Ensemble pour promouvoir l'abandon des mutilations génitales féminines (MGF) à Kolda, au Sénégal

Lorsque, le 19 décembre 2013, plusieurs centaines d’étudiants et d’adultes ont défilé dans la rue principale de Kolda, brandissant des pancartes et scandant des slogans à l’unisson, le message qu’ils transmettaient ne pouvait être plus clair. Les manifestants ont envahi la rue principale de la ville, passant devant les magasins et les marchands pour se rendre à la préfecture de Kolda. En tête du cortège se trouvait un groupe de jeunes filles brandissant une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Promouvoir l’abandon des MGF est un acte de citoyenneté. »

À 8 heures ce matin-là, des élèves de différentes écoles de Kolda, au Sénégal, avaient commencé à se rassembler devant les locaux de l’Umbrella Support Unit (USU). L’ONG USU était le moteur de l’organisation de la marche de mobilisation sociale prévue ce jour-là. Dans les jours qui ont précédé l’événement, l’USU avait invité des membres d’autres groupes et ONG de la région à collaborer avec elle pour planifier l’événement.  L'invitation de ces autres organismes constituait un geste significatif, soulignant l'importance d'unir les efforts des nombreuses organisations travaillant sur leurs propres projets à Kolda.

Ensemble, ces organisations ont rédigé un mémorandum exhortant les autorités administratives, universitaires, religieuses, communautaires et judiciaires à promouvoir activement l'abandon total des mutilations génitales féminines (MGF). Le jour de la marche, lorsque les manifestants sont arrivés à leur destination finale, le mémorandum a été remis au préfet de Kolda.

À 10 h 30, le défilé était lancé. Des t-shirts blancs portant l’inscription « La ville de Kolda se mobilise contre les MGF » se distinguaient ici et là dans la foule, et des jeunes filles brandissaient des pancartes en français et en pulaar sur lesquelles on pouvait lire « Préservons l’intégrité physique des femmes » et « Les filles du CEM Hilele disent non aux MGF ». La police a dévié la circulation afin que les manifestants puissent traverser la ville sans encombre, et depuis l’arrière d’une camionnette, une femme muni d’un micro a entonné des slogans qui ont rapidement été repris par les manifestants. 

La grande majorité des manifestants étaient des jeunes. « Cette marche vise à lutter contre la pratique des MGF », a déclaré Maimouna Diallo, une manifestante de 17 ans de l'école Nafoore à Kolda. « Elle a pour but de faire comprendre aux gens les conséquences de cette pratique. » Hama Kassé, âgé de 12 ans, a expliqué qu'ils manifestaient parce que « les MGF, ce n'est pas bien », et son ami Fallou a ajouté que les MGF « peuvent causer des problèmes lors de la grossesse ».

La région de Kolda affiche l'un des taux les plus élevés de MGF au Sénégal. Le groupe ethnique pulaar est l'un de ceux qui ont historiquement pratiqué la MGF, et Kolda compte une forte concentration de communautés pulaar. Dans le but de faire évoluer les normes sociales qui perpétuent cette pratique traditionnelle néfaste qu'est la MGF, de nombreux acteurs de la région se sont engagés dans le mouvement visant à promouvoir son abandon.

Grâce au programme d’autonomisation communautaire de Tostan ainsi qu’à ses activités de mobilisation sociale et de sensibilisation, les communautés sont informées des conséquences néfastes de cette pratique. Le Projet Orchid, qui a récemment renouvelé son partenariat avec Tostan pour une année supplémentaire, finance des missions mensuelles de mobilisation sociale ainsi que de nombreuses autres activités à Kolda, spécifiquement axées sur la sensibilisation à la MGF. L'ONG sénégalaise Action Guney mène des actions de sensibilisation sur la violence à l'encontre des enfants, et l'ONG FODDE de Kolda fait de même sur d'autres thèmes. L'OFAD Nafoore, une organisation de Kolda qui mène des actions de sensibilisation sur la violence à l'égard des femmes, a récemment organisé un atelier sur les MGF, invitant des membres de différentes organisations locales à y participer

Même si leurs missions peuvent différer, toutes ces organisations œuvrent pour promouvoir l'abandon de cette pratique.  L'initiative de l'USU et la collaboration de nombreuses écoles et ONG ont rendu possible la marche animée de jeudi dernier, réaffirmant à la communauté de Kolda que le mouvement en faveur de l'abandon des MGF continue de prendre de l'ampleur dans la région. Comme l'indiquait l'une des pancartes en pulaar brandie par un jeune manifestant : « Abandonner les MGF, c'est respecter les droits humains ».