Le 30 mars, le documentaire Sarabah a reçu le prix « A Matter of ACT » lors du festival du film « Movies that Matter » à La Haye, aux Pays-Bas. Ce documentaire retrace la vie de Sister Fa, la « reine du hip-hop » sénégalaise, et sa campagne visant à sensibiliser les communautés africaines aux risques liés à l'excision .
Dans ce documentaire réalisé par Maria Luisa Gambale et Gloria Bremer, on voit Sister Fa dans une salle de classe, interrogeant des jeunes sur les raisons pour lesquelles les l'excision sont pratiquées dans leurs communautés, et improvisant des chansons sur les risques liés à cette pratique. Elle s'entretient avec des hommes et des femmes des villages au sujet de leur point de vue sur l'abandon de l'excision et se produit devant un large public, utilisant ses paroles pour sensibiliser et autonomiser les jeunes afin qu'ils puissent être acteurs du changement social.
Au cours du festival, Sister Fa a également pris part à une table ronde sur le rôle des femmes dans l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes. Bien qu’elle ait d’abord craint des réactions négatives de la part des communautés pour s’être prononcée contre les l'excision, Sister Fa a choisi d’assumer les risques encourus afin de sensibiliser le public et d’améliorer l’information sur ce sujet. La reconnaissance internationale dont a bénéficié le documentaire à La Haye rend hommage à l’influence qu’a eue Sister Fa pour favoriser le débat sur cette pratique traditionnelle néfaste.
À plusieurs reprises, Sister Fa s'est associée à Tostan, mettant sa musique au service de la sensibilisation dans les communautés où la excision (MGF) est couramment pratiquée. Lors de plusieurs tournées au Sénégal, la chanteuse et son groupe ont donné des concerts et organisé des débats communautaires afin d'aller à la rencontre des jeunes, de les impliquer et de les encourager à participer au mouvement visant à mettre fin à l'excision .
« Nous ne sommes pas là pour dire que [l'excision] sont mauvaises et qu’il faut y mettre fin », explique Fa dans le film. « Nous voulons simplement proposer une autre solution, montrer qu’il est possible d’élever sa fille sans recourir à de telles pratiques. »
À l’instar de Tostan, Sister Fa est convaincue qu’il faut fournir des informations à des fins éducatives et laisser les communautés prendre leurs propres décisions. Elle partage la conviction de Tostan quant à la nécessité d’adopter une approche respectueuse face aux questions sensibles au sein des communautés, à la valeur des Droits Humains et à l’importance de l’autonomisation par l’éducation. Grâce à la musique hip-hop, Sister Fa implique les jeunes et les adolescents dans les discussions communautaires, touchant ainsi la jeune génération avec des codes qui leur parlent. « C’est la communauté, au niveau local, qui décide d’abandonner l'excision », a souligné Fa.
Afin d’impliquer d’autres artistes de la région dans le mouvement visant à mettre fin aux l'excision, Tostan et Sister Fa organiseront un programme de formation sur l’approche de Tostan en matière de promotion de l'abandon de l'excision , fondée sur les droits humains. Quinze musiciens originaires de Guinée, du Burkina Faso, du Mali, du Sénégal et de Gambie participeront à ce séminaire. Ces artistes collaboreront ensuite avec Sister Fa & Bandpour enregistrer deux nouvelles chansons abordant la question de l'excision dans les langues nationales des musiciens, chansons qui seront présentées pour la première fois lors de la tournée 2012 de Sister Fa.
Dans le cadre de son projet « Education sans l'excision », Sister Fa & Band a effectué des tournées au Sénégal en 2008 et 2010, brisant ainsi le tabou qui empêchait d’évoquer l'excision public. La tournée devrait se poursuivre en janvier et février 2012 et s’étendre à des régions reculées du Sénégal, notamment autour de Kolda, Matam, Sédhiou et Podor.
