Les droits de l'homme, tout comme la loi, sont là pour servir les citoyens.
Même si la loi et les initiatives citoyennes en faveur des droits de l'homme ne vont pas toujours de pair, le projet « Paix et sécurité » de Tostan s'efforce de faire le lien entre les deux. Récemment, Tostan s’est associé à l’Association des avocats du Sénégal (SLA) pour proposer une formation juridique aux superviseurs du projet. Cette formation portait spécifiquement sur les droits de l’homme et leur documentation juridique, l’accès aux ressources (patrimoniales et financières), l’état civil et la question de la violence sexiste. L’objectif était de fournir de nouvelles connaissances juridiques aux superviseurs du projet afin qu’ils puissent mieux jouer leur rôle de médiateurs et négocier la résolution des conflits.
À l'instar des cours dispensés par Tostan sur le terrain, cette formation a adopté une approche participative, s'appuyant sur des discussions de groupe et des expériences vécues issues de la vie quotidienne. La formation a débuté par une série de questions posées par Marième Diop, de la SLA, aux participants au sujet de leurs propres droits. Elle a ensuite défini les droits de l'homme comme « existant pour protéger les personnes contre les abus et la violence, afin de garantir, en fin de compte, le respect de la dignité humaine ». Selon elle, cela « est indispensable à une cohésion sociale totale ».
Diop a rappelé aux responsables présents que deux valeurs fondamentales sont en jeu dans une société qui fonctionne : l'égalité et la dignité. « L'égalité entre les citoyens interdit toute catégorisation. La dignité implique le devoir de respecter les autres et de ne pas leur porter préjudice. »
En faveur de la protection des droits de l'homme, Diop a présenté divers textes juridiques internationaux et nationaux, tels que la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples de 1981, la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, rédigée pour réaffirmer l’importance des femmes dans les questions de paix et de sécurité, le Protocole de Maputo, qui complète la Charte africaine et porte spécifiquement sur les droits des femmes, ainsi que la Constitution sénégalaise du 22 janvier 2001, en particulier ses articles 7 et 8, qui garantissent davantage les libertés publiques fondamentales.
Cependant, et c'est peut-être là le plus important, Diop a souligné qu'il existait des textes africains rédigés bien avant ces accords modernes dans le but de protéger les droits de l'homme, tels que la Charte mandingue de 1222 (le Serment des chasseurs) et la Charte de Kurukan Fuga. Si les droits de l'homme, tels qu'ils sont définis aujourd'hui, doivent être compris et mis en pratique au niveau local, ces textes fournissent un contexte historique et permettent de lutter contre l'idée fausse selon laquelle les droits de l'homme seraient une invention étrangère ou « occidentale ».
L'accès aux ressources est également essentiel à toute société prospère. Ndéye Yandé, de la SLA, a expliqué que « l’accès à la terre et au crédit sont deux piliers fondamentaux du développement durable ». La réglementation foncière actuelle stipule que chaque citoyen, homme ou femme, a le droit d’utiliser et de posséder des terres. Et la propriété foncière s’accompagne d’une réflexion sur le financement, tant pour les particuliers que pour les entreprises. Mme Yandé s’est particulièrement intéressée aux différentes méthodes d’obtention de crédit, formelles ou informelles, tout en soulignant que le crédit doit s’accompagner de la garantie d’un remboursement intégral et dans les délais.
Le sujet suivant a porté sur le rôle de l'État civil, que Madame Yandé a décrit en ces termes : « Si la vie de chaque personne comporte trois étapes — la naissance, le mariage et le décès —, l'État civil s'est structuré autour de ces étapes. » Elle a expliqué que l'État aide à établir la filiation d'un individu grâce à des documents tels que les actes de naissance et les actes de mariage, et permet à cette personne d'accéder aux services sociaux de base, tels que l'éducation, la santé, la justice, l'emploi, etc.
Enfin, le groupe a abordé la responsabilité de l’État — et des membres de la communauté — d’intervenir lorsque des actes de violence sont commis. Khady Ba, de la SLA, a souligné les conséquences néfastes et dramatiques de la violence sexiste sur l’individu, mais aussi sur la famille et la société dans son ensemble. Elle a expliqué que la violence n’est pas seulement physique, mais qu’elle peut également être sexuelle (notamment les mutilations génitales féminines), économique (comme lorsqu’un seul soutien de famille abandonne sa famille) et psychologique (menaces et intimidation). La partie sans doute la plus importante de la présentation de Mme Ba a porté sur la manière de prendre en charge les victimes de violence, notamment en leur fournissant les moyens de déposer des plaintes officielles et en leur indiquant comment accéder à la médiation par l’intermédiaire des comités de paix, mis en place et formés par Tostan.
Cette formation juridique, qui s'est déroulée pour la première fois au Sénégal, s'inscrit dans le cadre d'une initiative régionale. Des formations sont actuellement en cours d'organisation dans les trois pays où le Projet pour la paix et la sécurité est actif : la Guinée-Bissau, le Sénégal et la Gambie. Bien que les formations soient généralement organisées par langue plutôt que par nationalité, ces séminaires sont spécifiquement axés sur la législation et les partenaires juridiques de chaque pays. Par exemple, les thèmes abordés en Guinée-Bissau à la mi-juin étaient légèrement différents de ceux du Sénégal : les Bissauans ont donné la priorité aux lois sur la propriété foncière et la succession, ainsi qu’au droit électoral et au devoir de vote.
Le fait de fournir à ces responsables du projet « Paix et sécurité » des connaissances supplémentaires sur les contextes juridiques et les implications de leur travail a contribué à renforcer les principes du projet. Ces agents de terrain sont désormais mieux armés pour favoriser des interactions pacifiques et constructives au sein des communautés partenaires de Tostan et sur les réseaux sociaux.
Contributions de Mamoudou Ndiaye, assistant de projet « Paix et sécurité »
