
Je m’appelle Ubah Abdilahi Hirsi. J’ai 48 ans et je vis à Daami, un village du Somaliland. J’ai participé auprogramme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan de 2007 à 2010. Je suis l’aînée d’une fratrie de huit enfants et, quand j’étais jeune, mon père, menuisier traditionnel du village, n’avait pas les moyens de m’envoyer à l’école. Bien que je n'aie pas suivi de scolarité formelle, j'ai travaillé très dur pour ouvrir mon propre restaurant où je vends des tasses de thé et des sandwichs. Chaque matin, je dois marcher cinq kilomètres pour être à mon restaurant avant l'ouverture à 5 h du matin – je fais tout ce travail afin de subvenir aux besoins de mon mari et de mes sept enfants.
J'ai découvert le programme CEP de Tostan lorsque d'autres femmes et filles en parlaient dans mon village. Au début, je ne pensais pas avoir le temps de suivre les cours, car mon restaurant était la seule source de revenus de ma famille. Mais même dans ces conditions difficiles, j’avais tellement envie d’y participer que j’ai réservé deux heures l’après-midi pour les cours de Tostan. Avant Tostan, je ne connaissais pas mes droits fondamentaux, mais aujourd’hui, grâce à ces cours, j’ai retrouvé le sourire et le bonheur dans mon travail et à la maison.
Comme dans de nombreux endroits du Somaliland, on pensait à Daami que les femmes n’avaient pas besoin d’aller à l’école. Le programme CEP de Tostan nous a montré, à moi et à d’autres femmes, que l’éducation est autant notre droit que celui des hommes. Je me suis vite rendu compte que lorsque les femmes et les filles recevaient une éducation, un changement social commençait à s’opérer dans ma communauté. Le premier changement s’est produit au sein de ma propre famille lorsque j’ai commencé à discuter avec mon oncle de ce que j’avais appris dans les cours de Tostan : il m’a écoutée et a respecté mes conseils. La gestion du foyer est devenue une tâche commune pour nous, ce qui a permis de créer un environnement familial plus positif.
Au sein de la communauté dans son ensemble, les femmes et les filles se sont unies pour mettre en place des réformes sociales positives. Tostan nous a aidées à nous transformer et à inciter les autres à évoluer dans le bon sens. Aujourd’hui, je comprends mieux l’espacement des naissances et l’importance d’une bonne alimentation pour les enfants, ce qui a contribué à réduire le nombre d’enfants souffrant de malnutrition dans mon village. La communauté a également connu de profonds changements en ce qui concerne les mutilations génitales féminines (MGF). Je comprends désormais les conséquences néfastes des MGF sur la santé des jeunes filles, c’est pourquoi j’ai choisi de ne pas faire subir cette pratique à ma fille, née un an après que j’ai commencé les cours de Tostan.

Je comprends aussi mieux comment prendre soin de ma santé et l’importance d’avoir un foyer propre. J’ai rassemblé les femmes et les filles du village au sein d’un groupe appelé Nanafada, ce qui signifie en somali « être propre » et « nettoyer son environnement ». Chaque week-end, je me joins aux femmes de Daami pour balayer le village et partager nos connaissances en matière de santé et d’hygiène avec d’autres femmes qui ne peuvent pas assister aux cours de Tostan. En nettoyant le village, nous avons créé un environnement plus sûr, avec une alimentation et des maisons plus propres, et moins de déchets autour du village.
Avant de suivre les cours de Tostan, je craignais de ne jamais être qu’une simple employée de restaurant. Aujourd’hui, je m’investis avec enthousiasme pour promouvoir la propreté et le bien-être des membres de la communauté de Daami. Je suis convaincue que le moyen le plus efficace d’apporter un changement durable est d’impliquer les autres femmes et filles de ma communauté ; le programme CEP m’a donné les outils pour y parvenir.
Il existe un proverbe somalien qui dit : « Si vous éduquez un homme, vous n’éduquez qu’une seule personne. Mais si vous éduquez des femmes, vous éduquez toute une société. » Je sais désormais que les femmes jouent un rôle essentiel dans le développement, et j’aimerais demander à Tostan d’organiser davantage de cours afin que toutes les communautés puissent bénéficier de ce programme.
Ubah Abdilahi Hirsi a participé au programme Tostan au Somaliland. Sa communauté, celle de Daami, a suivi jusqu’au bout, en 2010, le programme éducatif holistique de Tostan axé sur les droits de l’homme, le Programme d’autonomisation communautaire (CEP). Dans cet entretien avec l’ancien coordinateur national de Tostan Somalie, Oumar Name, Ubah décrit les changements positifs qu’elle a observés au sein de sa famille et de sa communauté depuis sa participation.Mouhamed Abdi, ancien assistant du coordinateur national de Tostan Somalie, a traduit cette interview.
