Dans le département de Ranerou-Ferlo, dans l'est du Sénégal, les communautés s'apprêtent à déclarer publiquement qu'elles renoncent aux mutilations génitales féminines (MGF) et aux mariages précoces ou forcés. Dans cette région du pays, généralement conservatrice, il faut parfois beaucoup de temps aux villages pour se décider à changer de telles normes sociales.
Une série de réunions intervillages (IVM) s'est tenue du21 au23 octobre 2014 en vue de préparer une déclaration publique prévue en décembre. Parmi les participants figuraient des membres de la communauté, des partenaires de Tostan, des autorités locales et des responsables administratifs, tels que les chefs religieux de la région.
Le21 octobre, une réunion d’information et de consultation (IVM) s’est tenue dans le petit village d’Ouro Dickorou, où 84 personnes représentant 30 communautés de Velingara et de Younoufere se sont réunies pour discuter de la décision d’abandonner les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces ou forcés. Parmi ces 30 communautés, quatre d’entre elles, qui avaient participé au Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, ont abandonné les MGF en 2010. Les 26 autres communautés, qui n’ont pas participé au CEP, ont reçu à plusieurs reprises la visite d’équipes de sensibilisation et de mobilisation sociale financées par Radio Suède, et ont également participé à des séminaires d’échange pour discuter des effets néfastes des MGF et des mariages précoces ou forcés. Dra Ndiaye, de la communauté de Fourdou, a déclaré que sa communauté était réticente à abandonner les MGF car elle ne disposait pas d’informations suffisantes sur les effets néfastes de cette pratique, mais qu’elle allait désormais se joindre aux autres pour y renoncer. Cette IVM a donné aux représentants de chaque village l’occasion d’annoncer leur volonté de déclarer publiquement leur abandon de ces pratiques, jugées néfastes pour la santé des membres de la communauté.
Le lendemain, les partenaires de Tostan dans la région ont participé à un groupe de travail dans la communauté de Younoufere, où les habitants s'étaient d'abord montrés sceptiques quant à l'abandon des mutilations génitales féminines (MGF). Cependant, grâce aux discussions menées au cours de ce groupe de travail, ils ont accueilli favorablement la décision d'organiser une déclaration publique avec les autres villages de Ranerou. Ils se sont également déclarés prêts à collaborer avec d'autres villages afin de renforcer la coopération en matière de mobilisation sociale et d'œuvrer pour la santé communautaire.
Le représentant d’Action contre la Faim a souligné l’importance de mettre fin aux mariages précoces et forcés en déclarant : « Le mariage précoce comporte des risques considérables, notamment la mortalité maternelle. Nous devons au contraire soutenir les filles et leur permettre de terminer leur scolarité. » Des groupes de travail composés de directeurs d’école, de représentants d’ONG et d’associations locales ont débattu de différentes idées visant à accélérer le mouvement en faveur de l’abandon des mutilations génitales féminines (MGF). Parmi les propositions avancées figuraient l’implication des chefs religieux et des groupes de promotion des femmes, la sensibilisation sur les marchés et la mobilisation sociale par le porte-à-porte. Dans l'ensemble, les efforts conjoints de plus de 30 partenaires de Tostan — dont ChildFund et Action contre la Faim — ont joué un rôle clé dans la sensibilisation des communautés.
Enfin, le23 octobre, un séminaire de partage a été organisé avec plusieurs chefs religieux de Ranerou afin de discuter de la déclaration à venir. Ousmane Ba, vice-président du Conseil départemental, a ouvert le séminaire en rappelant aux invités que l'action de Tostan s'inscrit dans le prolongement de celle du gouvernement et aide les communautés à préserver leurs droits humains.
Peu après, Abou Diack, coordinateur régional du bureau de Tostan dans le Fouta, a présenté les détails du programme CEP, avant d’expliquer les normes sociales, juridiques et morales. Un débat animé s’est engagé à la suite de ces deux interventions, au cours duquel deux des 33 chefs religieux présents ont défendu la pratique de la MGF, affirmant qu’il est écrit dans le Coran que la MGF est une obligation de l’islam. Thierno Hamet Fadel Dia avait un avis différent : « Je constate que nous partageons le même souci d’aider nos communautés. En discutant de cette question, nous pouvons trouver une solution commune. Pour nous, la MGF est un problème de santé publique et nous devons abandonner cette pratique. » L’imam de Velingara, Thierno Ibrahima Sow, a réitéré cette déclaration en affirmant : « Nous devons reconnaître que l’MGF n’est pas recommandée par l’islam. Ce n’est qu’une tradition et nous devons y renoncer. Nous ne devons pas infliger de souffrances à nos filles. » À l’issue du débat, Alassane Diallo, responsable du développement communautaire dans la région, a réaffirmé l’interdiction par le gouvernement de la pratique de l’MGF en raison de ses effets néfastes sur la santé des femmes et des filles.
Chacun s'est ainsi engagé à réfléchir de manière critique à ces questions. D'autres réunions auront lieu en décembre afin de permettre aux communautés de parvenir elles-mêmes à un consensus sur une déclaration visant à abandonner les mutilations génitales féminines.
