En mai dernier, trente-deux femmes ont participé à une formation de dix jours sur la teinture traditionnelle des tissus. Il ne s’agissait pas d’un atelier de teinture classique, car il s’est déroulé dans une prison de Thiès, au Sénégal, et était animé par un ancien détenu ayant suivi le Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan.
Depuis sa sortie de prison, Awa Fall a mis à profit ses compétences en teinture de tissus pour se réinsérer avec succès au sein de sa famille et de sa communauté. Elle a animé la formation destinée aux participants de la prison de Thiès, parmi lesquels figuraient trente détenues et deux gardiennes. Tostan a fourni tout le matériel nécessaire à la formation et, à l’issue des dix jours, les participants étaient déjà en mesure de produire des pièces de tissu destinées à la vente. Une fois libérées, elles pourront mettre à profit ces compétences pour subvenir à leurs besoins.
Awa Fall a elle-même passé quatre ans dans cette même prison, période durant laquelle elle a participé au programme CEP de Tostan, un programme éducatif non formel d’une durée de trois ans qui aborde des thèmes essentiels tels que les droits de l’homme, la résolution de problèmes, la santé, l’alphabétisation, les mathématiques de base, les compétences génératrices de revenus et la gestion de projet. Elle a également suivi trois formations sur la teinture des tissus en 2003, 2004 et 2005, acquérant ainsi les compétences qui allaient devenir son moyen d’autonomisation économique et de réinsertion réussie.
Grâce à une aide financière de 50 000 CFA (environ 100 dollars) versée par Tostan, Awa a pu se lancer dans la teinture de tissus et suivre une formation pour devenir formatrice en teinture. À sa sortie de prison, l’équipe du projet « Prison » de Tostan a également organisé une médiation familiale afin d’encourager sa famille à l’accepter et à la soutenir. Depuis, elle subvient à ses propres besoins, s’est mariée et apporte une contribution financière à sa famille. Ses compétences et son expérience en tant qu'ancienne détenue ont fait d'elle la candidate idéale pour enseigner de nouvelles compétences à ces femmes, et elle a contribué à faire de l'atelier un succès pour toutes les personnes impliquées.
Les participants à l'atelier ont consacré la majeure partie de ces dix jours à des tâches pratiques telles que la préparation, la teinture et le séchage du tissu. Le fait d'être formés par un ancien détenu qui a depuis mis à profit ces compétences pour réussir sa réinsertion sociale a particulièrement touché les participants. À l'issue de l'atelier, ceux-ci ont fait savoir que dix jours n'étaient pas suffisants et que les formations sur les activités génératrices de revenus devraient plutôt durer vingt jours !
La capacité d’une détenue à subvenir à ses propres besoins est essentielle à la réussite de sa réinsertion sociale. Les familles et les communautés sont souvent réticentes à accueillir à nouveau d’anciens détenus dans leur cercle, non seulement en raison de la stigmatisation sociale liée à l’incarcération, mais aussi parce que cela peut impliquer un engagement financier supplémentaire, ce qui représente une pression supplémentaire pour la famille et la communauté.

L'acquisition de compétences génératrices de revenus peut contribuer à résoudre ce problème et offre à l'ancien détenu la possibilité de subvenir aux besoins de sa famille et de sa communauté, ce qui favorise davantage son acceptation sociale et renforce son estime de soi.
L'équipe du projet « Prison Project » prévoit d'organiser, dans les semaines à venir, une petite foire qui permettra d'exposer et de vendre les produits fabriqués au cours de cette formation. L'objectif de cette foire est d'offrir aux participants un moyen de subsistance pendant leur incarcération et après leur libération. Elle permettra également de montrer aux détenus le potentiel économique de leurs nouvelles compétences, ainsi que de mieux faire connaître ce projet auprès des communautés.
Les formations génératrices de revenus se poursuivront tout au long de l'année 2012 : une autre sur la teinture des tissus, une sur la fabrication de savon, et trois autres prévues sur la production et le stockage de céréales importantes qui constituent une source alimentaire essentielle pour les communautés sénégalaises. Nous espérons que ces formations continueront à autonomiser financièrement les femmes, à l'image d'Awa Fall, formatrice et ancienne détenue, et les aideront à se réinsérer dans leurs communautés après leur incarcération.
Cliquez ici pour en savoir plus sur les ateliers générateurs de revenus organisés par l'équipe du Prison Project.
Récit de Kaela McConnon, bénévole du projet « Prison » ; photos d'Aïssatou Kebé, responsable du projet « Prison », Tostan
