les communautés environnantes, j'ai pris conscience de l'ampleur de cette déclaration publique. Bien qu’il s’agisse d’un événement beaucoup plus modeste que la gigantesque déclaration publique organisée à Kolda le mois dernier, au cours de laquelle 700 communautés avaient déclaré renoncer aux MGF, cette déclaration était particulièrement forte car aucun des 91 villages signataires n’avait participé au Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, un programme éducatif holistique de 30 mois portant notamment sur les droits de l’homme, la démocratie, la santé, l’hygiène et l’alphabétisation. 

L'équipe de mobilisation sociale à KaolacLes villages de Wack Ngouna témoignent d'un incroyable exploit en matière de développement communautaire : mobilisation sociale. Un groupe de cinq personnes Comité de gestion communautaire Les membres du CMC – des personnes élues à des postes de responsabilité au sein de leurs communautés respectives – étaient encadrés par Ousmane Ndiaye et Marietou Diarrou, de Tostan, chargés de la mobilisation sociale dans la région de Kaolack. L'équipe s'est rendue de village en village, partageant avec d'autres communautés les connaissances acquises grâce au programme Tostan, tout en encourageant les responsables villageois à s'attaquer aux problèmes liés aux droits et à la santé des femmes. Cette méthode de mobilisation sociale permet aux connaissances partagées de se propager d'un village à l'autre, créant ainsi un réseau de communautés unies par la prise de conscience que les pratiques traditionnelles néfastes portent atteinte à la santé et aux droits humains des femmes et des filles.

Des jeunes de la région ont présenté un sketch traitant des conséquences néfastes des mutilations génitales fémininesLes sketchs présentés par des jeunes de la région lors de la célébration à Wack Ngouna ont illustré leur compréhension des effets néfastes des mutilations génitales féminines (MGF) et du mariage des enfants. L’un d’eux mettait en scène une fillette de 12 ans qui devait être mariée à un homme plus âgé en échange d’une dot. Mais la fillette s’est levée pour protester en disant : « L’argent que tu mets dans ta poche aujourd’hui, c’est le bonheur que tu m’enlèves demain. » Elle a ensuite convaincu son père qu’elle devait poursuivre ses études afin de pouvoir un jour trouver un bon emploi pour aider la famille.

Au cours des deux derniers mois seulement, près de 800 villages ont déclaré renoncer aux mutilations génitales féminines (MGF) et aux mariages précoces ou forcés, grâce à l'engagement de milliers de personnes à travers le Sénégal qui, en partageant leurs connaissances et en échangeant les idées acquises dans le cadre du programme Tostan, sont à l'origine d'un changement social positif. Ce mouvement extraordinaire se poursuit.

Récit de Sydney Skov, bénévole chez Tostan à Dakar, au Sénégal. Photos de Sydney Skov et Verneva Ziga.