La liberté par l'éducation : célébration de la Journée de l'enfant africain dans un centre de détention pour mineurs au Sénégal

À l'occasion de la Journée de l'enfant africain,le 16 juin, Tostan et la prison de Fort B à Dakar, au Sénégal, ont organisé une journée de festivités pour ses jeunes détenus le19 juin. Selon le directeur de la prison, Thierno Sow, les principales priorités de l'établissement sont la sécurité et l'éducation, avec pour mission globale la réinsertion complète dans la société. Dans cette optique éducative, le projet pénitentiaire de Tostan met en œuvre une version adaptée du Programme d'autonomisation communautaire (CEP) au sein de la prison de Fort B, la seule prison pour mineurs du Sénégal qui accueille des garçons âgés de 13 à 18 ans. La participation au programme de Tostan peut avoir un impact crucial sur la vie de ces jeunes, en renforçant leurs connaissances en matière de droits de l'homme et en leur apportant une formation aux compétences pratiques qu'ils pourront mettre à profit après leur sortie de prison.

Au sujet de l'importance des festivités dans un centre de détention, le directeur Sow a fait remarquer qu'elles permettaient aux 71 détenus de s'évader un instant de leur incarcération et de se comporter comme n'importe quel autre jeune. Cela leur donne un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une vie future sans délinquance.

Dans le cadre des activités matinales, les garçons se sont rassemblés dans la cour de la prison tandis que quatre de leurs camarades détenus se tenaient devant leurs pairs et leur présentaient les droits de l’homme, à l’aide d’images illustrant ces droits issues des cours du programme CEP. Ensuite, Aissatou Kebe, directrice du projet pénitentiaire Tostan, a déclaré que les jeunes « sont l’espoir de la nation », y compris les garçons de Fort B. L’événement mettait l’accent sur l’importance de l’éducation comme moyen de se réinsérer dans la vie hors des murs de la prison et de devenir des membres actifs de la société sénégalaise.

Assane Diagne, directeur adjoint de Fort B, a donné ce conseil aux détenus : « Si vous ne tirez pas parti de votre formation, vous risquez de retourner en prison. » Les détenus qui participent au programme CEP adapté apprennent à connaître leurs droits et leurs responsabilités et sont encouragés à se tourner vers des carrières épanouissantes plutôt que de retomber dans la délinquance.

L'une des formations professionnelles les plus prisées proposées au sein de la prison est le projet d'aviculture. Avec l'aide de Tostan et du directeur du projet, Mademba Thiam, les détenus apprennent à élever des poussins et à les vendre, ce qui leur procure un revenu indispensable pendant et après leur incarcération. Ce projet a le potentiel d'avoir un impact durable ; un ancien détenu qui a continué à élever des poulets a confié à Mademba que cette formation avait changé sa vie.

Le projet pénitentiaire Tostan encourage l'apprentissage et la croissance économique par l'engagement, c'est-à-dire la participation active à des cours, à des projets et à des dialogues. Lorsque les détenus découvrent leurs droits fondamentaux, tels que le droit à un procès équitable, ils sont également informés de leurs responsabilités, comme celle de respecter la loi. Le droit à l'éducation s'accompagne de la responsabilité d'utiliser cette éducation pour améliorer leur vie et celle des autres. Cette sensibilisation est menée en parallèle avec des médiations familiales animées par des membres formés de l’équipe Tostan, ce qui augmente les chances d’une réinsertion réussie. Les détenus qui participent au CEP sont invités à signer un pacte dans lequel ils s’engagent à poursuivre les pratiques positives qu’ils ont apprises en prison, à rester proches de leurs familles et à s’efforcer de contribuer à la société plutôt que de retomber dans la criminalité.

Alors que les activités de la matinée à la prison étaient axées sur l’importance de l’éducation et la gravité des choix effectués tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la prison, l’après-midi s’est déroulé dans une ambiance plus détendue. Des familles sont venues rendre visite à leurs enfants et partager un déjeuner avec eux, des sketchs ont été joués et un combat de lutte– un combat de lutte traditionnelle sénégalaise – a été organisé. En ce mercredi après-midi ensoleillé à Dakar, ces garçons ont pu être des enfants comme tous les autres qui célébraient la Journée de l’enfant africain.