Tostan présente son approche axée sur les normes sociales concernant les mutilations génitales féminines lors d'ateliers régionaux organisés avec les autorités locales

En novembre et décembre 2012, Tostan a participé à cinq ateliers organisés par la Direction de la famille et le ministère de la Justice du Sénégal dans le cadre d'une campagne gouvernementale visant à sensibiliser le public à la loi interdisant les mutilations génitales féminines (MGF) dans le pays, adoptée le 29 janvier19991999. Ces ateliers se sont tenus dans la capitale, Dakar, ainsi que dans les grandes villes de Thiès, Kaolack, Kolda et Podor, en présence de représentants des autorités locales et de la police de chaque région.

Ces ateliers ont été organisés afin d'aider les autorités locales à mieux comprendre la législation, ainsi que la pratique des mutilations génitales féminines (MGF) elle-même, en les informant sur ses conséquences sanitaires, sa dimension religieuse et la théorie des normes sociales qui sous-tend cette pratique.

Plusieurs représentants de Tostan ont pris la parole lors des ateliers : Molly Melching, fondatrice et directrice générale, à Dakar ; Khalidou Sy, coordinateur national de Tostan Sénégal, dans la ville de Podor, au nord du pays ; et Oumou Diop, experte en programmes chargée de la mobilisation sociale et de la communication au sein de Tostan Sénégal, dans les trois autres villes.

Le rôle des représentants de Tostan lors des ateliers consistait à expliquer la théorie des normes sociales relatives aux mutilations génitales féminines (MGF), afin de permettre aux participants de mieux comprendre comment cette pratique s’inscrit dans les traditions sociales. Ils ont présenté les différents types de normes existantes et la manière dont elles influencent la prise de décision : les normes juridiques influencent les individus en leur inspirant la crainte de sanctions légales pour certaines décisions ; les normes morales guident les individus vers des décisions fondées sur ce qu’ils considèrent comme « juste » ; et les normes sociales font peser la menace d’un rejet social si un individu prend des décisions différentes de celles du groupe.

Les mutilations génitales féminines (MGF) constituent une norme sociale, ce qui rend difficile pour une personne de décider de renoncer à cette pratique de son propre chef, même si cela implique d'enfreindre la loi. L'approche de Tostan pour promouvoir l'abandon de cette pratique repose sur une éducation non formelle fondée sur les droits humains. En découvrant les droits de tous les membres de la société ainsi que les conséquences sanitaires de la MGF dans le cadre du Programme d'autonomisation communautaire (CEP) holistique , les participants utilisent ces nouvelles informations pour réfléchir à la manière dont cette pratique influe sur la paix et le bien-être au sein de leur communauté. De nombreux participants conviennent alors que cette pratique ne contribue pas au bien-être de leur communauté. Ces personnes sont ensuite davantage soutenues dans leur décision d’abandonner cette pratique grâce à des efforts de mobilisation sociale qui offrent aux membres de réseaux sociaux interconnectés la possibilité de dialoguer sur la question, aboutissant finalement à des déclarations publiques, au cours desquelles de nombreux villages s’uniront pour abandonner simultanément cette pratique.  Bien que l'abandon lors de ces déclarations publiques ne soit pas total, celles-ci jouent un rôle essentiel dans le processus d'abandon complet et sont nécessaires pour atteindre une masse critique, ce qui permettra à terme de faire de la MGF une pratique du passé.

Tout en présentant l’approche de Tostan lors des ateliers, les représentants de l’organisation ont formulé des recommandations générales à l’intention de ceux qui souhaitent promouvoir l’abandon des mutilations génitales féminines (MGF). Toute initiative doit tenir compte de la nature sociale de cette pratique, ancrer le changement social dans les droits fondamentaux de l’homme tels qu’ils sont consacrés par la législation nationale, et s’efforcer d’impliquer tous les acteurs influents dans la décision d’abandonner cette pratique, notamment les communautés qui se marient entre elles, les dirigeants locaux et l’ensemble du réseau social, y compris la diaspora.