Les efforts de mobilisation sociale se poursuivent malgré les difficultés liées à la saison des pluies

Thiérno Moussa Diallo, agent de mobilisation sociale (SM) pour Tostan dans la région de Kolda au Sénégal, descend à nouveau de son vélo et le pousse hors de la route pour éviter une énième flaque d’eau. Le terme « flaque » est un peu réducteur : cette mare d’eau recouvre toute la largeur de la route en terre et lui arriverait probablement à mi-hauteur des genoux s’il essayait de la traverser à pied.

Accompagné de quatre autres membres de l'équipe qui se déplacent à vélo et à pied, Thiérno se rend au prochain village inscrit sur leur liste. Dans le cadre de cette mission de mobilisation sociale financée par le Projet Orchid, l'équipe rend visite à six villages, comme elle le fait chaque mois depuis décembre 2012. Au cours de réunions de sensibilisation, l'équipe présente différents enjeux liés aux droits humains et à la santé, ce qui débouche finalement sur une discussion concernant l'excision (MGF) et les mariages précoces ou forcés. Le mois de juillet a marqué le début d'une période difficile de trois mois pour les équipes de mobilisation sociale dans cette région, la saison des pluies au Sénégal ayant compliqué l'organisation de ces réunions.

Lorsque j’ai interrogé les membres des équipes SM sur les conditions de déroulement des missions pendant la saison des pluies, ils ont tous évoqué les mêmes difficultés. Thiérno Yaya Diallo, chef de l’équipe SM de Kolda, a déclaré : « Les pluies compliquent les choses car il y a beaucoup d’eau sur la route. » À cause de cette eau, Abdoulaye Kébé, chef de l’équipe SM de Sédhiou, a expliqué que « les villages sont pratiquement inaccessibles. Il y a des ravines, des rivières et des rizières, et parfois on est obligé de descendre [de son vélo ou de sa moto] et de continuer à pied. » Thiérno Moussa m’a parlé de l’impact que les pluies ont sur leurs réunions. Il a dit : « On peut fixer l’heure de la réunion, mais s’il pleut, il faut attendre. » Et la pluie peut tomber pendant des heures d’affilée.

Non seulement les fortes pluies perturbent et retardent les réunions et rendent les déplacements entre les villages difficiles, mais la saison des pluies correspond également à la saison agricole dans les villages ruraux. Les communautés consacrent chaque jour de nombreuses heures à la plantation, à l'entretien et à la récolte des cultures, qui constituent une source importante de revenus et de subsistance. Il est difficile pour l'équipe d'organiser des réunions de sensibilisation lorsque les communautés ont tant de travail à accomplir.  Afin de tenir compte du travail que les communautés effectuent pendant la journée, Abdoulaye Kebe explique que son équipe organise souvent ses réunions la nuit ; ils souhaitent que le plus grand nombre possible de personnes puissent y assister. Une fois le soleil couché et le village sans électricité plongé dans l’obscurité, à l’exPRCCtion des lampes de poche, l’équipe attendra tout de même le moment le plus opportun pour la communauté. « Ce que nous voulons, a-t-il déclaré, c’est que les communautés acPRCCtent le principe de l’abandon des MGF, que ce soit de jour comme de nuit. »

Même si les routes emportées par les eaux peuvent doubler la durée des trajets ou les obliger à tenir des réunions dehors dans l’obscurité, je voyais bien, à la ferveur avec laquelle ces agents de santé s’exprimaient, qu’il ne leur viendrait jamais à l’esprit de suspendre leurs efforts tant que les conditions ne seraient pas plus favorables. Bien que les activités aient été interrompues en juillet pour éviter les pluies les plus intenses et permettre aux équipes de prendre un peu de repos, les agents ont repris le travail en août, alors même que la pluie continuait de tomber à verse. Les pluies posent certes des difficultés logistiques, mais elles ne sont pas les seuls aspects difficiles de ce travail : les agents sont loin de leur famille pendant 12 jours chaque mois, ils dorment dans un endroit différent tous les deux jours et ils ont rarement accès à l’électricité. J'ai demandé aux agents pourquoi, compte tenu de ces difficultés, chacun d'entre eux choisissait de poursuivre ce travail. Abdoulaye Kébé a expliqué qu'après avoir pris conscience des conséquences de la MGF lors de sa participation au Programme de Renforcement des Capacités Communautaires de Tostan il y a plusieurs années, il était convaincu du mal que cette pratique pouvait causer. Depuis lors, il est motivé pour sensibiliser d'autres communautés à cette question.

Thiérno Moussa a répondu à la question en déclarant : « Je choisis de faire ce travail parce qu’il aide notre population. » Il consacre bénévolement son temps à cette cause car il croit en l’importance du travail de sensibilisation qu’il contribue à mener et aux bienfaits que cela apportera à sa propre communauté. C’est pourquoi lui et le reste de son équipe continuent volontiers à parcourir des routes boueuses et à attendre des heures que la pluie cesse : cela leur donne l’occasion de partager Droits Humains essentielles sur la santé et Droits Humains avec un nouveau village et, potentiellement, de mettre fin à la pratique traditionnelle néfaste de l'excision cette communauté.

Récit d'Allyson Fritz, Tostan.