La Gambie a récemment adopté une loi nationale interdisant les mutilations génitales féminines (MGF) ; son voisin, le Sénégal, dispose d'une loi similaire depuis 1999. Dans le but de tirer les leçons de l'expérience sénégalaise en matière de MGF et de législation, ainsi que des stratégies locales visant à renforcer le mouvement en faveur de l'abandon de cette pratique, l'UNFPA et l'UNICEF Gambie ont organisé un voyage d'étude du 27 avril au 4 mai avec leurs partenaires sénégalais issus du gouvernement et de la communauté des ONG. Tostan a eu le plaisir d'accueillir cette délégation gambienne au Centre de formation Tostan (TTC) et dans notre communauté partenaire, Keur Simbara.
Cette visite d'une semaine avait pour principaux objectifs l'échange et le partage d'expériences, notamment en matière d'activités de mobilisation sociale. Les délégués ont pu s’informer auprès d’experts législatifs sur le processus qui a conduit à l’interdiction légale des MGF au Sénégal, mais aussi auprès d’acteurs clés sur le terrain qui ont réussi à impliquer des chefs religieux et des érudits dans les efforts visant à abandonner les MGF. Dans une perspective d’avenir, ils ont également discuté des prochaines étapes, telles que la création et la mise en œuvre d’un système efficace de suivi et d’évaluation permettant de recenser le nombre de communautés qui choisissent d’abandonner les MGF — et ainsi de déterminer les progrès qu’il reste à accomplir.
Comme les mutilations génitales féminines (MGF) sont profondément ancrées dans des normes et des mentalités sociales de longue date, la lutte contre cette pratique néfaste peut se heurter à de nombreux obstacles. Par exemple, bien qu’une loi ait été adoptée au Sénégal et en Gambie, son application peut être lente : au Sénégal, seuls onze cas ont été signalés, alors que le nombre de filles excisées est bien plus élevé. De même, de nombreuses familles choisissent de contourner la loi et continuent de faire exciser leurs filles en se rendant dans le pays voisin où la MGF est encore légale. La MGF n’est pas suffisamment et universellement intégrée dans les politiques, les programmes et les institutions, ce qui peut entraîner un manque de cohérence dans les efforts et la communication autour de ce sujet. Même lorsque des programmes abordant les MGF de manière respectueuse et holistique — tels que le Programme d’autonomisation communautaire (CEP)de Tostan — sont bien accueillis et sollicités dans de nouvelles régions, les fonds disponibles ne suffisent pas toujours à soutenir leur expansion. Il existe également une « culture du silence » dans la plupart des communautés concernant cette tradition taboue, ce qui freine souvent le dialogue ouvert et entrave ainsi un changement social rapide.
Malgré ces défis, les délégués ont identifié de nombreuses solutions possibles pour parvenir à l'abandon des MGF en Afrique de l'Ouest (et au-delà). Au Sénégal, par exemple, les taux de prévalence des MGF sont nettement plus élevés au sein de certains groupes ethniques dans des régions spécifiques, notamment celles limitrophes de la Gambie ; il peut donc s'avérer très efficace de cibler ces zones avec des campagnes de sensibilisation et des émissions de radio qui ouvrent le débat sur les MGF. La mise en place de partenariats intersectoriels — entre divers ministères, chefs religieux, professionnels de santé, autorités locales, anciens exciseurs et jeunes— peut renforcer le plaidoyer, les connaissances en matière de santé reproductive et l’application de la loi. En traduisant la loi et d’autres ressources dans les langues locales, une plus grande partie de la population sera sensibilisée à la MGF et pourra en discuter dans un contexte national. Impliquer les hommes — principaux décideurs dans la plupart des foyers — et organiser des activités transfrontalières sera essentiel pour renforcer la dynamique à mesure que l'abandon des MGF progresse en Gambie.
Au cours de son séjour au TTC, la délégation en visite a participé à une simulation de session du CEP. Cette session a permis d’aborder les différentes formes de violence et les moyens de résoudre les situations violentes, tout en soulignant l’importance des moyens d’expression traditionnels — poésie, chant, danse, sketchs — pour traiter des sujets sensibles. La délégation a conclu qu'il serait utile que les membres de leurs institutions partenaires suivent une formation au TTC afin de perfectionner leurs compétences en matière d'autonomisation communautaire et de sensibilisation, dans le but d'améliorer leurs campagnes et programmes respectifs contre les MGF.
Si la criminalisation des mutilations génitales féminines (MGF) ne constitue pas une solution miracle aux problèmes posés par les taux élevés de MGF, elle peut contribuer à l'abandon définitif de cette pratique néfaste. Cet échange d'expériences entre la Gambie et le Sénégal est un signe prometteur de collaboration et d'engagement indéfectible en faveur de l'amélioration des conditions de vie des filles, des futures mères et de communautés entières, aujourd'hui comme demain.
Avec la contribution d'Edrisa Keita, coordinatrice nationale adjointe de Tostan Gambie
