En langue malinké, le mot « maradou » signifie littéralement « terre d’accueil » ou « l’endroit où l’on se sent protégé et en sécurité ». Au XVIe siècle, un chasseur nommé Massia Sidi voyageait avec son neveu, Fanta Kemo. Fanta, qui était lui aussi chasseur, tua un sanglier près d’un point d’eau dans la forêt. De retour à la clairière, Fanta parla à son oncle de ce point d’eau entouré de deux plantations de noyers de kola. Intrigué, Massia suivit son neveu dans la forêt. Lorsqu’il vit l’eau, il s’écria : « Nous sommes arrivés sur notre terre d’accueil », et c’est ainsi que le village de Maradou vit le jour.
La communauté de Maradou est située au centre de la Guinée. Elle compte aujourd’hui plus de 1 100 habitants, où des familles issues des groupes ethniques des Sankarankas, des Peuls et des Kourankos Soussous vivent ensemble dans l’harmonie et la solidarité. En 2003, il y a 13 ans, Maradou a été sélectionnée par une organisation partenaire locale pour participer au Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, d’une durée de trois ans. Après que les membres de la communauté eurent manifesté leur intérêt pour le programme, 50 participants ont commencé les cours du CEP en janvier 2004.
Après toutes ces années, Maradou continue de s'engager activement en faveur de la transformation sociale, non seulement au sein de sa propre communauté, mais aussi dans de nombreuses communautés voisines.
En réfléchissant à son expérience au sein du programme et à ce qui s’est passé depuis, un participant a expliqué : « Le programme Tostan à Maradou a créé un environnement propice au respect des droits humains. L’enregistrement des naissances est désormais une pratique courante ici et les filles sont mieux éduquées qu’auparavant. De plus, depuis que nous avons participé à la déclaration [pour l’abandon des mutilations génitales féminines (MGF)] à Bissikrima en 2011, nous n’avons enregistré aucun cas de MGF ni de mariage d’enfants dans notre communauté. »
Comme toutes les communautés partenaires, Maradou a mis en place un Comité de gestion communautaire (CMC) composé de 17 membres, dont 10 femmes. Le CMC a suivi une formation complémentaire sur ses rôles et responsabilités en tant que nouvel organe de gouvernance au sein de la communauté. Tostan a octroyé à Maradou un fonds de développement de 1,5 million de francs guinéens (environ 165 dollars) afin de soutenir les activités pédagogiques et les efforts de mobilisation sociale. Ce fonds était – et est toujours – géré par le CMC sous la forme d’un microcrédit renouvelable entre les membres de la communauté, avec un taux d’intérêt de 10 %. Les ressources générées par ce fonds, renforcées par les contributions de la communauté, ont aidé le CMC à construire un centre de stockage de céréales et un hangar de marché. Ces infrastructures garantissent à la fois une croissance économique accrue et contribuent à assurer la sécurité alimentaire.

Parallèlement aux initiatives économiques du CMC, les agents de mobilisation sociale (AMS) de Maradou se sont attelés à résoudre des problèmes sociaux de longue date. Demba Nafina Oulare, l’un des AMS les plus actifs et les plus influents du pays, a mené plusieurs campagnes de sensibilisation à Maradou et dans trente autres communautés voisines. Il a abordé des thèmes tels que les mutilations génitales féminines (MGF), le mariage des enfants, les consultations prénatales et postnatales, ainsi que la vaccination. Par la suite, sa communauté de Maradou a pris conscience de la nécessité de disposer d’un poste de santé, qu’elle a construit en 2006, avec le soutien de la Fondation africaine pour le développement et en collaboration avec l’Union de Mafou Ouest. Demba représente fièrement Maradou au sein de cette union qui compte plus de 60 communautés membres.

À ce jour, le CMC continue de se réunir trois vendredis par mois. Lors de ces réunions, les membres du CMC organisent des séances de sensibilisation au sein de la communauté sur des thèmes tels que la santé, l'éducation, l'hygiène et la scolarisation. Ils gèrent également un fonds de huit millions de francs guinéens (soit environ 885 dollars) et un entrepôt de céréales contenant un stock de 80 sacs de riz, en prévision de la période comprise entre juillet et août, durant laquelle les denrées alimentaires ont tendance à se faire rares.
Qu'est-ce qui a permis au CMC de Maradou de rester aussi dynamique dix ans après la fin du programme Tostan ? Les membres de la communauté ont répondu simplement : « C'est une question d'engagement personnel. » Cet engagement n’est pas lié à la présence ou à l’absence de Tostan, mais repose plutôt sur une conception commune du bien-être–pour soi-même, sa famille et sa communauté–ainsi que sur un sens des responsabilités et de l’appropriation pour créer et préserver ce bien-être.
Par Mouctar Oulare, coordinateur national de Tostan Guinée
Cliquez sur l'image ci-dessous pour visionner une courte vidéo montrant des habitants de Maradou chantant le bonheur et le bien-être – « sabou » en malinké.

