Le village de Banfélé est situé à environ 10 kilomètres de la commune urbaine de Faranah, en Guinée. C'est dans ce petit village de quatre foyers que vit Karamo Keïta, âgé de huit ans. Il vient d'une famille de trois enfants, tous des garçons. Comme beaucoup d'autres communautés guinéennes, Banfélé a beaucoup souffert de l'épidémie d'Ebola. Sur les quatre foyers du village, la maladie en a touché trois, dont celui de Karamo.
Tout a commencé lorsque la mère de Karamo est allée rendre visite à son père, qui avait contracté le virus Ebola dans un autre quartier de Faranah. Elle a alors contracté la maladie et l’a transmise à son fils aîné. Le grand-père, la mère et le frère de Karamo sont tous décédés des suites de l’Ebola. Le père de Karamo était déjà décédé auparavant de causes sans rapport avec l’Ebola. Karamo a donc été classé dans la catégorie des « enfants touchés par l’Ebola ».
Dans les jours qui ont suivi le décès de sa mère, Karamo s'est replié sur lui-même, se réfugiant dans l'isolement et le deuil. Il était toujours triste. Parfois, il refusait de manger. Il ne parlait à personne. La grand-mère de Karamo, qui en avait la garde, était bien sûr très inquiète face à cette situation.
Souvent, face à la perte d’un être cher, les paroles réconfortantes des amis ou des chefs traditionnels et religieux aident à retrouver l’espoir. Grâce à divers types de soutien et de stratégies d’adaptation, les personnes ayant atteint un certain niveau de maturité sociale parviennent à surmonter le choc de la perte. Ce n’est pas le cas pour les enfants. Plutôt que des paroles réconfortantes, les enfants ont besoin d’un environnement qui leur permette de s’épanouir et de se sentir en sécurité.
Pour répondre à ce besoin fondamental, l'UNICEF et le ministère des Affaires sociales et de la Promotion des femmes et des enfants ont élaboré un plan de protection de l'enfance et d'intervention psychosociale. Ce plan vise à fournir un ensemble minimal de services destinés à répondre aux besoins des enfants touchés directement ou indirectement par le virus Ebola.
Les activités de Tostan s'inscrivent dans le cadre de ce plan couvrant la période de mai 2015 à avril 2016. Ces activités bénéficieront à 152 orphelins d'Ebola, dont 71 filles, répartis dans 30 foyers. Les ménages touchés par Ebola sont situés dans 12 quartiers, districts et secteurs de la préfecture de Faranah. À ce jour, 37 ateliers de soutien psychosocial ont été animés par 44 bénévoles communautaires (dont 24 femmes) à Banfélé et dans 10 autres communautés touchées par Ebola. Au total, 728 enfants, dont 152 orphelins d’Ebola, ont bénéficié d’un soutien psychosocial afin de les aider à développer leur résilience. Ces enfants proviennent de 393 foyers, dont 30 ont été touchés par Ebola. Les ateliers sont soutenus par les parents qui viennent les observer avant de partir travailler dans les champs.
Les ateliers psychosociaux ont permis de mettre fin à l’isolement des orphelins d’Ebola. Grâce aux ateliers organisés à Banfélé, Karamo a retrouvé le sourire. Auparavant, il passait tout son temps seul, demandant sans cesse des nouvelles de sa mère décédée. Il est depuis sorti de son isolement et prend plaisir à jouer avec les autres enfants de sa communauté. Karamo souhaite continuer à jouer avec ses amis et devenir plus tard mécanicien. Grâce au soutien de l’UNICEF, 728 enfants, dont 152 orphelins, disposent d’une aire de jeux dans leur communauté. Les Guinéens disent souvent : « Un enfant qui ne joue pas est un enfant malade », ce qui souligne le fait que le jeu est un élément essentiel du développement de l’enfant. Les enfants utilisent les jeux et les divertissements pour découvrir et comprendre leur environnement, tout en développant leur corps et leur esprit.
En plus de ces moments de jeu avec des jouets modernes, les bénévoles de la communauté – dont la plupart sont des femmes – partagent des conseils, des contes et des devinettes avec les enfants. Ils enseignent également le folklore local à travers des chants et des danses. Pour ces communautés, les ateliers psychosociaux contribuent à faire revivre une forme d’éducation sociale qui prépare les garçons et les filles à devenir des adultes responsables. L’enseignement scolaire formel ne soutient pas toujours cette forme d’éducation. Certaines communautés estiment déjà que ces ateliers méritent d’être pérennisés avec le soutien de l’UNICEF. Le président du district de Dalmara, N’Faly Oulare, a déclaré : « Lorsqu’une activité va dans l’intérêt des enfants, elle doit être soutenue par nous, les parents, et par les autorités locales. »
Ce récit est une adaptation de l'original en français, rédigé par Mouctar Oulare, coordinateur national de Tostan Guinée
