Cela fait 11 mois que le projet Orchida entamé son partenariat avec les équipes de mobilisation sociale (SM) de Tostan au Sénégal, afin de sensibiliser la population à l'abandon des mutilations génitales féminines (MGF) dans les quatre régions du pays où les taux sont les plus élevés.
L'une de ces régions est celle de Sédhiou, où les bénévoles qui composent l'équipe de mobilisation sociale se sont déjà rendus dans 54 villages. Ils ont organisé des réunions dans chacun de ces villages, invitant l'ensemble de la communauté à discuter des conséquences des mutilations génitales féminines (MGF), ainsi que des mariages précoces ou forcés et d'autres sujets tels que l'importance de l'éducation des filles et des consultations prénatales et postnatales. La participation à ces réunions a été importante, avec un total de 2 648 femmes et 978 hommes qui y ont assisté jusqu'à présent.
Récemment, le département de suivi, d'évaluation, de recherche et d'apprentissage (MERL) de Tostan a mené une mission visant à évaluer le travail accompli par l'équipe dans la région de Sédhiou. L'une des questions auxquelles les évaluateurs espéraient répondre était de savoir si les informations transmises par les équipes dans les villages touchaient d'autres personnes : ceux qui participent aux réunions villageoises partagent-ils leurs nouvelles connaissances avec d'autres membres de la communauté et les villages voisins ?
Afin de répondre à cette question et à d’autres, les évaluateurs ont sélectionné au hasard trois villages que l’équipe avait visités à un moment ou à un autre depuis le lancement du projet en décembre 2012. Ils ont bravé les longues routes cahoteuses (et l’attente parfois interminable au passage du ferry en Gambie) pour se rendre de Thiès, au Sénégal, jusqu’à Sédhiou. Une fois sur place, ils se sont rendus dans chacun de ces trois villages et ont invité les membres de la communauté à leur faire part de leur expérience de la visite de l'équipe de mobilisation sociale dans leur communauté.
Dans le village de Bougnadou Manjack, les évaluateurs ont demandé aux personnes présentes de leur faire part de ce qu’elles avaient retenu de la visite de l’équipe de mobilisation sociale dans leur communauté, huit mois plus tôt. Les membres de la communauté ont répondu en évoquant les effets néfastes des mutilations génitales féminines (MGF), ainsi que les conséquences des mariages précoces ou forcés, l’importance de maintenir les filles à l’école et les différentes formes de violence à l’égard des femmes.
Dans leur question suivante, les chercheurs ont demandé si la communauté avait pris des mesures après le départ de l'équipe de mobilisation sociale afin que les personnes qui n'avaient pas pu assister à la réunion puissent tout de même recevoir l'information. L'un des membres de la communauté, Pamply Yinjhou, a répondu par l'affirmative : la communauté de Bougnadou Manjack s'était bel et bien assurée que l'information soit diffusée. Lui-même n'avait pas assisté à la réunion animée par l'équipe de mobilisation sociale en janvier, mais il avait appris tout ce dont ils avaient discuté lorsque la communauté avait tenu sa propre réunion plus tard dans la semaine. Pamply a expliqué que ce qui l’avait le plus marqué parmi ce qu’il avait appris, c’était le type de complications pouvant survenir lors de l’accouchement si une femme avait subi une excision. Sa capacité à discuter des conséquences de l’excision a montré que les informations partagées par l’équipe lors de ses visites ne se limitaient pas à ceux qui les avaient entendues de première main.
D'autres communautés avaient utilisé des méthodes similaires pour transmettre les informations recueillies à de nouveaux destinataires. Lorsque l'équipe MERL s'est rendue au village de Katabina, Tida Gassama leur a expliqué qu'ils avaient eux aussi organisé une réunion villageoise après la visite de l'équipe SM. À Sitaba, Bakar Dramé – le représentant du chef du village – a expliqué que leur communauté avait mis en place trois groupes chargés de diffuser l'information en faisant du porte-à-porte et en organisant des réunions.
Les évaluateurs ont été encouragés d’apprendre que les membres de la communauté prenaient des mesures pour assurer la diffusion de l’information auprès de leurs concitoyens et ont souligné que davantage de personnes pourraient bénéficier de ces informations si ces communautés les partageaient avec leurs voisins. L'équipe de suivi et d'évaluation a suggéré que Bougnadou Manjack, Katabina et Sitaba étendent leurs efforts de sensibilisation spécifiques aux personnes extérieures à leur propre communauté. Lors de ses futures missions, l'équipe de mobilisation sociale de Sédhiou encouragera tout particulièrement ce processus de partage d'informations à travers des réseaux sociaux plus larges.
Récit d'Allyson Fritz, Tostan
