Dallo Tounkara sur l'importance de l'éducation aux droits de l'homme : « Je sais désormais que ma vie peut changer »

À une centaine de kilomètres au nord-est de Tambacounda, au Sénégal, nous quittons la route goudronnée en tournant à droite pour emprunter un chemin de terre sablonneux qui s'enfonce dans un paysage parsemé de baobabs, de huttes au toit de chaume et de clôtures en bois sur lesquelles sèche au soleil du linge aux couleurs vives.

Quarante minutes plus tard, nous nous arrêtons devant un panneau en bois peint à la main sur lequel on peut lire : « Village de Tostan à Gouta : défenseur des droits de l'homme ».

Nous nous rendons aujourd’hui à Gouta en compagnie de Molly Melching, fondatrice et PDG de Tostan, pour participer à un événement historique pour la communauté : Gouta et trente communautés voisines se sont réunies pour faire une déclaration publique de leur intention commune d’abandonner les pratiques de l’excision (MGF) et du mariage des enfants. Les rues du village sont bordées de gens qui applaudissent, jouent du tambour, dansent et font la fête. Au centre du village, là où la lecture officielle de la déclaration va avoir lieu, un leader émerge de la foule pour prendre le micro.

Dallo Tounkara est grande et élégante, vêtue d’une robe bleu et or finement brodée. Elle dégage une impression de confiance et d’autorité, et un silence s’installe dans la foule lorsqu’elle commence à parler de l’importance de l’éducation aux droits de l’homme à Gouta. Même les représentants des autorités locales présents se penchent en avant et écoutent avec intérêt ce qu’elle a à dire.

Molly se penche vers moi et me chuchote : « Je n’ai jamais vu de coordinatrice aussi jeune dans aucune des communautés que j’ai visitées ! Et elle s’exprime si bien ! »

Dallo est jeune — elle n’a que 26 ans. Elle parle avec conviction de l’impact du programme d’éducation non formelle de Tostan, dispensé dans sa propre langue, et explique comment celui-ci lui a donné l’occasion de découvrir et de mettre en pratique le leadership, ainsi que les droits de l’homme et les responsabilités.

En tant que village participant au Programme d’autonomisation communautaire (CEP) de Tostan, Gouta devait élire son propre coordinateur du Comité de gestion communautaire (CMC) afin qu’il joue un rôle de premier plan dans la mise en œuvre du programme. Alors que, dans la plupart des villages, les coordinateurs sont généralement des membres plus âgés et mieux établis au sein de la communauté, Gouta a plutôt choisi une jeune mère de deux enfants pleine d’énergie, une jeune femme qui n’a suivi que deux années d’enseignement scolaire.

Dallo, la troisième enfant de l’imam du village, nous confie que grandir à Gouta n’a pas été sans difficultés. « Quand j’étais jeune, les défis étaient de taille, car j’étais tiraillée entre mon envie de poursuivre mes études et le fait de me plier aux décisions de mes parents », se souvient-elle. « J’ai fini par quitter l’école pour reprendre mes tâches à la cuisine et à la maison. »

Mais l'éducation alternative proposée par Tostan dans le cadre du CEP a donné une seconde chance à Dallo. Elle s'est rapidement investie avec tant de passion et d'engagement dans le programme que la communauté n'a pu s'empêcher de le remarquer. 

« J'ai été choisie pour devenir coordinatrice en raison de mon attachement au programme, de ma motivation et de mon engagement dans les activités communautaires », explique Dallo. Lorsqu'on lui demande si elle se heurte parfois à des réticences en raison de son jeune âge, Dallo sourit humblement et secoue la tête. « Je n'ai jamais rencontré de résistance à mon rôle de responsable. Ce sont les participants eux-mêmes qui m'ont choisie. »

Sous la direction de Dallo, le CEP a aidé la communauté à obtenir des résultats impressionnants. Des latrines ont été construites, des opérations de nettoyage du village sont organisées régulièrement, le taux de scolarisation a augmenté et un programme de microcrédit efficace a été mis en place. Le village propose désormais des consultations prénatales et postnatales aux femmes enceintes ainsi que des services de planning familial, et les naissances sont systématiquement enregistrées auprès des autorités.

Mais selon Dallo, ce sont peut-être les changements induits par une nouvelle conception des droits de l'homme qui revêtent la plus grande importance.

« Il y a moins de violence et les gens se respectent mutuellement. La plupart des actes de violence entre hommes et femmes ont cessé », dit-elle. « Personne ne veut être considéré comme une personne violente ou être critiqué pour son manque de respect. Nous avons appris à discuter ensemble et avons pris des décisions importantes, comme l'abandon des mutilations génitales féminines et du mariage des enfants. »

Dallo nourrit une vision ambitieuse pour sa communauté : un projet qui prévoit l'accès à l'eau potable, à l'électricité, à une meilleure éducation et à des routes goudronnées facilitant l'accès aux soins de santé et à d'autres services.

Elle espère également que ce que sa communauté a accompli pourra servir d'exemple à d'autres. « Pour toutes les femmes africaines, je rêve d'une éducation pour toutes, d'une connaissance de leurs droits humains et d'une compréhension de la manière dont les principes de la démocratie peuvent être mis à profit pour améliorer le sort de leurs communautés », déclare-t-elle.

Dallo est la preuve vivante que, grâce à des initiatives comme le programme CEP de Tostan, tout est possible. « Le programme CEP a changé ma vie et m’a donné une vision pour les autres », explique-t-elle. « Je sais désormais comment œuvrer pour que les droits de chacun soient respectés et que la paix fasse partie de la vie de tous. »

Alors que Dallo réfléchit aux nombreux changements positifs que sa vie a connus grâce à sa participation au CEP — une meilleure prise de conscience de sa propre santé et des moyens de prendre soin de celle de ses enfants, davantage d’assurance pour exprimer ses opinions en public et s’impliquer dans les prises de décision communautaires —, elle fait une déclaration simple mais profonde qui résume parfaitement pourquoi Tostan met l’accent sur la sensibilisation aux droits de l’homme : « Maintenant, je sais que ma vie peut changer. »  

— Récit de Corrie Commisso, responsable de la gestion de contenu chez Tostan