Lorsque je suis entré dans les locaux de Tostan à Kolda, au Sénégal, j'ai été accueilli par une scène animée : une vingtaine d'enfants riaient et s'amusaient devant notre bureau. J'ai alors compris qu'il s'agissait des jeunes qui avaient participé à la caravane de sensibilisation de trois jours organisée par Tostan pendant le week-end.
Ces enfants se sont rendus dans cinq villages différents des régions de Kolda et de Sedhiou, au Sénégal, afin de mener une campagne de sensibilisation aux droits de l’homme. Les seize filles et les quatre garçons provenaient de diverses communautés parlant le pulaar et le mandingue qui avaient suivi ou suivaient actuellement le Programme de Renforcement des Capacités Communautaires (PRCC) de Tostan. Armés de chansons, de chants et d’une série d’affiches illustrées utilisées pendant les cours du PRCC, ils se sont entassés dans un minibus avec quelques superviseurs de Tostan et ont entamé leur périple pour sensibiliser les communautés aux mariages précoces et forcés, aux grossesses précoces, à l'excision (MGF), à l’importance d’obtenir un acte de naissance et au rôle essentiel de l’éducation.
Même si ma maîtrise du pulaar laisse beaucoup à désirer, j'ai saisi l'occasion lundi de discuter avec certains de ces jeunes pour savoir ce qu'ils avaient pensé du week-end. Bana et Mariama, deux jeunes filles qui semblaient avoir environ 13 ou 14 ans, ont acPRCCté timidement de répondre à mes questions.
Ma première question a été de savoir pourquoi ils estimaient qu’il était important d’organiser des activités comme cette caravane. Mariama a répondu : « Parce que les communautés pratiquent depuis longtemps les mariages précoces et forcés. Si nous n’allons pas à la rencontre de ces communautés, elles continueront à perpétuer ces pratiques. » Bana est elle-même en danger ; ses parents lui ont trouvé un fiancé et elle ne va plus à l’école. Cela m’a brisé le cœur, mais Finté Boiro, l’une des coordinatrices adjointes de Tostan pour la région de Kolda et organisatrice de la caravane, m’a assuré que le responsable de Tostan en charge du programme PRCC dans son village encourageait ses parents à la laisser terminer sa scolarité. La caravane a tenté de faire comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement d’une question de mariage des enfants, mais aussi des conséquences néfastes liées à une grossesse avant l’âge de 18 ans.
J'ai également demandé à Mariama et à Bana ce qu'elles faisaient pour sensibiliser la population aux Droits humains. Mariama m'a expliqué qu'elles présentaient chacun des Droits humains lors des réunions organisées dans le cadre de la caravane, à l'aide d'affiches du PRCC. L'un des enfants commençait par montrer une image et expliquer le droit de l'homme qu'elle illustrait, puis Finté ou un autre animateur prenait le relais pour animer une discussion communautaire sur son importance. J'ai demandé à Mariama et Bana si elles pouvaient me montrer leur affiche préférée et, sans hésiter, elles ont fouillé dans la pile avec détermination. Mariama a immédiatement choisi l'image illustrant le droit à la santé, et Bana a choisi celle illustrant le droit à un nom, à une nationalité et à une famille.
Finté m’a parlé plus tard d’une autre jeune fille de la caravane pour qui le droit à un nom, à une nationalité et à une famille revêtait une importance particulière. Au Sénégal, le fait que les parents n’enregistrent pas leurs enfants à la naissance constitue un grave problème. À Saré Yeroyel, une jeune fille s’est manifestée et a déclaré qu’elle n’avait pas d’acte de naissance. Les enfants sans acte de naissance ne connaissent pas seulement leur âge exact, mais ils ne sont pas non plus autorisés à passer l’examen organisé par l’État à l’école qui leur permet de poursuivre leurs études au-delà d’un certain niveau. Bien qu’il soit possible d’obtenir un acte de naissance plus tard, cela devient plus coûteux et plus difficile. C’est pourquoi la caravane a insisté auprès des parents sur le fait que payer les modestes frais initiaux pour un acte de naissance en valait la peine.
En discutant avec Mariama et Bana, j'ai pris conscience de l'importance du travail de Tostan pour encourager les jeunes à défendre leurs convictions et pour promouvoir Droits Humains la dignité de chacun.
Récit d'Allyson Fritz, bénévole régionale chez Tostan
