Le trajet jusqu’à Ndiobène Talène n’est pas des plus agréables. Les 40 derniers kilomètres de route avant d’arriver à Kaolack comptent plus de nids-de-poule que de bitume, et le trajet d’une demi-heure entre Kaolack et Ndiobène Talène est en grande partie non goudronné. Cependant, ce n'était pas de mon propre inconfort que je me souciais, mais plutôt de celui des centaines de personnes qui allaient effectuer des trajets similaires à travers le Sénégal pour se rassembler sur la place du village de Ndiobène Talène. Je doutais que leurs moyens de transport soient aussi confortables que le mien (avec la climatisation et tout le reste), mais ils allaient tout de même faire ce périple pour assister à cette importante déclaration publique.
En réalité, ce qui me marquera le plus, c’est le fait que tant de personnes aient entrepris un long et pénible voyage pour proclamer ensemble au monde entier que la violence n’est plus une option lorsqu’il s’agit d’élever un enfant, et que les droits de l’enfant doivent être respectés pour que les enfants puissent s’épanouir pleinement.
Cette déclaration publique, faite le 13 juin, est le fruit de la participation des communautés au programme « Renforcement des pratiques parentales » (RPP) de Tostan. Le programme RPP (qui bénéficie d’un généreux financement de la Fondation William et Flora Hewlett) a pour objectif général d’aider les parents à renforcer les pratiques positives afin de favoriser le développement de l’enfant et d’assurer sa réussite à l’école et dans la vie. Le programme commence par sensibiliser à l’importance d’interagir avec les enfants de moins de trois ans, puis mobilise les communautés (qui disposent désormais des informations nécessaires) pour protéger et promouvoir les droits de l’enfant et améliorer son environnement éducatif.
Au cours du week-end passé à Kaolack, j’ai eu l’impression que cette déclaration publique n’était pas un événement organisé par Tostan. Au contraire, à l’image de tout le travail accompli par Tostan, cette déclaration était un événement dont les communautés elles-mêmes avaient la responsabilité. Cela ne veut pas dire que le personnel de Tostan n’a pas déployé d’énormes efforts pour s’assurer que tout se déroule sans accroc. Comme l’a dit un membre du personnel de Kaolack : « Une déclaration, c’est avant, pendant et après l’événement proprement dit. » Cela montre bien que, même si l’événement était mené par la communauté, le personnel de Tostan s’est investi tout autant que les communautés et a fait tout ce qu’il pouvait « en coulisses ».
Lors de notre visite à Ndiobène Talène, nous avons été invités à participer à une soirée culturelle, au cours de laquelle toutes les communautés, aux origines culturelles variées, se sont réunies pour jouer de la musique, danser et profiter des festivités. Cela nous a permis de mieux comprendre l’esprit positif qui régnait autour du projet RPP et de ce grand événement.
Lors de la présentation, qui a eu lieu le lendemain, des membres clés ont exposé le projet dans son ensemble, le travail déjà accompli et celui qui reste à faire, en décrivant en détail le passé, le présent et l'avenir des objectifs du RPP.
La cérémonie a débuté par une prière d'ouverture. Cela revêt une importance particulière, car une partie du succès du projet RPP tient à l'implication des chefs religieux, qui ont contribué à démontrer que le Coran prône la non-violence dans l'éducation et l'éducation des enfants. Au cours de l'événement, tant les chefs religieux que le directeur d'une école ont souligné les effets néfastes de la violence envers les enfants et ont réaffirmé que les droits de l'enfant doivent être respectés en toutes circonstances.
Les principaux discours et sketchs de la cérémonie étaient ponctués de chants et de danses. Pendant la déclaration, et tout au long du week-end d’ailleurs, j’ai pu mesurer à quel point les communautés participantes se souciaient de leurs enfants. Et, lors d’un moment particulièrement émouvant, j’ai pu constater à quel point les jeunes de ces communautés se sentaient eux aussi autonomes.
Le projet RPP trouve son origine dans le constat selon lequel seuls 10 % des élèves sénégalais possédaient des compétences suffisantes en mathématiques et en français à l’issue de leurs trois années d’école primaire. Tostan avait compris que la réussite scolaire précoce était probablement liée au développement précoce de l’enfant (en particulier chez les moins de trois ans). Avant le RPP, il était courant que les parents ne manifestent pas beaucoup d’affection à leurs nourrissons, qu’ils ne les regardent pas dans les yeux ou qu’ils ne leur parlent pas. Or, nous savons aujourd’hui que ce type d’interactions est essentiel au développement du cerveau de l’enfant.
Le point culminant de la cérémonie publique a été la remise au gouverneur régional d'un mémorandum résumant le travail accompli et celui qui reste à accomplir en matière de pratiques parentales positives et de droits des enfants. Le gouverneur a ensuite prononcé un discours dans lequel il a réaffirmé son engagement envers ce travail et cette mission.
Une fois la cérémonie terminée, un sentiment de soulagement et de satisfaction s'est fait sentir, car tout s'était bien passé. Tous les participants à la déclaration – des enfants qui s'étaient rassemblés sur la place centrale pour assister à l'événement aux parents, en passant par le gouverneur de la région – semblaient fiers de soutenir les progrès incroyables réalisés dans les communautés participantes.
Sur le chemin du retour vers Dakar, j’étais ravie d’avoir pris part à un événement aussi important et déterminant pour de nombreux jeunes et enfants au Sénégal. Grâce aux stratégies mises en place par Tostan, je sais que ce mouvement ne fera que prendre de l’ampleur. Au final, la route cahoteuse et sinueuse qui menait hors de Kaolack valait certainement la peine d’être parcourue pour avoir l’occasion de participer aux événements marquants de ce week-end à Ndiobène Tolène, au Sénégal.
Rédigé par Daniel Ford, stagiaire chez Tostan, à Dakar
