Les « caravanes de la jeunesse » de Tostan en Gambie offrent aux jeunes l’occasion de partager avec les membres de leur communauté les connaissances en matière de droits de l’homme acquises dans le cadre du Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan. Du 24 au 29 novembre, l’équipe de Tostan Gambie a organisé la 7e édition annuelle de la « caravane de la jeunesse », un événement de six jours qui s’est déroulé dans cinq communautés de la région de l’Upper River (URR). Deux représentants de la jeunesse issus de 187 communautés ont été invités à participer à la caravane ; parmi les autres invités figuraient le responsable régional du Bureau des femmes, la conseillère nationale pour les femmes, des conseillers de quartier, ainsi que des représentants des services de santé, de la police et des autorités locales.
L'équipe, en collaboration avec les membres du Comité de gestion communautaire (CMC), a d'abord rencontré les anciens de chaque village afin de discuter des problèmes auxquels sont confrontés les jeunes et des moyens constructifs de contribuer à leur développement à long terme. De nombreux villages ont fait part de la nécessité de disposer d'une école axée sur le développement de la petite enfance, qui faisait défaut dans la région ou était trop éloignée pour que les enfants puissent s'y rendre à pied. L'équipe a réfléchi à des solutions avec les anciens et les a aidés à élaborer un plan d'action.
Isatou Bah, une participante au programme CEP âgée de 13 ans issue de la communauté peule de Sare Donfo, a fait un exposé sur le droit à la protection de l’enfance. C’était la première fois qu’elle s’exprimait devant un public aussi nombreux, mais elle s’en est très bien sortie et a pris de plus en plus d’assurance au fil de la caravane. Au cours de ce périple, elle a été ravie d’apprendre que la loi obligeait les enfants à s’inscrire à l’école et à y aller. Beaucoup de jeunes de sa communauté ne peuvent pas aller à l'école, mais elle fait partie des rares chanceux. Elle est actuellement en quatrième année et adore ça.
Mamadou Sillah, 34 ans*, originaire de la communauté de Serahule à Diabugu Basillah, a obtenu son diplôme du CEP en décembre 2013. Il est désormais responsable de la tenue des registres de son CMC. La plus grande réussite du CMC a été l’achat d’une ambulance. Mamadou a déclaré que la santé de sa communauté était la priorité absolue. Malheureusement, plusieurs personnes de sa communauté ont perdu la vie en attendant un moyen de transport (voiture ou charrette tirée par un âne) pour se rendre à l’hôpital le plus proche, situé à près d’une heure de route sur une route en mauvais état.
Pour Mamadou, participer à la caravane des jeunes lui a permis de rencontrer de nouvelles personnes, de découvrir d’autres cultures et de visiter différentes parties de la région. Il s’est dit ravi de pouvoir partager avec sa communauté ses connaissances en matière de droits de l’homme, notamment la loi gambienne contre le mariage des enfants et le mariage forcé. Cela lui a rappelé un incident particulier : une adolescente de sa communauté, qui avait été mariée de force, avait connu une grossesse et une opération difficiles, qui l’avaient laissée handicapée à vie.
Une autre représentante de la jeunesse, Fatoumata Jallow, âgée de 18 ans et issue de la communauté peule de Sare Gella, était très enthousiaste à l’idée d’échanger des idées et de se faire de nouveaux amis. Elle a obtenu son diplôme de fin d’études secondaires plus tôt cette année et souhaite poursuivre ses études dans le domaine de l’informatique et des technologies numériques. L’année dernière, ses parents ont failli la retirer de l’école pour la marier ; elle espère que cela ne se reproduira pas. Lorsque le CEP s’est rendu dans sa communauté en juillet, cela lui a donné la confiance nécessaire pour poursuivre ses études, car elle sait que c’est son droit : « Si je continue mes études, je pourrai trouver un emploi et subvenir aux besoins de ma mère. »
Pour Fatoumata, écouter différentes personnes parler des effets néfastes des mariages précoces et forcés a été particulièrement enrichissant. Plusieurs jeunes filles de sa communauté, âgées de 13 à 15 ans, ont failli être mariées cette année, mais grâce au CEP, les mariages ont été reportés jusqu’à ce qu’elles soient prêtes à prendre elles-mêmes cette décision.
L'équipe de Tostan en Gambie a également sélectionné ces droits humains pour que quatre adolescents, anciens et actuels participants au programme CEP, les présentent lors de chaque réunion : le droit à l'éducation, à la santé, à la protection contre toutes les formes de violence (mutilations génitales féminines (MGF), mariages précoces ou forcés, violence domestique) et à l'eau potable, suivis d'un sketch sur les droits des jeunes. Ce fut une excellente occasion pour les représentants des jeunes d'entendre leurs pairs parler de leurs différentes expériences.
Au cours de la sixième et dernière journée de la caravane des jeunes, des représentants de la jeunesse et d'autres participants ont défilé dans la ville de Basse, menés par la fanfare régionale des scouts. Lors de la cérémonie de clôture, ils ont remis un manifeste des jeunes au gouverneur de l'URR, Omar Cessay. Ce manifeste mettait en avant cinq droits fondamentaux : l'alimentation, l'éducation, l'emploi, les équipements de loisirs et la protection de l'enfance, et formulait des recommandations et des demandes à l'intention du gouvernement afin qu'il garantisse et protège ces droits.
* Selon l'Union africaine, la jeunesse désigne les personnes âgées de 15 à 35 ans
Récit de Beth Roseman, assistante de projet bénévole en Gambie, Tostan
