Dans la petite communauté de Vélingara Ferlo, au nord du Sénégal, une grande tente est dressée. Le soleil se lève dans le ciel et la chaleur de la journée commence à monter. Le village est calme pour l'instant, mais dans quelques heures, Vélingara Ferlo deviendra le point central d'un rassemblement historique dans ce coin reculé du monde.
Les camions commencent à arriver, remplis d'hommes, de femmes et d'enfants venus des villages voisins, dont certains ont fait des heures de route juste pour participer aux festivités. L'ambiance est contagieuse : les enfants rient et courent, les femmes vêtues de robes aux couleurs vives dansent et virevoltent au rythme des tambours. Sous la tente, un animateur divertit la foule grandissante avec des blagues.
Mais la raison de ce rassemblement d’aujourd’hui n’a rien d’une plaisanterie. Aujourd’hui, Vélingara Ferlo et 120 communautés voisines déclarent publiquement leur intention d’abandonner les pratiques traditionnelles que sont les l'excision et les mariages précoces ou forcés. C’est un jour de fête, d’unité et d’espoir en un avenir où les filles seront libérées de ces pratiques néfastes.
Depuis la première déclaration publique au Sénégal en 1997, des événements comme celui de Vélingara Ferlo ont joué un rôle déterminant dans le mouvement visant à mettre fin à l'excision. « Une déclaration est le fruit de mois et de mois de sensibilisation, d’éducation et de dialogue ouvert et sincère entre les communautés voisines », a déclaré Valencia Rakotomalala, une bénévole de Tostan qui a assisté à la déclaration à Vélingara Ferlo. « Elle témoigne du courage dont font preuve ces communautés en s’élevant contre une pratique vieille de 2 000 ans qui reste taboue dans de nombreuses sociétés. »
C’est le caractère collaboratif d’une déclaration publique qui donne véritablement aux communautés les moyens d’adopter des normes sociales en mutation. Au Sénégal, les communautés sont liées par le poids de leurs paroles. Lorsque plusieurs communautés s’unissent pour faire une déclaration publique en faveur de l’abandon de l'excision, cela garantit que personne ne sera mis au ban de la société pour avoir décidé de ne pas recourir à cette pratique. Cela ne signifie pas pour autant que 100 % de la communauté soutienne ou adhère à cette déclaration… mais il s’agit d’une étape importante qui témoigne d’une volonté de changement et jette les bases permettant aux membres de la communauté de continuer à œuvrer ensemble pour abandonner définitivement cette pratique.
À Vélingara Ferlo, la cérémonie de proclamation dure plusieurs heures et comprend des discours des autorités locales et des partenaires communautaires, des sketchs interprétés par des membres de la communauté, ainsi qu’une lecture publique de la déclaration. Mais c’est le discours enthousiasmant d’une jeune fille, Fatou Aidara, qui marque le plus les esprits. Fatou est la représentante des jeunes de la communauté, et elle s'exprime avec autorité et conviction sur son souhait de voir les jeunes mener le mouvement visant à mettre fin l'excision. « Dites-moi de quelle jeunesse vous disposez », dit-elle, « et je vous dirai quel genre de personnes vous deviendrez. »
« C’est là que j’ai compris que [cette déclaration] allait bien au-delà de ces deux heures passées sous la tente », explique Valencia. « Il est tout aussi essentiel de veiller à ce que les communautés respectent leur engagement après la déclaration. Cela demande du temps et des efforts, et quand ceux qui s’expriment sont aussi jeunes et passionnés que Fatou, on se rend compte qu’on a assisté à un moment historique. »
Inspiration visuelle
Pour en savoir plus sur le déroulement d'une déclaration publique, consultez l'album Flickr de Tostan, qui contient d'autres photos de l'événement à Vélingara Ferlo.
