75 collectivités participent à une déclaration historique sur les droits de l'homme en Guinée-Bissau

Situé près de la frontière avec le Sénégal et entouré de vergers de cajous verdoyants, le petit village de Cambadju, en Guinée-Bissau, a accueilli la toute première déclaration des droits de l'homme jamais organisée dans le pays, le 10 décembre 2012, à l'occasion de la Journée internationale des droits de l'homme.

Soixante-quinze communautés de la région de Bafata, dans l'est de la Guinée-Bissau, ont fait part de leur décision de veiller au respect de tous les droits humains dans leurs villages. C'était la première fois que les participants au programme Tostan décidaient collectivement non seulement d'abandonner les pratiques de l'excision et des mariages précoces ou forcés, mais aussi d'adhérer pleinement à tous les droits humains et à toutes les responsabilités qui en découlent.

Au cours de cette manifestation, tous les participants se sont réunis pour voir les communautés recourir au théâtre, au chant, à la poésie, aux discours et à la danse afin d’exprimer leur vision des liens indissociables qui unissent les droits de l’homme à d’autres domaines, notamment la santé communautaire et l’éducation. Le gouverneur régional et le ministre de l’Éducation ont également assisté à l’événement et ont prononcé des discours dans lesquels ils ont promis leur soutien aux communautés.

Treize des communautés participantes avaient directement bénéficié, de 2009 à 2012, du Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, un programme d’éducation non formelle axé sur les droits de l’homme. Les 62 communautés restantes ont été touchées au cours du programme grâce aux techniquesde « diffusion organisée »de Tostan, en participant en tant que villages « adoptés ». Ces villages ont échangé des connaissances avec les communautés bénéficiaires directes par le biais de réunions inter-villages et d'activités de sensibilisation menées par les communautés.

En Guinée-Bissau, les communautés s’étendent bien au-delà des limites des villages, formant un réseau complexe de liens sociaux qui relient entre eux des individus tels que les familles élargies, les partenaires commerciaux et les groupes apparentés par mariage.  Ces réseaux partagent de nombreuses pratiques culturelles qui rassemblent les gens, et toute modification de ces pratiques nécessite un large consensus et une large participation. Pour Tostan, comprendre et appliquer ce concept signifie que les nouvelles idées présentées dans le cadre du CEP doivent dépasser largement le cadre de la salle de classe et s’ancrer profondément dans le réseau social pour être efficaces.

La stratégie de Tostan visant à diffuser des connaissances à travers des réseaux sociaux étendus s'appuie sur les théories du changement social. De nombreuses pratiques existantes au sein des communautés constituent des normes sociales – des comportements systématiques et attendus qui créent des liens culturels et sont souvent adoptés sans que l’on s’interroge sur leur origine ou leur fonction sociale. L’approche engageante et éducative utilisée dans le cadre du CEP crée des espaces sûrs où ces pratiques peuvent être examinées de manière critique par les participants. Ceux-ci sont encouragés à discuter ouvertement de la manière dont ces pratiques s’inscrivent dans les principes des droits de l’homme et contribuent à améliorer ou à limiter le développement de leur communauté.

Grâce à des actions de sensibilisation supplémentaires et à des discussions au sein de la communauté sur les raisons pour lesquelles certaines pratiques devraient être adoptées ou abandonnées, les participants veillent à ce que tous les membres de leur réseau social soient pris en compte et se sentent impliqués dans tout changement qui intervient.

La décision collective prise par les communautés lors de la déclaration publique sur les droits de l'homme à Cambadju est le fruit de trois années d'actions de sensibilisation et d'engagement menées par les communautés elles-mêmes. Elle a réuni les communautés signataires, déterminées à œuvrer pour le changement social, ainsi que des sympathisants, des représentants du gouvernement, de la presse et du secteur associatif, désireux d'en savoir plus sur la manière dont l'éducation et les droits de l'homme peuvent servir de catalyseurs à un changement social positif.

Deux autres déclarations en faveur des droits de l'homme auront lieu en Guinée-Bissau dans les semaines à venir, avec la participation de membres des communautés et de leurs réseaux sociaux des régions de Gabu et d'Oio ; celles-ci prévoient de faire une déclaration en faveur de la promotion des droits de l'homme respectivement le 20 décembre et le 8 janvier.