Le chemin vers une déclaration publique

Comment les communautés en arrivent-elles là ?

Le processus débute trois ans plus tôt, lorsqu’une communauté invite Tostan à mettre en œuvre notre Programme d’autonomisation communautaire (CEP). Ce programme global met l’accent sur les droits de l’homme et l’éducation non formelle de base, qui constituent les fondements du développement durable. Nos animateurs fournissent aux participants un accès à des informations fiables et factuelles sur leurs droits humains, ainsi que des connaissances et des compétences pratiques dans les domaines de l'hygiène, de la santé, de la démocratie, de l'alphabétisation, des mathématiques et de la gestion de projet. À mesure que les membres de la communauté commencent à discuter et à définir une vision collective de leur avenir, ils examinent quelles pratiques existantes au sein de leur communauté ne contribuent pas au bien-être. 

Dans le cadre du programme CEP de Tostan, les participants partagent ce qu’ils ont appris lors des sessions de formation avec d’autres membres de leur communauté, et des communautés entières « adoptent » leurs villages voisins afin de diffuser plus largement ce qu’elles ont appris au sein de leurs réseaux sociaux grâce à une diffusion organisée. Les équipes de mobilisation sociale ont également un rôle à jouer : elles se déplacent d’une communauté à l’autre, organisent des réunions pour partager des informations et sensibilisent davantage aux droits humains. Étant donné que les pratiques néfastes, telles que les mutilations génitales féminines (MGF), ne peuvent être abandonnées par une seule communauté, car il s’agit de normes sociales renforcées au sein des familles et des communautés interconnectées, ou des réseaux sociaux, ce processus de sensibilisation est très important.

La prochaine étape vers une déclaration publique consiste à organiser des réunions inter-villages. Ces réunions rassemblent les communautés participant au programme Tostan ainsi que les villages « parrainés » au sein de leurs réseaux sociaux. Y participent des représentants de Tostan, des autorités locales et nationales, ainsi que des chefs de file communautaires et religieux respectés.

Ces réunions ont pour objectif de permettre aux communautés d'échanger des idées, d'engager le dialogue et de parvenir à un consensus sur la protection des droits de l'homme, notamment sur des questions importantes telles que les mutilations génitales féminines et les mariages précoces ou forcés. Elles comprennent généralement des chants, des danses et des saynètes, ainsi que des discours et des échanges. Les saynètes préparées par les participants constituent souvent le moment fort de ces rencontres inter-villages, apportant une touche d'humour à des discussions par ailleurs sérieuses.

En amont d'une déclaration publique qui a eu lieu à Basse, en Gambie, en juin 2013, les membres de la communauté ont organisé une réunion inter-villages à Boro Dampha Kunda et une réunion inter-zones à Kantela Kunda, qui ont rassemblé des communautés issues des quatre régions différentes où Tostan Gambie mène ses activités. Au cours de la réunion qui s'est tenue à Kantela Kunda en mars, les membres de la communauté ont présenté un sketch dans lequel deux familles étaient en désaccord sur l'opportunité de pratiquer l'excision sur leurs filles, jusqu'à ce qu'un médecin explique au chef du village les effets néfastes de cette pratique sur la santé des filles et que la praticienne renonce à cette pratique.

Bien que ces réunions constituent un élément essentiel de la préparation d’une déclaration publique, le FGC n’est pas le seul sujet abordé lors de ces événements. Des discussions portant sur les droits humains au sens large ont lieu, au cours desquelles des membres de la communauté, y compris des femmes, présentent les droits individuels à l’ensemble du groupe. Les communautés partagent également les mesures qu’elles prennent pour contribuer à la protection de ces droits. À Kantela Kunda, des représentants de chacune des quatre zones où le CEP est mis en œuvre ont évoqué une action qu’ils avaient menée pour favoriser le développement de leurs propres communautés, comme la vaccination des enfants. Kumba Daboe, un coordinateur du CMC présent à la réunion de Boro Dampha Kunda, a parlé des progrès réalisés en matière de soins prénataux depuis la participation au programme Tostan.

La prochaine étape pour les membres de la communauté, avec le soutien de Tostan, consiste à organiser la déclaration publique elle-même. Il y a beaucoup à faire : organiser les déplacements des communautés invitées, convier des représentants d’ONG locales et des autorités à y assister ou à prendre la parole, ainsi que des journalistes pour participer à la table ronde avec la presse ; prévoir de quoi se restaurer et des rafraîchissements pour tous les participants ; préparer les nombreux discours, chants et sketchs qui seront présentés ; et bien d’autres choses encore.

Au Sénégal, les communautés sont liées par le poids de leurs paroles, et faire une annonce en public revient à approuver la nouvelle norme sociale : personne ne sera mis au ban de la communauté pour avoir décidé de ne pas se livrer à une pratique alors que tous ont collectivement convenu d'y mettre fin. Il est essentiel de rassembler l'ensemble de la communauté pour abandonner une pratique, et nous estimons que les déclarations publiques jouent un rôle crucial pour créer une dynamique suffisante en faveur de cet abandon grâce au soutien collectif et public.

En 2008, une évaluation de l'Unicef a porté sur des villages ayant participé au programme Tostan entre 1997 et 2001 et s'étant engagés publiquement à abandonner les mutilations génitales féminines (MGF). Elle a révélé que, près de dix ans plus tard, la prévalence des MGF avait diminué de plus de moitié dans les villages participants. Cette évaluation a établi un lien entre ces déclarations publiques et la baisse de la prévalence.

Comme Tostan l'a toujours expliqué et comme l'ont montré nos évaluations externes, l'abandon de cette pratique à l'issue de notre programme et la déclaration publique de cet abandon ne sont pas garantis à 100 %. Cependant, ces déclarations publiques jouent un rôle essentiel dans le processus menant à l'abandon total de cette pratique et sont indispensables pour créer une masse critique, ce qui permettra à terme de faire en sorte que les mutilations génitales féminines appartiennent au passé.

Découvrez quelques-uns de nos articles précédents sur les déclarations :

Lisez les témoignages sur le travail de Tostan visant à promouvoir l'abandon des mutilations génitales féminines et des mariages précoces ou forcés