Une adaptation de cet article a initialement été publiée sur blog de l'Orchid Project et est reproduit avec l'autorisation d'Orchid Project. Pour consulter l'article original sur le blog d'Orchid, cliquez ici.
En partenariat avec Tostan, Orchid Project soutient des équipes de mobilisation sociale dans les départements de Kolda, Sédhiou, Matam et Podor au Sénégal, où notre programme global d’autonomisation communautaire (CEP) est également mis en œuvre. Depuis plus d’un an, ces équipes se rendent dans de nombreuses communautés afin de sensibiliser la population aux droits de l’homme, ainsi qu’aux conséquences de pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines (MGF), les grossesses précoces et les mariages précoces ou forcés.
Au cours de la première année du partenariat entre le Projet Orchid et Tostan, une seule équipe de mobilisation sociale a parcouru la vaste région du nord du Sénégal appelée le Fouta (où se trouvent les départements de Kolda, Sédhiou, Matam et Podor). Depuis novembre dernier, une deuxième équipe, dirigée par Amadou Tidiane Sow, est venue s’ajouter à la première et elles couvrent désormais l’ensemble des départements de Matam et de Podor. À la suite de ce changement, le département Suivi, Évaluation, Recherche et Apprentissage (MERL) de Tostan a décidé d’envoyer une équipe de deux personnes pour suivre les activités mises en œuvre et évaluer le processus de diffusion organisée.
L'équipe MERL, accompagnée du personnel de coordination régionale de Tostan dans la région de Fouta, s'est rendue à Golléré pour participer à un atelier de partage sur les mutilations génitales féminines (MGF) avec les responsables communautaires. Les échanges ont été très fructueux ; les participants ont discuté de l'approche de Tostan fondée sur les droits humains et des normes sociales. Les groupes ont ensuite abordé plus spécifiquement la question des MGF et les activités envisageables pour sensibiliser aux effets néfastes de cette pratique au sein des communautés qui ne l'ont pas encore abandonnée.
Malgré les difficultés rencontrées dans cette région conservatrice, Mariam Ba Sada, conseillère rurale du village de Baamwaamy, reste optimiste. Elle a déclaré : «Tout évolue. Il n’y a aucune raison pour que cette pratique perdure, car nous savons qu’elle n’est pas préconisée par l’islam et qu’elle est très néfaste pour les femmes. Les idées dépassées disparaissent, et celle-ci disparaîtra aussi. J’en suis convaincue. »
Certaines femmes ont fait part de leur propre expérience de l’excision et de ses conséquences, notamment lors de l’accouchement. En effet, ce que l’on peut retenir des témoignages des participantes, c’est que des progrès significatifs ont été accomplis dans le Fouta. Il y a quelques années encore, le sujet de l’excision était un tabou absolu. Aujourd’hui, les gens osent peu à peu aborder ces pratiques et mènent des actions pour y mettre fin.
À l'issue de cet atelier, l'équipe MERL s'est rendue au village de Diamel Diolbé en compagnie d'Amadou Tidiane Sow et d'Ibrahima Boly, assistant du coordinateur régional du Fouta. Bien que les deux villages ne soient distants que de cinq kilomètres, le trajet prend du temps. Les voyageurs doivent traverser une chaîne de dunes parsemée de buissons épineux, puis franchir un bras du fleuve Sénégal en pirogue avant d'arriver à Diamel Diolbé.
Malgré le travail dans les champs et le vent violent chargé de poussière, plus de 30 membres de la communauté, principalement des femmes, sont venus accueillir l'équipe. Les discussions ont révélé que la communauté connaît les conséquences néfastes de pratiques telles que les mutilations génitales féminines (MGF), car elle a participé au programme CEP de Tostan en 2004 et a accueilli récemment l'équipe de mobilisation sociale. Depuis leur participation au programme CEP, les femmes font régulièrement du porte-à-porte pour sensibiliser la population à la vaccination des enfants, aux consultations prénatales et postnatales, à la scolarisation des enfants, etc. La communauté a également déclaré qu'elle était prête à participer à une déclaration publique en faveur de l'abandon de la MGF dans la région.
Selon l'équipe MERL, la journée suivante s'est déroulée de manière très différente. Les chefs des deux villages que nous avons visités ont déclaré soutenir la MGF et ont confirmé que cette pratique était toujours en vigueur dans leurs villages, quelques semaines après la naissance des bébés. Les chefs de village ont expliqué que le marabout local (chef religieux) recommandait de perpétuer cette tradition.
Ces exemples montrent que des actions de sensibilisation et de diffusion de l'information restent nécessaires dans la région, en particulier auprès des chefs religieux et des autorités locales. En effet, dans la région du Fouta, au Sénégal, de nombreux villages hésitent encore à abandonner cette pratique.
Ces difficultés ne découragent pas les équipes de mobilisation sociale. Au contraire, elles continueront à parcourir des centaines de kilomètres chaque mois pour parler des droits de l'homme au sein des communautés, rencontrer les autorités locales et organiser des réunions intervillages, et l'équipe MERL les encourage à poursuivre leurs efforts.
Récit de Céline Gendre, assistante du coordinateur régional à Matam, Tostan
