Première déclaration régionale au Sénégal sur l'abandon des Excision et des mariages précoces ou forcés : les communautés de Kédougou accélèrent leurs efforts pour atteindre l'objectif de l'abandon total d'ici 2015

KÉDOUGOU, Sénégal, 22 février 2010 — 256 villages de la région de Kédougou se sont réunis dimanche 21 février pour annoncer et célébrer leur décision historique d'abandonner les traditions néfastes que sont l'excision (MGF) et les mariages précoces ou forcés. Dans le cadre de cette première déclaration à l'échelle régionale au Sénégal, 108 villages ont publiquement déclaré pour la première fois qu'ils renonçaient à l'EFC et aux mariages précoces ou forcés, tandis que 148 autres villages ont confirmé leur engagement continu en faveur de la promotion des droits et de la santé des femmes et des filles.
 
Malgré la chaleur intense, environ 2 500 personnes ont fait le déplacement depuis toute la région pour assister à cette journée de célébration au stade municipal de la ville de Kédougou. Parmi les autres responsables gouvernementaux, chefs religieux et dirigeants communautaires présents, la ministre de la Communication et Ndeye Khady Diop, ministre de la Famille, de la Solidarité nationale, de la Sécurité alimentaire, de l’Entrepreneuriat féminin, de la Microfinance et de la Petite enfance, se sont rendues à Kédougou depuis Dakar spécialement pour la cérémonie. Étaient également présents le maire et le gouverneur de la région de Kédougou, ainsi que le chef de district du département du Mali, en République de Guinée, qui accompagnait des représentants des communautés guinéennes renonçant à ces pratiques, ainsi que leurs réseaux familiaux élargis.
 
Représentant les 108 villages signataires, trois jeunes filles du réseau des jeunes de la région, dont Hassatou Boubane, présidente du réseau, ont lu la déclaration d’abandon en mandingue, en pulaar et en français. Des groupes de jeunes et de danseurs ont diverti la foule avec des sketchs expliquant leurs raisons de vouloir abandonner les MGF, ainsi que par des danses et de la musique.
 
La déclaration de Kédougou a eu lieu deux jours seulement après le lancement du Plan d’action national pour l’abandon des MGF 2010-2015 au Sénégal, qui a été inauguré lors d’une cérémonie à Dakar le vendredi 19 février et qui représente une étape importante vers l’objectif du gouvernement d’abandonner complètement les MGF au Sénégal d’ici 2015.
 
Selon l'Enquête démographique et de santé (EDS), plus de 57 % des communautés pulaar, mandinka, djalonké et bassari de la région de Kédougou pratiquent les MGF et/ou le mariage des enfants/forcé.

Depuis octobre 2007, 50 villages de Kédougou ont participé directement au Programme de Renforcement des Capacités Communautaires (PRCC) de Tostan. 211 autres villages de Kédougou et des pays voisins, la Guinée et le Mali, ont été sensibilisés aux questions relatives aux Droits humains, à la santé, à l'hygiène et aux risques liés aux MGF grâce à des activités de sensibilisation telles que des émissions de radio gérées par la communauté, qui s'inscrivent dans la stratégie de communication communautaire que Tostan appelle « diffusion organisée ».

Parmi les 211 villages touchés, 41 de ces communautés sont situées en Guinée et 10 au Mali. Cette décision collective et transfrontalière d’abandonner les MGF et les mariages précoces/forcés a été rendue possible grâce à l’organisation de réunions de la communauté internationale en 2009.

Tostan est présent dans la région de Kédougou depuis 2002, où des déclarations ont déjà eu lieu à deux reprises, à Tomborokonto et à Salémata. Avec le soutien de l'UNICEF, du gouvernement sénégalais et des chefs communautaires et religieux, toutes les communautés de la région de Kédougou vont désormais rejoindre le mouvement historique pour l'abandon des MGF et des mariages précoces ou forcés lancé par les femmes du village de Malicounda Bambara en 1997.
 
Depuis 1997, un total de 4 229 villages (84 %) au Sénégal qui pratiquaient traditionnellement les MGF et les mariages précoces ou forcés ont publiquement déclaré leur décision d’abandonner ces pratiques néfastes, un chiffre qui a conduit à affirmer que le Sénégal serait le premier pays à abandonner totalement les MGF.
 
Cette déclaration a été précédée d’une conférence de presse le samedi 20 février à Fadiga, à deux kilomètres de la ville de Kédougou. La presse a eu l’occasion de s’informer à la fois sur les processus qui ont mené à cette déclaration historique et sur d’autres réussites menées par les communautés parmi les villages participant au programme Tostan PRCC et touchés par celui-ci.