Chaque vendredi, nous vous présenterons l'histoire d'un membre de l'équipe Tostan. Les nombreuses personnes qui contribuent à Tostan apportent chacune leur propre vision du développement communautaire et mettent à profit leurs talents et leurs connaissances de manière décisive pour permettre la mise en œuvre de nos programmes.
Marie Sall fait partie de Tostan depuis sa création ; elle a d'abord été animatrice bénévole au Sénégal et, aujourd'hui, des années plus tard, elle n'hésite toujours pas à relever de nouveaux défis. « Si quelqu'un me dit qu'il est impossible d'aller quelque part, c'est justement là que je dois aller ! », a-t-elle souligné.
Au cours de ses 22 années au sein de l'organisation, elle a laissé son empreinte sur de nombreux projets et a contribué à certaines des innovations majeures dans le développement du Programme d'autonomisation communautaire (CEP) de Tostan. Marie travaille désormais au bureau national du Sénégal en tant qu'assistante du coordinateur national pour l'ensemble des programmes au Sénégal. « J'ai occupé presque tous les postes… J'aime donner des conseils et partager mon expérience avec les personnes qui travaillent sur tous les projets que nous menons actuellement », a-t-elle indiqué.
Bien que Marie soit née à Dakar, la capitale, elle a grandi à Diourbel, une région de l’intérieur du Sénégal. « Mes deux parents travaillaient à l’hôpital régional de cette ville. Mon père en était le directeur et ma mère infirmière. Quand j’étais jeune, je voulais moi aussi devenir infirmière, j’ai toujours eu envie d’aider les autres. » Au lieu de se tourner vers les soins infirmiers, Marie s’est orientée vers le développement, et en 1991, elle s’est portée volontaire pour enseigner dans le cadre du précurseur du CEP, qui consistait alors en des cours d’alphabétisation, de gestion de projet et de leadership dans les villages de Saam Ndiaye et Ker Abdou Njaay.
De 1991 à 1995, Marie a travaillé comme animatrice dans plusieurs communautés et dans un hôpital pour personnes handicapées de la ville de Thiès. Elle a ensuite été promue responsable et a mené des recherches dans le cadre d’un nouveau projet financé par l’American Jewish World Service (AJWS). Après avoir interrogé des centaines de personnes issues de différentes communautés, ces recherches ont révélé qu’il y avait un besoin criant d’informations supplémentaires sur la santé. Selon Marie, « ces cours sur la santé ont été mis en place à la demande des communautés. Bien sûr, les gens voulaient apprendre à lire, mais ils rencontraient tellement de difficultés liées à leur santé. C'étaient des sujets sur lesquels les gens voulaient en savoir plus, comme la santé reproductive, la grossesse, les maladies, les mutilations génitales féminines… tant de personnes nous ont dit que ce qu'elles voulaient, c'était davantage d'informations sur leur corps. Une fois que l'on dispose d'informations, on sait quoi faire ; on sait comment prendre soin de soi. »
En 1996, Marie a participé à des ateliers dans le cadre de ce qui constituait alors un module complémentaire du programme, axé sur la santé. Bon nombre de ces questions de santé étaient très délicates : souvent, les gens préféraient cacher des problèmes potentiellement graves plutôt que d’aller consulter un médecin. Dans de nombreuses communautés, il existait des tabous empêchant d’aborder publiquement des sujets tels que les mutilations génitales féminines (MGF). « Nous avons constaté qu’au début, il était trop difficile pour les gens d’aborder bon nombre de ces questions. C’est à la suite de ces recherches que les droits de l’homme sont devenus la pierre angulaire des programmes de Tostan. Lorsque nous voulions parler de la santé des femmes, nous devions d’abord parler des droits de l’homme. Les gens doivent comprendre qu’ils ont le droit d’être en bonne santé et la responsabilité d’apprendre à connaître leur corps. » Grâce à cette nouvelle stratégie axée sur les droits de l’homme, la toute première déclaration publique d’abandon des pratiques néfastes a eu lieu en 1997 dans le village de Malicounda Bambara – un village dont Marie assurait la supervision.
En 2004, Marie s’est lancée dans un nouveau défi : coordonner une version adaptée du CEP dans les prisons sénégalaises, tout en menant de front un autre projet avec la ville de Thiès. « J’ai écouté mes sœurs en prison », a-t-elle raconté. « Elles avaient besoin de quelqu’un à qui parler. Beaucoup de crimes avaient été commis par manque d’information, alors nous leur enseignions et leur expliquions les choses. Parfois, leurs familles leur en voulaient pour ce qu’elles avaient fait et ne venaient jamais les voir. Ces femmes n’avaient pas la possibilité de s’excuser ou d’essayer de se réconcilier avec elles par elles-mêmes. »
Les médiations familiales constituaient, et constituent toujours, un volet important et très exigeant du projet pénitentiaire. « Je n’oublierai jamais ces médiations », se souvient Marie. « Nous rencontrions les familles pour les aider à se réconcilier avec leurs filles afin qu’elles puissent les soutenir une fois sorties de prison. Parfois, les gens portaient en eux une immense souffrance. C’était difficile ! Mais au fond d’eux-mêmes, ils aimaient toujours leurs enfants, malgré ce qu’ils avaient fait, et beaucoup ont trouvé la force de pardonner. »
Marie a ensuite occupé le poste de première coordinatrice dans la région de Mbour et, en 2008, elle a mis en place le service de suivi et d'évaluation au bureau national du Sénégal avant d'être affectée, en 2012, à l'assistance directe du coordinateur national.
« Tostan, c’est comme ma famille. J’ai travaillé avec tant de personnes formidables, et je suis fière de voir à quel point nos programmes se sont développés au fil des ans. Quand je repense à certains des projets sur lesquels j’ai travaillé et que je constate qu’ils sont toujours en cours aujourd’hui, je me dis : “Ah, Marie… tu as vraiment accompli quelque chose !” »
Découvrez-en davantage sur d'autres membres dévoués de notre équipe, notamment Penda Mbaye, Alassane Diédhiou et Lamin Fatty.
Entretien réalisé par Matthew Boslego, Tostan.
