Le pouvoir de la radio pour mettre fin aux pratiques néfastes

Chez Tostan, nous utilisons un processus appelé « diffusion organisée » pour faciliter la diffusion de l'information au sein des communautés interconnectées, ou réseaux sociaux. Ce processus renforce l'impact de nos programmes, en permettant aux nouvelles idées de se propager naturellement, de personne à personne et de communauté en communauté. La radio est l'une des six méthodes de diffusion organisée auxquelles nous recourons fréquemment.

Les radios d’Afrique de l’Ouest ne ressemblent pas à ce que l’on pourrait imaginer : des boutons, des cadrans et des antennes tordues. Aujourd’hui, elles sont de poche, numériques et généralement accessibles sur les téléphones portables — un outil indispensable pour beaucoup en Afrique, toujours à portée de main, que ce soit pour cuisiner à la maison ou travailler aux champs. En plus d’être un jukebox regorgeant de pop contemporaine et de morceaux traditionnels, la radio fait également office de salle de classe Tostan portable, diffusant les dernières informations sur le Programme d’autonomisation communautaire (CEP) ou le module de Renforcement des pratiques parentales (RPP) de Tostan à travers le Sénégal et le Mali.

En février 2015, Souleyman Coulibaly, maire de Sirakorola, au Mali (où Tostan a lancé le projet « Changement générationnel en trois ans » auprès de 40 communautés), a salué l’émission de radio hebdomadaire de Tostan, affirmant que son contenu et les débats par téléphone contribuaient directement à sensibiliser les communautés aux thèmes du programme CEP — tels que les droits de l’homme et l’hygiène —, notamment parmi celles qui ne peuvent pas participer directement aux cours du programme CEP. Haïdara Bernadette Keïta, directrice régionale pour la promotion des femmes à Koulikoro, au Mali, a cité l’émission de radio de Tostan comme un outil essentiel pour la promotion des droits des femmes, la réduction de la violence domestique à leur égard et le changement des mentalités concernant les mutilations génitales féminines (MGF) et le mariage des enfants dans la région. Même les agents de mobilisation sociale de Tostan au Mali constatent les résultats positifs des émissions de radio : les nouvelles communautés qu’ils visitent sont souvent déjà au courant de ce que leurs voisins apprennent dans les cours du CEP et sont capables d’avoir des conversations plus approfondies sur le contenu que les communautés qui n’ont jamais été exposées aux thèmes du programme.

Il n’est donc pas étonnant que l’Association italienne des femmes pour le développement (AIDOS) ait choisi de collaborer avec Tostan dans le cadre d’un atelier de documentaire audio intitulé «Promouvoir l’abandon des mutilations génitales féminines par le biais de la radio », qui s’est tenu au Centre de formation Tostan à Thiès, au Sénégal, au début de l’été dernier.

Financé par l’UNICEF et le FNUAP, et en partenariat avec Tostan et Audiodoc, AIDOS a recruté des journalistes radio du Burkina Faso, du Mali et du Sénégal afin de les former et de les aider à produire des mini-documentaires destinés à élargir la vision des auditeurs sur les mutilations génitales féminines (MGF) et à susciter des changements au niveau local. Les 12 participants (quatre par pays) comprenaient aussi bien des journalistes de radios municipales et des animateurs de radios communautaires avec ligne téléphonique ouverte que des coordinateurs régionaux d’ONG travaillant en étroite collaboration avec les radios locales pour promouvoir la santé et le développement.

Pendant dix jours, les participants ont pris part à des sessions tant théoriques que pratiques, conçues pour leur permettre d'acquérir de nouvelles techniques de narration et compétences techniques. Ils ont commencé par analyser divers programmes radiophoniques qui exploitent la puissance du récit personnel et de la narration non linéaire pour transmettre des informations journalistiques, puis se sont exercés à utiliser des appareils d'enregistrement et des microphones en menant des interviews sur le terrain. Ils ont conclu cette formation en produisant et en montant, en petits groupes, des documentaires audio de 15 minutes.

Pour clôturer l'atelier, des représentants de Tostan, d'AIDOS, de l'UNICEF, du FNUAP et du ministère de la Protection des femmes du Sénégal ont organisé une conférence de presse à laquelle ont assisté des médias sénégalais. La fondatrice et PDG de Tostan, Molly Melching, a évoqué l'importance de renforcer le rôle de la radio dans l'éducation communautaire, et la ministre de la Protection des femmesLes femmes ont salué le travail de collaboration mené par Tostan pour soutenir le gouvernement du Sénégal dans Plan d'action national pour l'abandon des mutilations génitales féminines.

Afin de mettre à profit les compétences acquises au cours de l'atelier, trois participants (un par pays) ont été sélectionnés par un comité mixte, sur la base de la qualité des idées de reportages qu'ils avaient développées tout au long de l'atelier. Les lauréats ont reçu une bourse ainsi qu'un petit kit comprenant un microphone et un enregistreur.

Les trois documentaires audio réalisés lors de l'atelier, ainsi que les trois autres qui seront produits dans les mois à venir, seront diffusés sur les radios communautaires locales, dans le cadre d'une initiative organisée par Tostan et AIDOS, afin de sensibiliser le public et de continuer à susciter des changements au sein même des communautés.

Vous pouvez écouter l'un des documentaires audio (en français) ici :

 

Dans ce documentaire audio (l'un des trois réalisés lors de l'atelier), nous, les auditeurs, suivons le récit d'une narratrice anonyme : une mère qui préserve son anonymat en raison d'un secret de famille dont la révélation pourrait entraîner l'enlèvement de sa plus jeune fille et son excision forcée, afin de se conformer aux normes familiales et sociales. La narratrice de cette histoire se rend du Mali (où les MGF sont encore légales) au Sénégal (où une loi de 1999 les a rendues illégales) pour s’entretenir avec des experts et des membres de la communauté sur les protections disponibles pour les familles dans des situations similaires. Dans un témoignage poignant, une jeune fille qui a également souhaité rester anonyme décrit ses souvenirs de l’excision qu’elle a subie à Dakar à l’âge de quatre ans. La narratrice se décourage en apprenant que même à Dakar, où une loi interdit l’excision, les familles ne sont pas toujours protégées.

Maimouna Yade, une militante locale interviewée dans ce reportage, explique aux auditeurs que c'est grâce à une communication ouverte avec nos parents et nos pairs que nous parviendrons enfin à mettre fin aux mutilations génitales féminines (MGF). À travers ces échanges, la narratrice se rend compte que la nouvelle génération de mères et de pères aborde le sujet des MGF plus que jamais auparavant et qu'un changement s'opère dans la région, lentement mais sûrement. Pour l'instant, elle gardera son secret, mais elle est convaincue qu'un jour, sa fille, et d'autres comme elle, pourront prendre des décisions éclairées concernant leur corps et leur avenir, à l'abri de toute menace.

 

Écrit par Tim Werwie