Les musiciens Ablaye Cissoko et Volker Goetze à Tostan

Se produisant pour la première fois à Washington, DC, Ablaye Cissoko et Volker Goetze ont rendu visite au bureau de Tostan avant leur concert au Twins Jazz, le 10 mars 2010. Pour leur première tournée aux États-Unis, les musiciens suivent un programme très chargé, ne restant à Washington que quelques heures avant de repartir pour Boston. Ce programme exténuant n’a toutefois pas entamé la bonne humeur de Cissoko et Goetze, qui ont parlé avec plaisir de leur parcours, de leur art et de leurs espoirs pour l’avenir.

Comme Cissoko s’inscrit dans la tradition griot sénégalaise tandis que Goetze est d’origine allemande, les deux musiciens semblent, à première vue, n’avoir rien en commun. PRCCendant, on se rend vite compte qu’il n’en est rien lorsqu’on les entend parler de leur amitié et de leur collaboration musicale, qui ne cessent de s’approfondir. « Nous ne nous comprenons toujours pas et nous sommes encore des étrangers l’un pour l’autre. J’apprends de lui et il apprend de moi », explique Volker Goetze. C’est leur volonté d’assimiler de nouvelles idées et leur fascination pour la musique de l’autre qui ont attiré les deux artistes l’un vers l’autre. « Notre musique se crée vraiment dans l’instant présent. Nous n’essayons pas de changer notre musique pour nous adapter à l’autre ; nous restons fidèles à nos traditions musicales respectives et combinons les deux. Cela devient une sorte de méditation ou de transe. » Cette collaboration interculturelle donne naissance à une musique fluide et paisible.

Interrogé sur ses origines, Cissoko évoque la tradition des griots d’Afrique de l’Ouest. Formé à l’art oratoire, à l’écriture de textes et à la musique, le griot se fait le gardien de la mémoire de toutes les naissances, mariages, décès et traditions culturelles au fil des générations d’une famille ou d’un village. Particulièrement répandue au Sénégal, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Burkina Faso et en Mauritanie, la tradition des griots remonte à des centaines, voire des milliers d’années.

« On ne devient pas griot, on naît griot, et c’est un métier à part entière », explique Cissoko. Aujourd’hui, cette tradition est toujours présente, mais elle prend une forme différente. Les griots deviennent souvent des DJ ou des animateurs de radio, intégrant d’autres genres musicaux tels que le jazz, le blues et le rock dans leur répertoire. Cissoko reste fidèle à la tradition, accompagnant ses chants à la kora, un luth à 21 cordes dont le son rappelle celui d’une harpe.

S'harmonisant à merveille avec le chant de Cissoko et les mélodies de sa kora, Goetze apporte à l'ensemble une touche de trompette jazzy. Originaire d'Allemagne mais vivant aujourd'hui aux États-Unis, Goetze a un parcours tout à fait différent de celui de son partenaire musical. Sélectionné en 2001 pour participer à un programme d’échange musical destiné aux jeunes musiciens, il a été invité à se produire avec l’African-European Jazz Orchestra à Saint-Louis, au Sénégal, aux côtés d’artistes locaux. Il évoque avec émotion sa rencontre avec Cissoko et d’autres musiciens, expliquant à quel point cette expérience a été enrichissante en lui faisant découvrir de nouveaux styles musicaux. Goetze espère mettre un jour en place des programmes d’échange similaires à celui auquel il a participé, afin de faire découvrir de nouvelles sensibilités musicales à de jeunes musiciens.

Après avoir parcouru un long chemin depuis leur rencontre en 2001, Cissoko et Goetze ont sorti leur premier album en 2008 et font actuellement la promotion de « Sira », leur deuxième album. Ayant découvert Tostan lors d’un séjour au Sénégal, les artistes collaborent depuis avec l’organisation : ils prêtent leur musique aux vidéos et courts métrages de Tostan et mentionnent l’organisation à chacune de leurs représentations. Ils reversent également généreusement un pourcentage des ventes de leurs albums à Tostan, aidant ainsi l'organisation à soutenir et à autonomiser les communautés locales dans le pays natal de Cissoko ainsi que dans d'autres pays africains. Lors de leur visite au bureau de Washington, DC, les artistes ont humblement réitéré leur volonté de soutenir Tostan de toutes les manières possibles.