La foule éclate de rire tandis que des mineurs de la prison de Diourbel, au Sénégal, présentent un sketch ponctué des interventions de Sonokho, un comédien et humoriste local. Les jeunes détenus recourent à l’humour pour raconter l’histoire sombre d’un père qui, abandonné par sa femme, se retrouve seul pour s’occuper de ses deux fils. Le père, aussi égoïste que distrait, omet d’enregistrer la naissance de ses fils et de suivre leur scolarité. Cette négligence conduit les fils à commettre des exploits scandaleux : l’un finit en prison et l’autre devient un petit voleur. À la fin de la pièce, les fils prennent conscience de la façon dont leur père les a laissés tomber et appellent les autres à ne pas répéter ses erreurs, tout en énumérant les droits qui leur étaient dus, mais dont ils n’ont pas eu la chance de profiter.
Cette pièce s'inscrivait dans le cadre de la célébration de la Journée de l'enfant africain, le 16 juin, organisée par le projet pénitentiaire de Tostan en partenariat avec l'administration pénitentiaire, l'UNFPA Sénégal et l'Association des femmes médecins du Sénégal (AWDS). Elle a permis de replacer dans leur contexte et de souligner l'importance des efforts actuellement déployés pour mettre en place des structures de soutien positives permettant aux détenus de se réinsérer et de devenir des membres actifs de la société.
Cette journée spéciale a marqué le coup d'envoi d'une « Semaine de l'enfant africain » dans de nombreux pays de l'Union africaine. Au Sénégal, des spécialistes, des représentants du gouvernement et des organisations locales, telles que Tostan, se sont réunis dans le cadre de diverses rencontres afin de célébrer les droits de l'enfant et de sensibiliser le public aux initiatives en matière de protection de l'enfance à travers le pays. La plupart des discussions ont porté sur l'importance d'une éducation de qualité et sur la mise en œuvre de stratégies nationales de protection visant à protéger tous les enfants, en particulier ceux qui sont exposés à des risques élevés.
Afin de donner suite à certaines de ces initiatives proposées, le projet « Paix et sécurité » de Tostan a organisé, le 18 juin à Ziguinchor – une ville clé du sud du Sénégal –, un moment de discussion et d'échange.
Alassane Ndiaye, chef du village de Niaguis, monte sur scène. Sa voix résonne dans le micro tandis qu’il expose le point de vue de sa communauté sur les enfants en situation de vulnérabilité : « La notion de droits de l’enfant a toujours posé problème au niveau communautaire — ce n’est pas nouveau. Beaucoup de gens pensent que lorsque nous parlons de droits, nous faisons automatiquement référence aux lois, alors que les droits de l’enfant désignent simplement les besoins des enfants. Les enfants ont besoin de santé. Ils ont besoin d’éducation. Ils ont besoin d’une identité, d’un nom, d’une nationalité, d’un environnement [sain]. »
Les communautés partenaires sont parvenues à la conclusion qu’il existe un besoin fondamental qui joue un rôle essentiel dans le bien-être d’un enfant : l’affection. Un enfant – un être humain – doit et a besoin d’être aimé. Les parents et les personnes qui s’occupent des enfants manifestent cet amour de multiples façons. Tostan travaille avec les responsables communautaires et les parents pour perfectionner les techniques de médiation pacifique, sensibiliser aux effets de la violence au sein du foyer et améliorer les compétences en matière de prise en charge afin de favoriser le développement des enfants, en particulier durant les cinq premières années cruciales de leur vie.
La médiation est également un concept fondamental du Projet Prison. Outre l'organisation de cours informels d'éducation aux droits de l'homme destinés aux détenus et de formations aux activités génératrices de revenus dans les centres de six prisons partenaires, la coordinatrice du projet, Aissatou Kebe, anime des séances de médiation avec les proches afin de faciliter la réinsertion.
Les mineurs de la prison se dirigent vers le centre de la cérémonie, certains le visage rayonnant, d’autres les yeux baissés, fiers mais un peu gênés. L’un après l’autre, ils viennent chercher leur certificat attestant qu’ils ont suivi avec succès une formation en aviculture. La voix de Ndeye Niang, de l’UNFPA Sénégal, résonne au-dessus de la foule : « Avoir eu des démêlés avec la justice ne devrait pas être synonyme de marginalisation. » Faisant écho au maire de Diourbel, elle affirme que cette initiative de formation aide les détenus à trouver leur place dans la société une fois libérés, et que cette formation pourrait constituer le fondement d’une nouvelle vie après la prison.

Pendant ce temps, de jeunes médecins de l'AWDS s'affairent à examiner près de 80 détenus. L'amélioration des conditions de détention constitue un élément essentiel de la réinsertion, afin que les détenus ne soient pas détournés de leur développement personnel. La santé et la vie quotidienne de chaque détenu sont prises en compte lors de ces consultations, qui permettent dans certains cas de fournir des médicaments, des matelas, des ventilateurs et des produits d'entretien offerts par le Prison Project. En arrière-plan, Marie Sall, assistante du coordinateur national de Tostan Sénégal, s'exprime : « Si l'incarcération implique une privation de liberté, son impact sur les autres droits humains doit être minimisé. »

La protection de l'enfance commence au sein de la famille, mais elle relève également de notre responsabilité collective. Les enfants ont à la fois le fardeau et la chance de relever les défis économiques et sociaux de notre époque. Nous devons faire notre part pour garantir leurs droits, répondre à leurs besoins et assurer leur bonheur alors qu'ils relèvent ces défis et se frayent un chemin vers un avenir meilleur.
Contributions de Malick Gueye, responsable de la communication chez Tostan Sénégal, et de Daniel Newton, assistant du projet pénitentiaire
