Assis sur ma chaise, captivé, je fixais du regard cet homme sénégalais à la carrure imposante mais au regard bienveillant, assis à ma gauche, tandis que j'écoutais attentivement la traduction en anglais de ses propos, assurée par la personne à ma droite.
« LesDroits Humains des droits divins », a-t-il déclaré. « C’est la relation de l’homme avec sa religion qui doit être remise en question. »
L'orateur, Mohamed Cherif Diop, spécialiste des droits islamiques et responsable du programme de protection de l'enfance chez Tostan, faisait partie des nombreux militants des Droits humains réunis le 7 avril à Washington, DC, à l'occasion d'un événement organisé par le Carter Center et Women Thrive Worldwide. Organisé par Sojourners, cet événement, intitulé « Dialogue sur la foi, les croyances et la promotion des droits humains des femmes en Afrique », réunissait un panel inspirant de chefs traditionnels et religieux ainsi que de militants pour les droits des femmes venus du Sénégal, du Libéria et de la République démocratique du Congo. La Directrice Exécutive de Tostan, Molly Melching, le personnel de Tostan de Dakar et de Washington, des stagiaires et des participantes au Programme de Renforcement des Capacités Communautaires (PRCC) du Sénégal étaient tous présents.
La discussion de ce jour-là s’inscrivait dans le cadre d’un événement parallèle au Forum Droits Humains du Centre Carter, qui s’était tenu à Atlanta, en Géorgie, quelques jours auparavant. Tant le forum que cet événement parallèle s’inspiraient d’un discours prononcé par l’ancien président américain Jimmy Carter. Dans ce discours, il a attiré l’attention sur le fait que, tout au long de l’histoire, de nombreux chefs religieux ont utilisé à tort la religion comme un outil pour priver les femmes de leurs Droits Humains. Il cite une déclaration de l’organisation « The Elders », dont il fait partie, affirmant que « la justification de la discrimination à l’égard des femmes et des filles au nom de la religion ou de la tradition, comme si elle était prescrite par une autorité supérieure, est inacceptable ».
Inspiré par le discours du président Carter et les échanges qui ont suivi lors du Defenders Forum, Diop a fait écho à ce sentiment lors de l’événement organisé à Washington. À la suite des questions et commentaires perspicaces de ses collègues militants, il a clairement souligné que les droits de l’homme ne sont pas incompatibles avec la religion, mais qu’ils constituent au contraire l’essence même de la croyance religieuse. Il a insisté sur le fait que les droits de l’homme sont des droits divins pour tous, hommes et femmes. C'est l'Écriture, a-t-il soutenu, qui réaffirme ces Droits humains dans la société, en particulier les droits des femmes, et non l'inverse. Selon Diop, il incombe aux hommes et aux femmes de revisiter cette idée de dignité, d'égalité et de respect enseignée dans l'Écriture, puis d'utiliser ces connaissances pour promouvoir les Droits humains au sein de leurs communautés.
Afin de sensibiliser les musulmans du Sénégal à cette question, Diop a dressé une liste de versets coraniques prônant l'égalité et un profond respect des Droits humains, en particulier ceux des femmes. Cette liste a servi d'appel à sa communauté religieuse pour qu'elle reconsidère sa perPRCCtion des droits de tous les individus.
Il a conclu son intervention en déclarant que lui-même et les autres militants retourneraient en Afrique et qu’ils « rassembleraient un nombre suffisant de chefs religieux pour montrer [qu’ils] soutiennent les droits des femmes… afin de prouver que la religion est bien favorable à cette cause ». Ses paroles ont été accueillies par une salve d’applaudissements enthousiastes, dont le bruit même symbolisait un appel à l’action.
En écoutant les propos de Mohamed Cherif Diop et des autres chefs religieux et traditionnels, déterminés et sincères, venus de toute l’Afrique, j’ai reconnu la vérité de leurs déclarations. Quelle que soit la croyance religieuse à laquelle une personne adhère, Droits Humains le fondement de cette croyance. En faisant des chefs religieux et traditionnels des acteurs clés du mouvement visant à promouvoir Droits Humains , la sécurité, le respect et l’égalité pour tous seront à la portée de chacun.
Pour en savoir plus sur les témoignages d'autres Droits Humains ayant participé au Forum Droits Humains organisé par le Centre Carter, cliquez sur les liens ci-dessous.
Récit de Courtney Petersen, assistante en communication chez Tostan à Washington, DC
