Qui est chargé de promouvoir l'égalité des sexes et les droits de l'homme au sein d'une communauté ou d'une région ? S'appuyant sur les initiatives audacieuses de leurs parents et sur 25 ans de changement social à la base, de nouveaux jeunes leaders émergent dans les zones rurales d'Afrique pour reprendre le flambeau.
Le 6 décembre, 189 villages des départements de Goudiry et de Bakel, dans la région de Tambacounda au Sénégal, se sont joints à plus de 7 300 autres communautés à travers l'Afrique pour adopter une déclaration publique visant à promouvoir les droits de l'homme et l'égalité des sexes en mettant fin aux mutilations génitales féminines, aux mariages précoces et à la violence domestique. Des centaines de personnes issues des communautés pulaar, mandingue et soninké y ont participé. Cette décision importante a été prise après que 55 communautés ont bénéficié du programme éducatif de Tostan axé sur les droits humains, le Programme d’autonomisation communautaire (CEP). Dans le cadre de leur démarche de diffusion de l’éducation aux droits humains, des personnes de tous âges issues des 55 communautés ont pris contact avec bon nombre de leurs voisins, partageant ce qu’elles avaient appris et encourageant le dialogue.
Grâce à un processus de diffusion organisée, les participants aux cours ont partagé leurs connaissances (acquises en classe) avec leurs voisins, leurs amis et leur famille qui n’avaient pas suivi les cours. Les membres du Comité de gestion communautaire (CMC) ont également organisé des activités de sensibilisation dans les communautés et les villages (avec lesquels ils partagent des pratiques culturelles et religieuses) qui n’ont pas bénéficié du programme. Ces activités ont été renforcées par des campagnes menées par des groupes se rendant chaque mois dans une dizaine de villages afin d’assurer une diffusion plus large des thèmes du programme. Bon nombre d’entre eux étaient des jeunes.
Cette nouvelle génération a organisé et animé des caravanes et des forums afin de sensibiliser et de mobiliser les jeunes de leur région, mais aussi ceux vivant dans des contrées lointaines. La veille de la déclaration, seize jeunes ont fait le déplacement depuis Sedhiou – une autre région où les communautés ont décidé d’abandonner les pratiques néfastes – pour rencontrer les jeunes de Tambacounda, afin de renforcer leur engagement commun en faveur des droits de l’homme, tout en partageant les connaissances acquises dans le cadre du programme CEP de Tostan.
Ces jeunes se sont réunis au Centre départemental d'éducation sportive de Goudiry pour organiser leur propre forum sur les droits de l'homme et l'égalité des sexes. Ils ont partagé leurs expériences et cherché ensemble une voie à suivre en tant que « Jeunes leaders et défenseurs des droits de l'homme » : un projet financé par Johnson & Johnson, partenaire de Tostan dans ses efforts visant à inspirer et à autonomiser la prochaine génération de leaders ouest-africains en matière de droits de l'homme. (Cliquez ici pour visionner un court métrage percutant sur l’engagement de ces jeunes lors de la déclaration et leur vision pour l’avenir.)
Ces initiatives audacieuses sont nées de l'engagement particulier des communautés en faveur de la « prévention de la violence sexiste par l'autonomisation communautaire ». Elles visaient à mener des actions visant à prévenir la violence domestique et d'autres formes de violence sexiste, ainsi qu'à promouvoir des normes sociales positives au sein de leurs réseaux sociaux élargis.
Juste avant la déclaration du6 décembre, les signatures des chefs des 189 villages ont été remises au préfet de Goudiry, Ibra Fall. Il a ensuite présidé la cérémonie, s'exclamant : « La gravité du problème et l'ampleur des défis qui attendaient le projet Ndimaagu (mot pulaar signifiant « dignité ») étaient nombreux, en particulier dans un endroit où certaines pratiques n'encouragent pas le respect de l'égalité des sexes et des droits humains. » Il s'est dit impressionné par les succès obtenus jusqu'à présent et a encouragé Tostan à accompagner le Comité départemental des droits de l'enfant dans le prochain défi consistant à pérenniser ces acquis.
Il a assuré aux personnes présentes : « L'engagement pris ici en faveur de la promotion des droits de l'homme et de l'abandon des pratiques néfastes sera respecté. »
Grâce à l'initiative des nombreux jeunes qui s'emploient déjà à mettre en place les mesures nécessaires pour que cette décision soit respectée à l'avenir, on peut vraiment espérer qu'il a raison !
Avec la contribution de Malick Gueye, chargé de communication chez Tostan Sénégal
