Une fin d'année en beauté : les communautés partagent leurs connaissances sur la paix, la sécurité et la violence sexiste

Le10 décembre 2014, dernier jour des 16 jours d’action contre la violence sexiste, 39 communautés des régions de Kolda, Ziguinchor et Sedhiou, qui ont participé à l’Initiative pour la paix et la sécurité de Tostan, se sont réunies pour une cérémonie à Tankon, dans la région de Sedhiou, afin de partager les moyens par lesquels cette initiative favorise le respect des droits humains, en particulier ceux des femmes et des enfants, et de sensibiliser à la violence sexiste. Ces discussions visaient également à impliquer les chefs traditionnels et religieux, ainsi que les autorités administratives.

La cérémonie a débuté par un défilé réunissant tous les membres des trois régions. Des élèves, des responsables locaux et le personnel de Tostan ont également pris part à ce défilé. Tout au long du parcours, les participants ont scandé des slogans soulignant l’importance des droits de l’homme, la nécessité de mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles, aux mariages précoces et forcés, ainsi que d’abandonner les mutilations génitales féminines (MGF). La marche s’est terminée à l’école primaire du village, où a eu lieu la lecture d’un mémorandum et sa remise symbolique au sous-préfet de la municipalité de Bogal, M. Abass Ndiaye. Ce mémorandum a été rédigé au nom des femmes membres des comités de paix et des comités de gestion communautaire des 39 communautés représentées. Le mémorandum réaffirmait en outre l’engagement des femmes à vivre dans un monde où la violence à l’égard des femmes et des filles n’a aucune place ; il a donné à ces femmes l’occasion de solliciter le soutien des autorités locales et administratives ainsi que du gouvernement, tout en reconnaissant le soutien de divers partenaires, notamment Tostan et l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida).

La journée s’est poursuivie avec les interventions de responsables locaux issus des trois régions. Kadidiatou Seydi, coordinatrice du Comité de gestion communautaire (CMC) de Temento Samba — une communauté de Kolda située à la frontière avec la Gambie —, a évoqué la nécessité de faciliter et de sécuriser les passages frontaliers. Avant la création des comités de paix, il était difficile de traverser la frontière vers la Gambie, mais grâce à ces comités, l’accès au pays a été facilité. Elle a également ajouté que sa communauté avait grandement bénéficié du projet « Paix et Sécurité » en ce qui concerne la sensibilisation aux droits humains. En conséquence, elle encourage une collaboration accrue avec Tostan, en mettant particulièrement l’accent sur les droits des femmes.

Sokhna Dia, coordinatrice du CMC de Ndiamacouta dans la région de Sedhiou, a évoqué les droits des femmes, soulignant que la discrimination à leur égard persiste dans les régions voisines et qu’il est important que ces communautés s’opposent à ces injustices. Elle explique qu’auparavant, dans sa communauté, les femmes n’étaient pas autorisées à assister aux réunions et étaient exclues du processus décisionnel. Aujourd’hui, les femmes participent à toutes les réunions et prennent des décisions. Elle a ajouté : « Tout ce qu’un homme peut dire, une femme peut le dire aussi. »

Alassane Ndiaye, chef de la communauté de Niaguiss dans la région de Ziguinchor, a ouvert son discours par cette citation d’Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent faire sans rien faire. » Il a souligné que certains problèmes, tels que les vols, le vol de bétail et le trafic d’armes, ne pouvaient être résolus par les comités de paix seuls, et que le soutien du gouvernement était indispensable pour y remédier. Il a ajouté : « Nous avons dépassé le stade de la simple résolution des conflits ; nous devons élaborer une stratégie de dissuasion pour mettre fin à la violence. » Au sujet de la violence à l’égard des femmes, il a déclaré : « Les femmes représentent la moitié du monde. Si elles ne vivent pas en paix, le monde ne sera pas en paix. Nous devons offrir la paix aux femmes afin d’avoir un pays et un monde pacifiques. » Il a ajouté : « Pour autonomiser un groupe de personnes, nous devons autonomiser les femmes. Si nous permettons aux femmes de vivre en paix, le Sénégal et le monde vivront également en paix. » 

Dans l'ensemble, cette campagne s'est révélée être une expérience enrichissante pour les participants, leur permettant de prendre conscience du potentiel des femmes et des limites imposées à ce potentiel par la violence dont elles sont victimes. Elle a également été l'occasion de faire découvrir à ces participants l'excellent travail accompli par les différents comités, tout en leur rappelant tout ce qui pourrait encore être fait, notamment avec le soutien du gouvernement.

Par Valencia Rakotomalala, bénévole en communication chez Tostan