En août, deux anciens participants aux formations de Tostan, Asmau Ayub et Mohammed Andani Hussein, sont revenus au Centre de formation Tostan (TTC) pour un atelier de 11 jours consacré à l’approche de Tostan en matière de développement communautaire fondée sur les droits de l’homme, organisé en collaboration avec le Carter Center. Ils étaient accompagnés de jeunes professionnels du développement issus de leurs organisations respectives, la Fondation Rayuwa et Haske Ghana. La Fondation Rayuwa œuvre à l'amélioration du bien-être communautaire par le biais de services de soutien psychosocial, de mentorat et de formations sur les droits de l'enfant, tandis que Haske Ghana vise à réduire les conflits, à autonomiser les femmes et à éliminer les obstacles socio-économiques à l'éducation des filles.
À l'issue de la formation Tostan, j'ai demandé aux participants de réfléchir à ce qu'ils avaient appris au cours du séminaire et à la manière dont ces nouvelles connaissances allaient les aider à relever les défis auxquels ils sont confrontés dans leur travail.
Selon Inusah Mohammed, de la Fondation Rayuwa, l'une de leurs difficultés était la suivante :
…des tensions avec les responsables de la communauté, qui ont déclaré ne pas comprendre pourquoi nous étions là, ne pas se sentir impliqués dans le projet et avoir l’impression que nous méprisions tout ce qu’ils avaient accompli ces dernières années.
L'un des principaux enseignements qu'il en a tirés est la nécessité de favoriser au sein de la communauté un « sentiment d'appartenance » en « travaillant avec l'intelligence des gens plutôt qu'en se rendant sur place pour mépriser leur intelligence ». Comme l'a souligné Asmau Ayub, cette dynamique essentielle entre les communautés et les agents de développement repose sur :
…il ne s'agit pas seulement de déverser des idées sur la communauté, mais aussi de l'écouter véritablement, de l'impliquer en tenant compte de son propre point de vue, de comprendre ses besoins, puis de lui rendre le fruit de ce travail en tant que communauté. De cette manière, on parvient à travailler avec la communauté et une véritable coopération s'instaure.
C'est l'approche participative et centrée sur l'apprenant de cette formation qui a le mieux illustré ce type d'interaction. Concrètement, les participants ont discuté des enseignements tirés par le personnel de Tostan au cours de 25 années de mise en œuvre du programme et ont même pu participer directement à des sessions issues du Programme d'autonomisation communautaire (CEP). Mohammed Andani Hussein a fait remarquer :
Cette fois-ci, j'ai beaucoup appris sur la manière d'amener les membres de la communauté à s'exprimer, de les faire dialoguer… Une chose importante que nous avons apprise ici… ce sont les activités brise-glace, car lorsqu'on rassemble des élèves, ils ont toujours du mal à s'ouvrir et à se lancer dans la conversation. Mais nous avons appris à les faire parler grâce à des jeux… et je suis sûr que cela nous sera très, très utile.

Tous les participants à la formation du mois d’août étaient des religieux et travaillent dans des contextes où la religion occupe une place importante dans la vie quotidienne. Un temps considérable a donc été consacré à l’étude du travail de Tostan auprès des chefs religieux et à l’intersection entre l’islam et les droits de l’homme. À ce sujet, Zakaria Mohammed Mutawakilu a fait part de ses réflexions :
En effet, cela m’a quelque peu surpris. Je ne savais pas que le Centre de formation Tostan aborderait les droits de l’homme sous l’angle de l’islam. La plupart des droits de l’homme que nous avons étudiés, notamment le droit à l’égalité et à un procès équitable, le droit à la vie, à l’éducation et à la santé – tous ces droits de l’homme se retrouvent dans l’islam.
Tout au long de ces discussions, les participants ont exposé les spécificités des contextes dans lesquels ils travaillent et les ont analysées à la lumière des différentes théories abordées pendant la formation. Un exemple particulièrement frappant concernant la théorie des normes sociales a été donné par Alhassan Ibn Abdallah qui, outre son travail au sein de Haske Ghana, dirige une ONG œuvrant à l'autonomisation des femmes et des filles vivant dans les bidonvilles par le biais de l'éducation et des loisirs :
… cela ne ressemble à aucune autre communauté, car dans les bidonvilles, on trouve des gens issus d’une multitude de communautés différentes qui se rassemblent pour former le bidonville. Chacun apporte ses propres normes, et lorsque toutes ces normes se rencontrent, elles en créent une nouvelle qui est différente – complètement différente. Et ici [au TTC], j’ai appris ce qu’est la notion de normes sociales et les processus ou étapes que l’on peut suivre pour tirer parti des aspects positifs d’une société afin de faire évoluer les normes sociales dans une direction très positive.
Les participants ont également travaillé en groupe, sous la houlette des formateurs, afin d’obtenir des retours sur leurs propositions de projet et la conception de leurs programmes, et de s’exercer à définir des objectifs pertinents et réalisables. Alhassan Ibn Abdallah a résumé l’impact réel des compétences pratiques acquises au cours de la formation :
…dans les zones urbaines, on trouve des jeunes très dynamiques qui vivent dans les bidonvilles et qui ne savent pas vraiment à quoi ils peuvent aspirer. Grâce aux connaissances que j’ai acquises ici, quand je rentrerai chez moi, je pourrai motiver et inspirer les gens, et les rassembler… afin d’identifier notre potentiel et de nous donner les moyens de le réaliser.
Cette volonté d'apporter des changements positifs dans des contextes spécifiques est l'un des principaux objectifs du TTC. Tout comme les membres des communautés qui suivent notre programme CEP de trois ans définissent ce qu'ils souhaitent retirer de celui-ci, les participants à la formation peuvent eux aussi adapter notre méthodologie et notre approche aux besoins de leurs propres communautés.

Entretiens réalisés par Daniel Newton, chargé de programmes
